Vous avez dit transhumanisme ?
David Medioni
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« Les choses changent. Mais si vite... Est-ce que les habitudes des hommes pourront suivre ? », s'interrogeait et s'amusait le biochimiste et écrivain de science-fiction, Isaac Asimov. Quand il écrit cela, dans les années 1970, Asimov pressent quelque chose. En écrivain aguerri qui grâce à sa sensibilité aux mouvements du monde anticipe les soubresauts. Il pressent que l'homme va vouloir devenir Homo Deus ainsi que le décrit Yuval Noah Harari dans son livre homonyme. Il anticipe le fait que l'homme, se voulant l'égal de Dieu pour aller aussi vite que le changement, va accepter de muter. De s'augmenter. Pour Harari, cette nouvelle possibilité humaine interpelle. Elle doit même être regardée avec une grande prudence et circonspection.
« Quand nous serons parvenus à connecter cerveaux et ordinateurs, n'emploierons-nous cette technique que pour soigner la schizophrénie ? Si quelqu'un a la naïveté d'y croire, sans doute en connaît-il un rayon sur les cerveaux et les ordinateurs, mais beaucoup moins sur la psyché et la société humaines. Sitôt qu'a été opérée une percée capitale, il est impossible de la cantonner à la guérison, et d'interdire formellement qu'elle soit employée pour l'amélioration », écrit le philosophe.
Quelques pages plus loin, il enfonce le clou : « En vérité le techno-humanisme pourrait finir par réduire les êtres humains. Le système peut préférer des humains déclassés, non pas parce qu'ils posséderaient des dons surhumains, mais parce qu'ils seraient dépourvus de certaines qualités humaines réellement perturbantes qui gênent le système et le ralentissent ». Difficile de faire plus clair dans une forme d'hostilité à ce qu'il convient d'appeler le transhumanisme, ou la science de l'homme augmenté. Et Harari d'alerter toujours plus : « La seconde révolution cognitive, dont rêvent les techno-humanistes, pourrait avoir le même effet sur nous, produisant des rouages humains qui communiquent et traitent les données bien plus efficacement que jamais, mais sont à peine capables d'attention, de rêves ou de doutes. Des millions d'années durant, nous avons été des chimpanzés augmentés. À l'avenir, nous pourrions être des fourmis surdimensionnées. »
David Medioni