Malgré ses résultats mirifiques, Amazon plonge en Bourse (-7%)

Amazon augmente ses profits de 48% à 7,8 milliards de dollars au deuxième trimestre, grâce au e-commerce en plein boom et aux services web (cloud). Et pourtant, les investisseurs ont envoyé à la cave cette valeur majeure du Nasdaq, l'indice phare des valeurs technologiques de la Bourse de New York. Et c'était avant de se prendre au Luxembourg une amende de 746 millions d'euros pour infraction au RGPD... Explications.

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(Crédits : Reuters)

[Article publié le 30.07.2021 à 9:46, mis à jour à 14:56 avec amende de 746 millions pour infraction sur le RGPD]

Que se passe-t-il chez Amazon qui inquiète tant les analystes et les investisseurs ? Pour quelle raison l'action du géant du e-commerce a-t-elle perdu jusqu'à 7% de sa valeur en Bourse hier soir, dans les échanges d'après-clôture sur le Nasdaq?

A priori, ce devrait être tout le contraire, car, grâce à ses activités de commerce en ligne et de services cloud, Amazon a dégagé 7,8 milliards de dollars de bénéfice net au deuxième trimestre, soit 48% de plus qu'il y a un an, le deuxième bénéfice trimestriel le plus important de toute son histoire !

Le retour de l'aversion au risque ?

Première raison : Amazon a publié pour le 2e trimestre (avril-juin) un chiffre d'affaires en progression de 27% à 113 milliards de dollars. Mais aussi faramineux soit-il, ce résultat est inférieur à la prévision des analystes qui l'attendaient en moyenne à 115 milliards de dollars selon des données IBES de Refinitiv: pour eux, il manque donc à l'appel 2 milliards de dollars. C'est manifestement un signe du retour de l'aversion au risque.

Le retour des consommateurs en boutiques va freiner la croissance d'Amazon

Seconde raison, Amazon a annoncé jeudi qu'il anticipait une décélération de ses ventes au cours de la période juillet-septembre (3T), alors que les consommateurs se rendent davantage en boutiques avec l'assouplissement des restrictions sanitaires. Une situation qui augure de débuts difficiles pour Andy Jassy, le successeur de Jeff Bezos à la tête du groupe, entré en fonction le 5 juillet.

S'exprimant lors d'une conférence téléphonique avec des journalistes, le directeur financier, Brian Olsavsky, a souligné que de nombreux consommateurs étaient contraints l'an dernier de rester chez eux à cause du coronavirus, rendant la comparaison difficile avec le trimestre en cours.

En effet, avec la crise sanitaire, Amazon avait vu ses ventes gonfler, enregistrant notamment sur la période janvier-mars un bénéfice trimestriel record avec l'arrivée massive de nouveaux abonnés "Prime". "Dans vingt pays, les abonnés à Prime ont dépensé plus et économisé plus lors de ce Prime Day que pendant tout autre auparavant, achetant 250 millions de produits", affirme le groupe de Seattle dans son communiqué de résultats.

Mais sur la période avril-juin, les ventes en Amérique du Nord, principal marché d'Amazon, ont augmenté de 22% "seulement", contre 43% un an plus tôt.

Désormais, la forte croissance du groupe commence à afficher des signes d'essoufflement. Pour le trimestre actuel (3T), il dit s'attendre, au mieux, à une croissance de ses ventes de 16%.

Les services de cloud toujours au top

Sinon, au chapitre des nouvelles positives, l'appétit pour le cloud, ou informatique à distance, ne diminue pas, même avec la levée progressive des restrictions sanitaires.

Ainsi, Amazon Web Services (AWS), la division d'informatique dématérialisée ("cloud"), reste un motif de satisfaction, avec une progression de 37% de ses revenus, à 14,8 milliards de dollars, battant le consensus qui ressortait à environ 14,1 milliards de dollars.

Amazon a dit s'attendre à un bénéfice d'exploitation pour le trimestre en cours compris entre 2,5 milliards et 6 milliards de dollars, dont environ 1 milliard de dollars de coûts liés au coronavirus.

Pressions politiques et sociales, amendes sur le RGPD... encore sans conséquences commerciales

Toutefois, les défis auxquels le géant du commerce en ligne fait face reste nombreux, pas seulement à cause de la hausse continue des coûts.

Ainsi, du côté des parties prenantes (stakeholders), l'horizon reste tourmenté. Avec des pressions politiques (fin mai, le procureur de la capitale américaine Washington a lancé des poursuites contre Amazon, qu'il accuse d'empêcher les commerçants de vendre leurs produits moins chers ailleurs que sur son site) et des critiques récurrentes d'associations au sujet des conditions de travail dans les entrepôts de la société.

Sans oublier, une problématique commune à tous les GAFA : les infractions à la protection des données, et particulièrement au Règlement européen sur la protection des données (RGPD), qui viennent de valoir au géant du e-commerce une amende carabinée de 746 millions d'euros (886,6 millions de dollars) infligée le 16 juillet par la Commission nationale pour la protection des données (CNPD) au Luxembourg, mais  révélée seulement ce vendredi 30 juillet par un communiqué du groupe, rapporte Reuters cet après-midi. Pour donner matière à comparaison, hors d'Europe, la justice américaine avait validé en 2020 une amende de... 5 milliards de dollars infligée à Facebook pour n'avoir pas su protéger les données personnelles.

Mais quoi qu'il en soit, force est de constater que, pour l'instant, cela n'entame ni son succès commercial ni son appétit de conquête. Fin mai, par exemple, Amazon s'est offert le studio hollywoodien quasi centenaire Metro-Goldwyn-Mayer pour 8,45 milliards de dollars. Son catalogue va lui permettre d'étoffer considérablement Prime Video, son service de streaming compris dans l'abonnement.

(avec AFP et Reuters)

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Commentaires 2
à écrit le 31/07/2021 à 2:55
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Apparement l'arbre Amazon ne monte pas jusqu'au ciel, ceci pourrait expliquer le départ de Jeff Bezos à bord de son phallus artificiel... J'ai comme l'impression que l'on va revivre l'éclatement d'une bulle techno 2.0 au regard du ratio de capit...

à écrit le 30/07/2021 à 11:20
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A mettre en perspective avec la décision de Niels, les actionnaires milliardaires gavés de centaine de milliards d'argent public deviennent bien trop exigeants, bien trop gourmands, Amazone a largement assez de fonds pour se passer des cupides. Les e...

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