Apple accusé d'optimisation fiscale : "Des foutaises ! " s'agace Tim Cook

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Pour le CEO d'Apple, le problème ne vient pas de ce que sa firme ne paie pas assez d'impôts aux États-Unis, mais d'une législation fiscale largement inadaptée à l'ère numérique.
Pour le CEO d'Apple, le problème ne vient pas de ce que sa firme ne paie pas assez d'impôts aux États-Unis, mais d'une législation fiscale largement inadaptée à l'ère numérique. (Crédits : REUTERS/Lucy Nicholson)
Le patron d'Apple s'est emporté lors d'une interview donnée à la chaîne américaine CBS diffusée dimanche. Le présentateur avait évoqué les pratiques fiscales de la marque à la pomme, accusée de mettre au point des systèmes sophistiqués d'optimisation fiscale pour éviter de payer ses impôts aux États-Unis.

Invité de la chaîne américaine CBS dimanche 20 décembre, Tim Cook a parfaitement illustré l'adage guerrier selon lequel "la meilleure défense, c'est l'attaque". Interrogé par le présentateur Charlie Rose pour l'émission "60 minutes" sur les accusations d'évitement fiscal lancée dès 2013 à l'encontre de la firme de Cupertino par le Congrès américain, le patron d'Apple n'a pas opté pour la diplomatie :

"Ce sont de totales foutaises politiques. Il n'y a aucune vérité là-dedans" s'est-il emporté.

Et de rejeter la faute sur "un code fiscal qui a été conçu pour l'ère industrielle, pas pour l'ère numérique", qui est "horrible pour l'Amérique" et qui "aurait dû être modifié il y a de nombreuses années".

"J'aimerais ramener cet argent à la maison"

"Nous payons plus d'impôts que n'importe qui dans ce pays", s'est-il défendu, et si le groupe a tant d'argent stocké à l'étranger -une centaine de milliards de dollars- c'est "parce que les deux tiers de nos activités sont là-bas", justifie Tim Cook.

"J'aimerais ramener  cet argent à la maison", assure encore le directeur général d'Apple, mais "cela me coûterait 40% de le faire! Et je ne pense pas que ce soit une chose raisonnable".

En 2015, Apple a battu tous les records, gagnant plus d'argent que n'importe quelle autre entreprise auparavant. La firme a vu son chiffre d'affaires grimper de 28%, à 233,7 milliards de dollars et son bénéfice de 35 %, à 53,4 milliards de dollars (49,14 milliards d'euros).

Réguler la pratique de "l'inversion fiscale"

Les États-Unis, qui pratiquent le taux d'impôt sur les sociétés le plus élevé parmi les pays industrialisés à 35%, taxent l'ensemble des bénéfices de leurs entreprises -y compris ceux engrangés hors de leur territoire. Toutefois, selon la loi américaine, ces mêmes entreprises sont aussi autorisées à stocker une partie de leurs bénéfices à l'étranger, indéfiniment et hors de portée du fisc.

| Lire Comment les géants américains évitent le fisc en toute légalité

Dans le cas d'Apple, les fonds sont majoritairement stockés en Irlande et la firme a préféré s'endetter à plusieurs reprises pour financer certains dividendes et rachats d'actions, plutôt que de les rapatrier. L'argent stocké à l'étranger est ainsi éparpillé dans des filiales où le groupe paie un impôt sur les sociétés presque inexistant : environ 2% contre 35 aux États-Unis. Cette pratique -légale- dite de "l'inversion fiscale" permettrait ainsi à de nombreuses multinationales de conserver à peu de frais quelque 2.100 milliards de dollars à l'étranger.

Jeffrey D. Sachs tacle une défense "absurde"

Pour l'économiste américain Jeffrey D. Sachs, notamment connu pour avoir été consultant économique auprès du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki Moon, la défense de Tim Cook ne tient pas. Sur Twitter, il a qualifié d'"absurde" une argumentation développée pour justifier des "abus fiscaux", renvoyant l'internaute vers le texte du Sénat qui avait auditionné le patron de la marque à la pomme en 2013 sur ses pratiques d'optimisation. "Nous savons comment Apple truque les comptes pour soustraire ses profits à l'impôt" achève l'économiste.

| Lire aussi Apple peine à convaincre le Sénat américain sur sa "stratégie fiscale"

Devant la sous-commission d'enquête du Sénat, Tim Cook avait soutenu peu ou prou la même thèse que sur CBS, présentant Apple comme le premier contribuable des États-Unis et appelant à une révision du code fiscal américain. À l'époque, il avait également plaidé pour la création d'un taux d'imposition incitatif allégé -à moins de 10%- pour le convaincre de rapatrier ses capitaux détenus à l'étranger.

Regarder l'extrait de 60 minutes et l'interview de Tim Cook par Charlie Rose, sur CBS (En Anglais):

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Commentaires
a écrit le 21/12/2015 à 19:47 :
La position d'Apple est éthique et exemplaire. Les requins du fisc savent persécuter les entreprises locales et les incitent à devenir multinationales. C'est une politique fiscale qui colle bien avec le vieil impérialisme américain. Ce report de charge fiscale sur les bénéfices non rapatriés permet aux multinationales d'investir 100% de leur bénéfices dans leur croissance. Le monde entier en profite et parfois en pâtit.
Réponse de le 21/12/2015 à 20:06 :
@Boule: question: vous l'avez perdue ?
Réponse de le 22/12/2015 à 11:43 :
Difficile d'être autant à côté de la réalité que votre commentaire. Il faut croire que la planète entière n'est qu'un vaste enfer fiscal.
Il faudrait aller vivre sur Mars et faire vos bénéfices sur Mars.
Dans la nature, les pratiques de ces sociétés portent un nom : le parasitisme. On suce le sang ou la sève de la victime jusqu'à sa mort.
Mais évidemment, le parasite prétend que tout va très bien....
a écrit le 21/12/2015 à 15:13 :
Comme les autres multinationales américaines, Apple pratique l'optimisation fiscale et sociale. Qui plus est, commercialement, les abus sont patents vis-à-vis des distributeurs. Il est temps d'arrêter de consommer leurs produits, de favoriser d'autres fournisseurs ou d'en acheter d'occasion.
a écrit le 21/12/2015 à 14:56 :
Si au moins cet argent stocké à l'étranger pouvait financer de la recherche et des start-up ce ne serait pas mal mais là il dort et rapporte des intérêts. C'est dommage. Du coup comme l'argent ne tourne pas on assèche la liquidité qui est censée alimenter le marché et les autres entreprises. Comme le disait Schumpeter ce qui va tuer le capitalisme c'est la concentration dans un nombre limité de corporation du capital et cela empêchera innovation et création. Cela finira donc pas assécher le cycle de création/destructrice alimenté par l'innovation technologique. On est en plein dedans avec Google, Apple et tous les autres.

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