Denis Barbier, un chercheur/entrepreneur qui prend son temps

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(Crédits : DR)
Microlight3D, la start-up grenobloise co-fondée par Denis Barbier et Michel Bouriau, a mis au point une technologie capable d'imprimer en 3D des pièces complexes de quelques micromètres. Un concept révolutionnaire, dont les usages sont multiples et les clients internationaux.

« Si nous étions aux Etats-Unis, ce serait du délire !, s'exclame Denis Barbier, PDG de Microlight3D. Nous aurions levé des millions ! ». La technologie mise au point par deux chercheurs de l'université de Grenoble, Patrice Baldeck et Michel Bouriau, est en effet quasiment unique au monde (Microlight 3D n'a, pour l'heure, qu'un seul concurrent, l'allemand Nanoscribe), et surtout, révolutionnaire. De quoi attirer les investisseurs...

Cette technologie inédite se fonde sur l'interaction entre le laser et la matière, et, avec un mécanisme d'absorption à deux photons, permet une résolution d'écriture inférieure au micron, jusqu'à 100 fois plus fine qu'un cheveu. Le tout pour des applications scientifiques et industrielles, qui vont de la micro-optique à la micro-fluidique, pour manipuler des fluides - comme des quantités infimes de matières chimiques très chères, via des laboratoires miniatures. Cette technologie pourrait également à l'avenir aider à un diagnostic sanguin, sans oublier la biologie cellulaire, pour lutter contre le cancer ou pour la cosmétologie, en imprimant des micro-structures dans des protéines ou dans le collagène.

Ancrage français

Denis Barbier regrette-il d'être à Grenoble ? Pas le moins du monde. Au contraire ! « Il n'y a pas beaucoup de pays dans le monde qui offrent les possibilités de la France, que ce soit en termes de subventions pour les chercheurs ou d'accès à des profils hyper-compétents », déclare-t-il. Pas question, donc, de larguer les amarres. L'ancrage de Microlight3D, lancée en décembre 2016 par Denis Barbier et Michel Bouriau, et qui a débuté ses activités commerciales dès 2017 au sein de la SATT Linksium, est bien en France.

De même, pourquoi Denis Barbier se précipiterait-il ? Cet entrepreneur, ingénieur diplômé de Grenoble INP - Phelma et ancien du CNRS, qui avait déjà monté une première société technologique en 1998 (toujours en activité aujourd'hui), travaille sur le temps long. Non seulement la technologie de polymérisation à deux photons développée par les deux universitaires est le fruit de 15 ans de recherche et développement, mais en plus, « certaines applications n'arriveront que dans cinq ans », dit-il. L'idée de se précipiter, comme pourraient risquer de le faire des start-up au financement abondant, non, décidément, ce n'est pas son style... « Nos deux premiers exercices ont été bénéficiaires (la société, qui compte cinq personnes, a affiché 525 000 euros de chiffre d'affaires en 2018), poursuit-il, puisque Microlight3D a déjà des clients ». De fait, la start-up a vendu ses premières machines à des chercheurs, aux Etats-Unis, à Singapour, à Taïwan, en Chine et en Europe. « Nous n'avons pas pour l'instant la nécessité de lever des fonds, conclut Denis Barbier. Ce n'est que lorsque nos besoins d'industrialisation seront forts que nous penserons à un financement extérieur ». Mais bien sûr, comme il faut anticiper, même si l'on travaille sur du temps long, la réflexion sur ce sujet est déjà en cours au sein de Microlight3D.

Visibilité sur la trésorerie

Même si la start-up grenobloise n'a pas besoin d'argent frais dans l'immédiat, la dotation (d'un total de 550 000 euros) du concours i-Lab, dont Denis Barbier a été lauréat l'an dernier, a été la bienvenue. « Cela nous a permis de lancer le développement d'une nouvelle génération de machine et d'embaucher trois personnes », indique-t-il, pour conclure : « Cette visibilité dans la trésorerie apportée par i-Lab a vraiment été un plus ». Microlight3D a d'ailleurs présenté sa nouvelle machine, Altraspin, au salon de photonique et d'optique Photonics West de San Francisco, en février dernier. Cette nouvelle version, plus compacte, est cette fois-ci à destination des industriels. « Ce n'est encore qu'un outil de prototypage pour les pôles de R&D, tient toutefois à préciser Denis Barbier, notre technologie n'est pas encore adaptée à une production de grande série. Et cela ne sert à rien d'arriver avant le marché », celui des micro-pièces, qui pourrait atteindre plusieurs centaines de millions d'euros à horizon 2022...

En plus du concours i-Lab, Microlight3D a décroché plusieurs autres prix, comme le Prix de la start-up décerné à la fin mars 2019 par le Forum LABO, à Paris. « Les récompenses comme le concours i-Lab nous permettent de nous faire connaître, c'est important pour attirer des talents », dit-il - pour les attirer et les garder dans l'Hexagone en leur offrant, par la création d'entreprises issues de la recherche, des opportunités de succès « que certains vont encore chercher de l'autre côté de l'Atlantique ou en Asie », regrette Denis Barbier.

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