Musique : le streaming fait désormais jeu égal avec les ventes physiques

 |   |  723  mots
Le chanteur Coldplay fait partie des artistes les plus streamés sur les plateformes comme Deezer, Spotify, Qobuz ou Apple Music.
Le chanteur Coldplay fait partie des artistes les plus streamés sur les plateformes comme Deezer, Spotify, Qobuz ou Apple Music. (Crédits : Reuters)
Même si le marché de la musique en France est loin d'atteindre les sommets d'il y a 15 ans, la croissance spectaculaire du streaming musical (+23% de revenus sur un an) dope le secteur. En 2017, les revenus issus du numérique faisaient quasiment jeu égal avec ceux issus des ventes physiques.

Le retournement de cycle se confirme du côté du marché français de la musique. Après plus d'une décennie de baisse liée au déclin des ventes physiques, la reprise se confirme en 2017 grâce au relais de croissance du streaming musical, d'après les derniers chiffres publiés par le Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP).

Lire aussi : Sortie de crise pour l'industrie de la musique

Quasi-égalité entre les ventes physiques et les ventes numériques

L'an dernier, les ventes physiques ont rapporté 298 millions d'euros, soit 51,2% d'un marché estimé à 583 millions d'euros, en progression de 3,9% sur un an. Une croissance tirée par les ventes numériques, qui représentent 48,8% du marché global, soit une progression de 14,7% sur un an, à 285 millions d'euros. Autrement dit, pour la première fois, les ventes physiques et les ventes numériques sont au coude-à-coude, ce qui signifie que comme la croissance du numérique est forte et ne devrait pas connaître de coup d'arrêt, la bascule pourrait se faire dès l'an prochain.

--

Evolution marché musique 2011-2017

--

Désormais, 4,4 millions de Français payent pour un service de streaming, contre 3,9 millions en 2016, 3 millions en 2015 (ce qui correspond au cap où l'on estime qu'il s'agit d'un usage de masse) et seulement 1,4 million en 2013. 42,5 milliards de titres ont été joués en 2017 sur ces plateformes, contre 9 milliards en 2013 (x5). En quatre ans, le chiffre d'affaires du streaming audio sur abonnement a été multiplié par 2,7, ce qui signifie que l'usage se démocratise vite.

Le consentement à payer progresse

L'industrie peut donc pousser un ouf de soulagement : de plus en plus de mélomanes trouvent normal de payer un abonnement mensuel (généralement autour de 10 euros) pour écouter leur musique en illimité et sans publicités sur une plateforme de streaming comme Spotify, Deezer, Qobuz ou Apple Music. Ce n'était pas gagné : le téléchargement illégal et la culture de la gratuité sur le Net ont donné des sueurs froides à l'industrie musicale, qui a vu les ventes physiques chuter drastiquement depuis 2003, sans que le numérique ne compense le manque à gagner.

--

Snep CA musique 2002-2017

--

Bonne nouvelle : l'abonnement génère l'essentiel de la valeur créée : il représente, à lui seul, 83% des revenus du streaming et 35% des revenus du marché. Si la progression du nombre d'abonnés se poursuit à un rythme un peu moins soutenu (+500.000 entre 2016 et 2017 contre +900.000 entre 2015 et 2016), soit 4.4 millions d'abonnés, ce ralentissement relatif est compensé par une part plus importante des abonnés payants. Ainsi, le streaming financé par l'abonnement représente 83% des revenus du streaming, contre seulement 6% pour le streaming financé par la publicité, et 11% pour le streaming vidéo (sur YouTube notamment).

Les ventes physiques font de la résistance

Est-ce à dire que les supports physiques sont condamnés à décliner lourdement jusqu'à devenir marginaux dans le chiffre d'affaires du secteur ? Pas du tout, selon le SNEP, qui y voit d'ailleurs une exception culturelle française :

"La spécificité du marché français de la musique enregistrée vient notamment de la résilience du support physique dans notre pays. Certes, le marché physique a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis 2007 mais cette baisse s'est ralentie depuis deux ans", note le SNEP dans son rapport.

L'explication réside dans le bon maillage du réseau de distribution physique dans l'Hexagone. Contrairement à d'autres pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, il est très facile d'acheter un disque partout sur le territoire, que ce soit dans les grandes surfaces alimentaires (GSA) comme Carrefour, Auchan, Leclerc ou Intermarché, dans les grandes surfaces spécialisées (GSS) comme la Fnac et le réseau Cultura, ou encore chez les nombreux disquaires indépendants.

Au total, il existe 4.100 points de vente commercialisant de la musique, indique le SNEP, qui y voit une "vraie chance pour le consommateur français et une vraie force pour la filière musicale". Ce maillage s'est même renforcé en 2017 avec l'ouverture de 13 enseignes Cultura, de 12 franchises Fnac et du site en ligne des espaces culturels Leclerc.

Enfin, l'engouement pour le vinyle se confirme. Les ventes d'équipements vinyles ont atteint 145.000 unités en 2017, soit une progression de 49% par rapport à 2016. Ce support pèse même aujourd'hui 12.2% du chiffre d'affaires physique, soit dix fois plus qu'il y a cinq ans.

--

Vinyle

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 04/07/2018 à 16:45 :
J'écoute la radio (FM), achète des CD que je transfère sur clé USB (contribuant à la taxe dite "copie privée") afin de les écouter dans la voiture en Suède, à part la musisk för middag, que du blabla (indigeste :-) ). Les 555 sonates de Scarlati, il faut les digérer petit à petit.
J'avais testé Deezer y a longtemps, il fallait être enregistré pour écouter plus que dix secondes mais c'est devenu envahi de pub, avec le son poussé au maximum, non réglable, me suis vite désinscrit, tant pis pour la découverte d'auteurs inconnus et ipso facto l'achat de CDs. Trop de pub mais c'est pas facile à régler, il faut convaincre de s'abonner. Raté.
J'espère que ma collection de vinyles va prendre de la valeur. :-)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :