Télécoms : les opérateurs ne croient plus à un marché à quatre

Les discussions concernant un mariage entre Orange et Bouygues Telecom semblent montrer que désormais, dans l’Hexagone, plus personne, y compris Numericable-SFR et Free, ne croit à l’avenir d’un marché avec quatre acteurs convergents (présents à la fois dans l’Internet fixe et le mobile). Décryptage.
Pierre Manière

5 mn

Depuis longtemps, Stéphane Richard milite pour une concentration du marché français des télécoms, dont il fustige la guerre des prix depuis l'arrivée de Free.
Depuis longtemps, Stéphane Richard milite pour une concentration du marché français des télécoms, dont il fustige la guerre des prix depuis l'arrivée de Free.

C'est peut-être le principal enseignement à tirer de l'agitation et du brouhaha qui règne actuellement chez les opérateurs télécoms français. Annoncées par Bloomberg la semaine dernière, les « discussions préliminaires » concernant un mariage entre Orange et Bouygues Telecom semblent montrer que plus personne ne croit à l'avenir d'un marché à quatre. Ou plus précisément, à quatre acteurs dits « convergents » - qui soient présents à la fois dans l'Internet fixe et dans le mobile au niveau national.

En premier lieu, comme le laissait présager l'absence de démentis des informations de Bloomberg par Orange et Bouygues, les deux opérateurs parlent bien de la possibilité d'un mariage. A La Tribune, une source interne de l'opérateur historique confirme que « le département fusions et acquisitions a entamé des discussions à ce sujet ». En outre, le scénario le plus probable demeure une entrée de Bouygues au capital d'Orange, en échange de la cession de sa filiale télécoms. D'après un analyste financier, « c'est bien la preuve que Martin Bouygues a changé d'avis ». Et ce, alors qu'il assurait, dans la foulée du refus de l'offre de Patrick Drahi (le patron d'Altice, la maison-mère de Numericable-SFR) pour Bouygues Telecom en juin dernier, que son groupe était armé pour poursuivre son cavalier seul.

Mettre fin à la guerre des prix

Du côté d'Orange, Stéphane Richard, son PDG, n'a jamais caché qu'il ne croyait pas à la pérennité et à la viabilité d'un marché à quatre acteurs, étant donné les très lourds investissements actuels dans les infrastructures dédiées à l'Internet fixe (via la fibre optique) et au mobile (à travers le déploiement d'antennes 4G). Chez Altice, le retour à trois opérateurs est depuis longtemps perçu comme un moyen de stabiliser le marché, a minima en mettant fin à la guerre des prix qui plombe les revenus du secteur depuis 2012 et l'arrivée de Free Mobile.

Xavier Niel, le patron du trublion low cost, disait en mars dernier qu'il ne croyait pas à une concentration du secteur, jugeant que Martin Bouygues ne vendrait jamais « sa femme », en faisant référence à Bouygues Telecom. Non seulement la donne a bien changé. Mais en plus, Xavier Niel n'a jamais fermé la porte à la consolidation, précisant opportunément qu'elle ne pourrait de toute façon se faire sans lui... En résumé, « même s'il n'y a pas de deal entre Orange et Bouygues, tous les opérateurs semblent aujourd'hui convaincus qu'il n'y a pas de place pour quatre acteurs en France », assure un autre analyste.

Les conditions idéales pour un « oui »

Toutefois, il semble que jamais le marché n'ait été aussi proche d'un retour à trois. Pour beaucoup, les conditions sont réunies pour que Martin Bouygues dise « oui » à Orange. Pourquoi ? D'une part, parce qu'un mariage avec l'opérateur historique lui offrirait des garanties solides en matière d'emploi dans sa filiale. D'autre part, parce qu'en devenant actionnaire d'Orange, il ne quitterait pas les télécoms, et aurait son mot à dire sur la marche de la nouvelle entité. Surtout, dans le petit monde des télécoms françaises, chacun sait que Martin Bouygues a beaucoup plus d'estime pour Stéphane Richard que pour Patrick Drahi ou Xavier Niel. C'est peu dire... Et ce, même si Martin Bouygues en a voulu à Orange d'avoir mis le pied à l'étrier de Free en lui permettant d'utiliser ses antennes 3G lorsqu'il s'est lancé dans le mobile il y a trois ans.

Pour autant, la partie est encore loin d'être jouée. Fort de ce statut de « gendre idéal », nul doute qu'Orange voudra tirer profit de la situation. La semaine dernière, dans un communiqué, l'opérateur a affirmé que « de tous les acteurs des télécoms français, Orange est celui qui a le moins besoin de la consolidation ». Comme si, d'une certaine manière, la concurrence devrait « faire des efforts » s'il devait être moteur d'un retour à trois opérateurs...

Une mise en concurrence de Drahi et Niel ?

Or sur le fond, la cote de Bouygues Telecom est actuellement très élevée, à 10 milliards d'euros, soit le prix proposé il y a six mois par Patrick Drahi. En parallèle, pour satisfaire les autorités de la concurrence, Orange devrait notamment revendre une très grande partie du réseau mobile de Bouygues Telecom. Pour que l'opération soit à son avantage, il a donc intérêt à en tirer le meilleur prix possible.

Orange devrait le proposer à Free, qui est l'acheteur naturel de cet actif puisqu'il bâtit le sien. Il y a six mois, lorsque Patrick Drahi a voulu racheter Bouygues Telecom, le chiffre de 2 milliards d'euros a circulé concernant le chèque que Xavier Niel était prêt à signer pour ce réseau. Mais pour faire grimper les enchères, Orange pourrait aussi solliciter Numericable-SFR. Et pour cause : l'opérateur de Patrick Drahi pourrait être tenté par le rachat d'une partie du réseau mobile qu'il partage actuellement avec... Bouygues Telecom. Une fois n'est pas coutume, les négociations promettent d'être animées.

Pierre Manière

5 mn

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Commentaires 24
à écrit le 17/12/2015 à 17:44
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J'en déduis une hausse des prix à venir !

à écrit le 17/12/2015 à 17:07
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J'ai une box bouygues, si ils sont absorbés, je vais chez free et je ne veux plus rien avoir a faire avec orange!!!

le 17/12/2015 à 19:27
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pas de problème Michel, mais vous aurez de toute façon à avoir à faire avec orange, car free investit très peu et profite des réseaux d'orange de façon imposée par le régulateur, donc c'est orange qui entretiendra le réseau... quand à la couvertur...

à écrit le 17/12/2015 à 16:15
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il y a 159 opérateurs en europe, il en reste 4 aux US !! pourquoi maintenir cette balkanisation des opérateurs, ces commerces de détail face aux géants mondiaux qui vont les avaler si on en reste là surtout que fusionner permet de réaliser ce qui...

le 17/12/2015 à 17:07
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Ce n'est pas tout a fait vrai, s'il faut vraiment compareur EU et US, il y a une soixantaine d'opérateurs aux US... Qaant aux infras, il aurait en effet plus équitable de construire une seule infra radio (comme celle du cuivre) et de permettre a n'...

le 17/12/2015 à 18:05
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Nous sommes en Europe et les tarifs n'ont rien d’européens, j'attends de voir la suite ! Lorsqu'on passe une frontière les prix s' envolent !

le 17/12/2015 à 19:19
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je parle des grands opérateurs, parce que le régulateur qui encourage la création de petits opérateurs en encourageant la dépense publique dans les zones peu denses (imposées) a recensé plus de 1500 petits opérateurs d’infrastructures et de réseaux.....

le 18/12/2015 à 11:57
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Je ne voit franchement pas ce qui distingue une infra LTE d'une autre infra LTE.. Ce sont même souvent les mêmes constructeurs, les mêmes logiciels... L'approche consistant a continuer la concurrence par les infra n'a pas de sens quand il s'agit d...

le 18/12/2015 à 21:42
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ce sont les mêmes infras ? pas du tout, en mobile il y a des fréquences différentes qui ont des cractéristiques différentes en propagation, couverture... le design des cellules est un choix parmi d'autres et donc de segmentation, les techno femmt...

le 20/12/2015 à 11:19
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Concernant la radio, si ce n'étaient pas les même technos, il n'y aurait pas de mutualisation possible... Bouygtel/SFR , et EE en UK (entre autres...) ont prouvé exactement le contraire de votre mauvaise compréhension de ces technos. Un petit tour au...

à écrit le 17/12/2015 à 15:57
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On peut supputer que des cabinets d'avocats sont déjà en train de se pencher sur le possible "abus de position dominante"... Un de plus pour Orange. (qui souhaite même "capturer" sa clientèle via une banque en ligne...)

à écrit le 17/12/2015 à 15:29
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Je vois surtout que c'est la fin des opérateurs qui s"annonce en France et dans toute l'Europe, puis du monde. Celle des producteurs s'ouvre. Chacun veut en effet disposer du meilleur réseau et ne plus avoir à choisir pour cela. Ce qui implique un ré...

à écrit le 17/12/2015 à 13:16
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Quand il y avait trois opérateurs, c'était censé être le nombre minimum d'entreprises concurrentes pour ne pas risquer d'avoir une entente. Ben, pas trop, ils avaient chacun leur marché et en étaient heureux, à quoi bon concurrencer l'autre, gagner q...

à écrit le 17/12/2015 à 11:11
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Bonjour, Orange et Bouygues rêvent de revenir à une époque révolue tant en terme de monopole que de tarifs. Cela Drahi et Niel l'ont parfaitement compris. Les clients se sont habitués à des forfaits illimités à une moyenne de 20€ mensuel et sans dé...

le 17/12/2015 à 15:55
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en réponse à marousan : pas tout à fait exact : les réseaux demandent des investissements permanents, renouvellement, développements, pose de fibres, d'équipements nouveaux...regardez les investissements : bouygues et free : environ 1 milliard, SFR ...

à écrit le 17/12/2015 à 9:27
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Orange allié à Bouygues vendra plus facilement à Drahi d une part pour affaiblir Free et d autre part pour augmenter la dette de Drahi !👍🤓👹🇨🇭

le 17/12/2015 à 10:50
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Sauf si l'empire Drahi, colosse hétéroclite déjà surendetté, explose d'ici-là. L'aventure Drahi ressemble à s'y méprendre à celle de Vivendi à l'époque Messier, l'histoire de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf.

le 17/12/2015 à 11:31
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Les investissements de Drahi sont ciblés sur les médias et télécom, et l'endettement y est supportable, qui plus est à des taux trois fois moindre que Messier qui a cassé Vivendi, en y faisant du n'importe quoi et brouillon, mégalomane, s'affichant ...

le 17/12/2015 à 11:36
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Une petite différence tout de même : J6M était un gratte papier qui jouait avec l'entreprise des autres, avec de l'argent "cher" et aimait parader. Drahi, même si on ne l'aime pas et qu’il joue avec la dette a des taux bas, met tout de même ses c... ...

à écrit le 17/12/2015 à 9:21
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Pendant que les grands discutent on s occupent pas des clients ! Surtout des entreprises qui aimeraient avoir la voix et la data sur mobile sécurisé ! Un seul système le propose aujourd'hui : Squareway by Vivaction les opérateurs devraient tous adopt...

à écrit le 17/12/2015 à 9:19
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Il y a un peu de confusion... D'un coté on dit que les français ne croient plus a un marché a 4 opérateurs, et de l'autre que la guerre des prix doit cesser. Ce qu'il faut donc comprendre serait donc plutôt que, pour remonter les prix et retrouver le...

le 17/12/2015 à 10:48
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Rassurez-vous, tant que le loup Free sera dans la bergerie, les prix ne remonteront pas, la marque de fabrique de Free qui a fait son succès malgré quelques approximations techniques étant des offres simples à prix percutant (grâce à Free les prix de...

le 17/12/2015 à 11:39
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De là a penser que ce deal est poussé pour permettre de revendre le réseau de Bouygues a Free serait LA solution permettant a Orange de se sortir du bourbier de l'itinérance Free ;-)

le 17/12/2015 à 16:05
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en réponse à conclusion : pas tout à fait : le sujet est qu'avec des fusions et donc un périmètre plus important, les économies d'échelle engendrées permettent de baisser les coûts et d'tre plus compétitif face à des géants du marché qui eux ont lar...

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