Comment la France veut prendre le tournant du quantique

 |   |  1295  mots
Paula Forteza, députée LREM et spécialiste du numérique, a présenté jeudi 8 janvier son rapport dédié au quantique.
Paula Forteza, députée LREM et spécialiste du numérique, a présenté jeudi 8 janvier son rapport dédié au quantique. (Crédits : Antoine Lamielle)
La députée LREM Paula Forteza présentait ce jeudi 9 janvier un rapport sur la stratégie française concernant le quantique, attendu comme la prochaine rupture technologique majeure. Elle appelle notamment à investir 1,4 milliard d'euros sur cinq ans dans le domaine. Si la France dit vouloir se faire une place dans cette révolution, des pays comme les Etats-Unis, la Chine ou le Royaume-Uni ont déjà pris une longueur d'avance.

Ne pas rater le coche. C'est le message martelé ce jeudi 8 janvier lors de la présentation du rapport dédié au quantique par la députée LREM Paula Forteza, spécialiste du numérique. Il est le fruit de quatre mois d'auditions, tenues entre avril et octobre 2019, dans le cadre de la mission parlementaire sur les technologies quantiques confiée par le Premier ministre Edouard Philippe. A l'instar du rapport Villani sur l'IA, ce document de 68 pages à vocation à définir les grandes lignes de la stratégie française sur l'informatique quantique.

L'informatique quantique est attendue comme la prochaine rupture technologique majeure. Si son avènement est prévu au-delà de 2030, l'année dernière a marqué un tournant avec notamment un premier exploit réalisé par Google. Car la course mondiale à l'innovation a déjà été lancée depuis plusieurs années. Le Royaume-Uni s'est doté d'une stratégie nationale depuis 2013, suivi par les Etats-Unis en 2015 avec l'implication de ses géants nationaux (IBM, Microsoft...), sans oublier la Chine ou encore le Canada. En guise de préambule, le rapport admet "un retard réél, mais non rédhibitoire en matière de développement technologique et industriel". Si l'Hexagone veut se mettre à la page, il doit donc rapidement placer ses pions.

"Il y a urgence pour que la France se mette sur le sujet et fasse les investissements nécessaires", a insisté Paula Forteza. "Le quantique représente deux grands enjeux : l'innovation - avec des retombées en terme de développement économique et de créations d'emplois - mais également la souveraineté technologique. Le quantique a été identifié comme une technologique stratégique par la plupart des pays. Par exemple, les Etats-Unis l'ont considéré comme une technologie duale, à usage civil et militaire. Cela veut tout dire."

Investir 1,4 milliard d'euros sur cinq ans en France

Le document est co-signé avec Jean-Paul Herteman, ex-PDG de Safran, et Iordanis Kerenidis, directeur de recherche du CNRS. L'objectif : aligner les visions de la recherche, de l'industrie et de la politique.

"Aujourd'hui, la France a investi environ 60 millions d'euros pour le quantique", comprenant les efforts de recherche fondamentale, précise la députée."Nous devons doubler, voire tripler, ces investissements dans les prochaines années. Pour être à la hauteur des enjeux, nous avons calculé un investissement de 1,4 milliard d'euros sur cinq ans en France. L'effort ne doit pas venir que du secteur public : le secteur privé, les collectivités territoriales et l'Europe devront s'impliquer."

Une bien maigre enveloppe, comparée aux sommes colossales déjà débloquées par d'autres puissances. La Chine, à elle seule, s'est dotée d'un plan d'investissement sur cinq ans de 10 milliards de dollars.

| Lire aussi : Les premiers usages concrets de l'informatique quantique se profilent

Pour tenter de rattraper son retard, le rapport formule 37 propositions. L'accent est notamment mis sur la recherche et la formation. Le document propose ainsi de débloquer à compter de 2021 une enveloppe annuelle globale de 10 millions d'euros pour financer 20 projets exploratoires via des appels à projets de l'Agence nationale de la recherche (ANR). L'idée : "maintenir un socle suffisant de recherche amont exploratoire", étant donné que les technologies quantiques ne sont pas encore matures.

Création de trois pôles d'excellence

Le rapport préconise aussi la création de parcours de formation avec une spécialisation quantique pour "anticiper la croissance du besoin en ingénieurs et techniciens des filières industrielles". Le document recommande la création par l'INRIA de "quinze équipes-projets communes avec partenaires académiques et industriels".

Le rapport propose également la création de trois pôles d'excellence avec les "Instituts Interdisciplinaires en Information Quantique" (3IQ) à Paris, Saclay et Grenoble. Ils ont vocation à rassembler "chercheurs en physique quantique, chercheurs en informatique théorique et appliquée, ingénieurs, industriels des filières technologiques, et utilisateurs finaux".

"80% de l'écosystème français du quantique est réparti entre Paris-centre, Saclay et Grenoble. Rassembler géographiquement les acteurs de cet écosystème dans trois instituts, à l'image des instituts 3IA, contribuerait à l'émulation entre chercheurs et industriels de différentes disciplines ainsi qu'à la visibilité et l'attractivité de l'écosystème à l'étranger", justifie le rapport.

Si la France est déjà dotée d'une recherche performante dans le secteur, l'écosystème du quantique reste à bâtir. Le pays totaliserait "une centaine" de chercheurs (physiciens, mathématiciens, informaticiens) spécialisés dans l'informatique quantique, confiait Paula Forteza dans nos colonnes en novembre dernier. L'idée est donc de solidifier et favoriser les échanges entre les spécialistes du secteur. Le rapport promet une "dotation de 23 millions d'euros par an à partir de 2021 pour les 3IQ". Cela devrait permettre de "faciliter la recherche interdisciplinaire" entre organismes publics et industriels, mais aussi de faire "émerger et financer les phases de création des startups", et faciliter leurs collaboration avec les industriels.

Création d'une "cinquantaine" de startups jusqu'en 2024

La France a déjà pris un léger retard sur le terrain des jeunes pousses spécialisées dans le quantique, selon une étude réalisée par Wavestone et France digitale, dévoilée en octobre dernier. D'après le rapport, il y aurait en Europe 90 startups qui développent des innovations à partir de technologies quantiques. Parmi elles, seulement 16 en France, derrière le leader qu'est Royaume-Uni (20) mais devant l'Allemagne (14). Un écosystème minuscule donc, surtout lorsqu'on compare avec les 10.000 startups actives dans l'Hexagone seul.

| Lire aussi : L'écosystème français de l'informatique quantique : ses atouts, ses faiblesses

Pour y remédier, le rapport propose "d'accompagner la création d'une cinquantaine de startups du quantique jusqu'en 2024". Comme attendu, le soutien de la BPI sera exigé.

"Dans le prolongement du plan « Deeptech » mis en place début 2019, l'Etat pourra demander à la BPI d'accompagner la création de startups du quantique selon un rythme de 5, 10, 10, 15 et 15 startups entre 2020 et 2024".

Cet accompagnement pourra se faire "soit en aide directe aux startups, soit à travers l'investissement de la BPI en fonds de fonds", précise le rapport.

"Il n'est ni trop tôt, ni trop tard pour miser sur le quantique, veut rassurer Cédric O, secrétaire d'Etat chargé du numérique. Dans certaines technologies clés, la France et l'Europe ont pu se laisser distancer par les américains, par exemple. C'est important de ne pas laisser passer le train cette fois-ci. (...) Cela commence par la bataille pour les talents et les entrepreneurs."

Lancement d'un fonds de 300 à 500 millions d'euros

Autre étape cruciale pour faire émerger de jeunes pousses prometteuses : le financement. Le document prévoit l'émergence d'un fond d'investissement "late-stage" de 300 à 500 millions d'euros, dédié aux startups du quantique. Ce fonds pourra lever auprès d'industriels français déjà à la pointe sur le sujet, comme Atos, Thales, Total, Edf ou Airbus, et d'institutionnels comme AXA ou la BNP ainsi qu'auprès de la BPI, liste le rapport.

"Les levées de fonds en série B et C (50 - 200 millions d'euros) nécessitent généralement de faire appel à des investisseurs non européens avec des impacts négatifs sur la souveraineté technologique, freinant ainsi l'émergence de licornes françaises", peut-on lire dans le rapport.

"Ce fond devra, néanmoins, être disjoint des fonds dédiés au numérique, compte tenu des horizons temporels différents : 2-3 ans pour le numérique, 5-8 ans pour le quantique", chiffre le document. Toujours selon l'étude réalisée par Wavestone et France digitale, à peine une demi-douzaine de fonds sont réellement spécialisées dans le quantique. En France, seul un fonds existe pour l'instant : Quantonation, créé par Charles Beigbeder, Christophe Jurczak et Olivier Tonneau en décembre 2018.

| Lire aussi : Le pari fou du fonds français Quantonation, l'un des spécialistes mondiaux du quantique

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 10/01/2020 à 13:16 :
Quand je lis "Paula Forteza, députée LREM et spécialiste du numérique", je rigole. Cette dame, dont la fonction première est d'être (plus exactement : devrait être) député des Français de l'Etranger pour Caraïbes, Am. Centrale et Latine, est un pur produit Sciences Po (elle en a deux) capable de tout en tout. Comme du reste, le numérique, elle sait en parler avec la forme soulignée ici par D.B. Fervente des réseaux sociaux, communicante hors pair, omniprésente sur tout ce qui blog sur la toile, cette dame a en fait un seul objectif : sa "carrière". Là, son projet en cours, c'est mairie de Paris avec Villani. Cela fait longtemps qu'elle a oublié l'Am. Latine, au point de rester totalement silencieuse à propos des évènements au Chili.
Réponse de le 10/01/2020 à 18:25 :
Et oui, la superficialité, un peu de mégalo, beaucoup de théories et pas d'expérience, voilà qui sont ceux qui nous "gouvernent". Il y a ainsi des milliers de personnes qui pourraient être Ministres, Députés, Sénateurs, mais très peu qui sauraient être "responsables". Car ceux-là n'ont même pas la pudeur de démissionner lorsqu'ils découvrent leurs incompétences.
a écrit le 10/01/2020 à 11:20 :
Pourquoi toujours des "mots", des expressions, pour impressionner le peuple ou pour "se faire croire" que l'on change le monde. Il n'y a pas de "rupture" technologique, il y a la progression des techniques dues à la progression de la recherche scientifique et ce depuis que…l'homme existe. Sinon, la roue en fût une, fameuse rupture, puis la thermodynamique, puis le nucléaire, mais il en sera toujours ainsi, dans la "progression" de la Science et de la techno. Après le quantique il y aura autre chose et ainsi de suite. Pourquoi vouloir "la rupture", qui est censée dépasser tout ce qui était avant, donc réputé "inférieur" ? Il y a aussi le nombre de fois où l'on s'est trompé, scientifiquement, et cela, on le laisse de coté, on préfère oublier. Il est bon de rappeler à ce sujet une réflexion d'un modeste scientifique qui s'appelait, Albert, vous savez, un dénommé Einstein. Qui disait donc "il n'y a pas d'autorité humaine au royaume des chercheurs de la vérité, quiconque veut y jouer les censeur fait tonner le rire des Dieux"…Apprenons à être modestes et ne nous gargarisons pas de mots qui voudraient, en fait, nous rassurer…Avançons, simplement, à nos risques et périls, d'ailleurs…Tant il est vrai que nous sommes bien souvent de fameux apprentis sorciers.
a écrit le 09/01/2020 à 20:28 :
De Décembre 2015- 2030 ?
15 ans pour progresser ?
A mon avis il existe des incohérences, soit le publique ignore certains résultât des recherches ?
a écrit le 09/01/2020 à 17:20 :
J'ai cru que c'était une pub pour oral B
Réponse de le 09/01/2020 à 17:32 :
plutot un virage de fin de règne
Réponse de le 14/01/2020 à 10:44 :
Excellent, meilleur commentaire :)
a écrit le 09/01/2020 à 17:17 :
Comment la France veut prendre le tournant du quantique

Paula Forteza, députée LREM et spécialiste du numérique ...

... donc ... ya les blogeuses, et les blalbateuses pour faire avance le chmilblic et déverser des poncifs, des phrases creuses, des mots jetés en salade pour exprimer des idées de la plus grande vacuité

et l'on en connaît les dégâts, pour mettre en oeuvre des gesticulations dans le plus grand désordre, la plus totale incohérence, célèbres avec le gouvernaillement Edouard PHILIPPE

sans oublier le lobbying et la corruption en mode déguisée à l'Elysée Matignon et au Parlement

a lire l'information La Tribune

" le groupe d'Etats contre la corruption (Greco) du Conseil de l'Europe appelle la France à plus de transparence face à la corruption

le Greco déclare : "En premier lieu, le plan d'action sur la prévention de la corruption qui couvre les personnes exerçant de hautes fonctions de l'exécutif (PHFE) du gouvernement doit être étendu aux membres du cabinet de la Présidence de la République" ...

c'est édifiant ... !

Lire l'article La Tribune
https://www.latribune.fr/depeches/reuters/KBN1Z81C4/la-france-appelee-a-plus-de-transparence-face-a-la-corruption.html
"
Réponse de le 10/01/2020 à 7:10 :
C’est le macronisme. La base de l’élection de Macron, c’est la corruption. Le mandat est à l’avenant.
a écrit le 09/01/2020 à 16:59 :
S'ils s'organisent de manière "quantique" peut-être trouveront-ils plus vite, peut-être qu'ils détermineront qu'un site pour chercher est meilleur qu'un autre, etc..
a écrit le 09/01/2020 à 16:26 :
passé a côté de technologies que le pays a fabriqué sur les 20 dernières années, attendons de voir, car il y a du savoir faire....
a écrit le 09/01/2020 à 14:41 :
LREM veut un ordinateur quantique pour envoyer les factures et le recouvrement de leurs dettes encore plus vite ! Egalement placer les gens en cages a la vitesse quantique.

LREM devrait se doter d'une fusée a réaction et déménager sur une autre planète, car leur argent ne peut acheter tout les biens et recherches terrestres.

Si le gouvernement se dote d'une telle technologie, je ne donne pas cher de la durée de vie et des libertés d'un être humain lambda sur terre.
a écrit le 09/01/2020 à 14:37 :
Le nouveau plan calcul !
Attention ça n'est pas douloureux pour ceux qui ne sont rein les calculs !
a écrit le 09/01/2020 à 14:01 :
"Cela commence par la bataille pour les talents et les entrepreneurs"

Et les talents de façon générale ont besoin d'être rassurés par un pouvoir politique fort, volontaire et non influençable et pas de dirigeants qui changent d'avis tout le temps ou bien seulement obsédés par des problèmes d'argent.

Le salaire ne fait pas tout loin de là mais bon quand il n'y a plus que ça comme choix...
a écrit le 09/01/2020 à 13:53 :
pour l heure ils prennent le tournant de la fin du règne !
a écrit le 09/01/2020 à 12:41 :
C'est vraiment le minimum.
a écrit le 09/01/2020 à 12:37 :
Il faut faire venir en France des milliers de migrants qui pourront travailler sur le quantique, les français en étant incapables. J'ai bon, là ?
Réponse de le 09/01/2020 à 13:30 :
" les français en étant incapables" ah bon, nous sommes si nuls que ça ?? Vous avez des preuves ? :-)
Ai étudié la physique et chimie quantiques mais c'était dans le temps (ça explique le comportement des atomes/& molécules ensuite).
"Le quantique" ça va finir, comme terme, à faire comme l'IA, tout devient IA. Je vais regarder mes logiciels de plus près, j'ai peut-être codé de l'IA sans le savoir ? :-)
Réponse de le 09/01/2020 à 15:58 :
Comme Paula donc.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :