Taux d’intérêt sur la dette française : jusqu’ici tout va bien !

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La France bénéficie aujourd’hui comme la zone euro de taux historiquement très bas (taux à dix ans autour de 2,2%) au regard des niveaux observés au cours des deux dernières siècles, et semble en outre considérée par les investisseurs comme un pays du cœur de la zone euro, pays donc très privilégié sur le plan des taux par rapport à celui des pays de la périphérie. | REUTERS
La France bénéficie aujourd’hui comme la zone euro de taux historiquement très bas (taux à dix ans autour de 2,2%) au regard des niveaux observés au cours des deux dernières siècles, et semble en outre considérée par les investisseurs comme un pays du cœur de la zone euro, pays donc très privilégié sur le plan des taux par rapport à celui des pays de la périphérie. | REUTERS (Crédits : reuters.com)
Pourquoi la France, dont la dette a été dégradée par les agences de notation, s'en sort encore avec des taux d'intérêt avantageux ? Et pourra-t-elle longtemps maîtriser ainsi la charge de sa dette. Les explications de Pierre-François Gouiffès.

Les multiples débats sur les déficits et la dette publique française induisent une attention particulière pour les dépenses d'intérêt payées par les administrations publiques sur leurs dettes. Le taux d'intérêt auquel l'Etat - principal porteur de dette - emprunte à moyen terme fait l'objet de la part des observateurs de commentaires insistants voire obsessionnels, avec comme "ligne bleue des Vosges" l'écart entre le taux des OAT françaises et celui du Bund allemand, la dette publique considérée comme la plus sûre de la zone euro.

Les intérêts sur la dette totale des administrations publiques se sont élevés en 2012 à 55 milliards d'euros, soit 2,7% du PIB ou 4,8% des 56,6% de dépenses publiques françaises. Sur longue période, ces charges d'intérêt ont considérablement augmenté puisqu'ils ne représentaient que 0,6% du PIB en 1974. Il y a donc eu une multiplication par quatre en quarante ans, ce qui correspond bien à l'envolée de la dette publique française sur les quatre dernières décennies (passage de 15% à 95% du PIB).

Depuis vingt ans, la baisse des taux compense la hausse du stock de dette

Les dépenses d'intérêt ont pourtant bénéficié de circonstances particulièrement favorables sur les vingt dernières années : en effet une très forte divergence est apparue entre la progression extrêmement forte du stock de dette et la baisse du taux d'intérêt apparent de cette dette (calculé en divisant les intérêts par le stock de dette). Cet impressionnant effet ciseau a permis jusqu'à aujourd'hui de contenir les intérêts à moins de 3% du PIB en dépit du plus que doublement du stock de dette depuis 1992.

Déficits graphique 1

La France bénéficie aujourd'hui comme la zone euro de taux historiquement très bas (taux à dix ans autour de 2,2%) au regard des niveaux observés au cours des deux dernières siècles, et semble en outre considérée par les investisseurs comme un pays du cœur de la zone euro (avec l'Allemagne, la Belgique, l'Autriche, les Pays-Bas et la Finlande), pays donc très privilégié sur le plan des taux par rapport à celui des pays de la périphérie (Espagne, Italie, Portugal, Grèce, Irlande).

Les taux bas, source d'économies

On voit très clairement cette situation si l'on comparer les spreads entre les trois principales économies de la zone euro (Allemagne, France, Italie) qui en représente les deux tiers du PIB : le taux français s'écarte peu du taux allemand : 50 à 60 points de base, contre 250-260 points de base pour l'Italie.

graph2 déficits

Les bas taux ont même permis à l'Etat, porteur de plus des trois quarts de la dette publique totale de faire du substantielles économies depuis 2010 avec une exécution budgétaire systématiquement meilleure que la prévision initiale : ainsi l'atterrissage 2013 sur les intérêts du PLF 2014 prévoit près de 2 milliards d'économies - 45 milliards contre 46,9 dans le budget initial. Aucun autre poste budgétaire n'a offert d'aussi agréable surprise au ministre du budget.

La France peut-elle durablement voguer en bas taux ?

Rien ne semble donc toucher les bas taux d'intérêt français, pas même les dégradations à répétition de la dette souveraine française par les agences de notation depuis janvier 2012. On rassemble ici quelques éléments d'explication sur cette situation remarquable dont tout un chacun s'interroge sur sa durabilité.

Les bas taux français profitent d'abord de la politique de taux de la BCE sur l'ensemble de la zone euro, alors même qu'une étude de juillet dernier de Natixis considère qu'un taux "normal" pour l'Allemagne serait de 3,7%, 200 points de base au-dessus du taux actuel.

La dette française, "too big to fail"

Il y a peut-être ensuite la grande attention portée par l'autorité politique française à cet enjeu et la qualité de gestion de l'Agence France Trésor, l'opérateur public en charge du marketing et de la commercialisation de la dette négociable de l'Etat (1,5 trilliard d'euros dont 62% détenus par des non-résidents). Après la dégradation de S&P à AA, le ministère des Finances a ainsi pu affirmer de façon crédible début novembre 2013 :

"La dette française est et demeure parmi les plus sûres et les plus liquides au sein de la zone euro. Elle bénéficie de taux historiquement bas, preuve de la confiance réaffirmée des investisseurs. »

Un autre point expliquant la situation favorable de la France en matière de bas taux consiste non pas dans la solidité de ses finances publiques mais dans la taille systémique de son économie et de celle de ses en-cours de dette : la dette souveraine française constituerait un actif "too big to fail" dont les très importants volumes existants constituent une protection contre des attaques du fait du lourd risque de bilan que cela induirait pour ses détenteurs actuels.

La France bénéficie d'un ajustement progressif de ses comptes

En outre, les investisseurs voulant se positionner en euro ne semblent pas avoir beaucoup de placements alternatifs à la dette française, qui n'est certes pas le premier choix allemand mais a l'avantage de présenter des volumes d'émission significatifs. Se pose par ailleurs la question de la mutualisation éventuelle des dettes souveraines du cœur de la zone euro.

La France bénéficie enfin du retour d'expérience sur les ajustements brutaux opérés dans les PIGS de la périphérie de la zone euro, où les ajustements budgétaire parfois brutaux ont généré des récessions et souvent des révisions majeures des paradigmes des processus d'ajustement structurel, par exemple le FMI. La France a ainsi obtenu de la Commission un ajustement plus progressif de ses comptes, le retour à 3% de déficit étant programmé en 2015, à un moment où les pays d'Europe du sud semblent réaliser des efforts massifs d'ajustement et rencontrer moins de difficultés pour se financer.

La France, toujours deuxième emprunteur de dette de la zone euro

Pour le moment, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes pour les bas taux français. La question est de savoir si cette situation est durable ou seulement provisoire : de nombreux commentateurs considèrent en effet les taux comme le thermomètre ultime de la soutenabilité des finances publiques, d'où la grande attention et la grande tension sur cet indicateur économique.

Comme la France a prévu d'émettre en 2014 174 milliards d'euros de dette et sera une nouvelle fois le second emprunteur de dette de la zone après l'Italie, on voit l'importance de cette question du taux d'intérêt sur les équilibres budgétaire et économiques du pays.

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Commentaires
a écrit le 10/09/2014 à 18:15 :
Ce qu'il faut dire aussi c'est que concernant les intérêts de la dette et en particulier sont taux, il est certes d'environ 2,2%, ces intérêts sont payables aux banques privées qui pour ce faire empruntent à la BCE au taux de 1% environ... Chercher l'erreur ! et ce depuis 30 ans , merci Pompidou, Giscard etc.. Grands banquiers devant l'Eternel. Et vous voulez nous faire croire que la france malgré sa notation auprès des agences a un taux avantageux historiquement !!! , mais de qui se moque t'on ? on ne devrait emprunter que à 1% directement à la BCE !
a écrit le 26/12/2013 à 12:56 :
hé pierrot ,moi je nai que le certf , mais je suis queque peu pessimiste.....
a écrit le 26/12/2013 à 12:53 :
tout vas bien ,mon navire est le plus rapide et insumersible ......
a écrit le 27/11/2013 à 17:36 :
"Too big to fail". Pas seulement un effet de masse. Un article du WSJ proposait une explication plus crédible . Si la France fait faillite, c'est la fin de la zone Euro. Donc la BCE sera obligée de créer de la monnaie pour racheter de la dette française, comme le fait la BC américaine, ce qu'elle a refusé de faire pour la Grèce, etc..
a écrit le 27/11/2013 à 15:53 :
Cela va de soi, la France est un bon risque et mériterait plus un AAA que, par ex. Les Pays-Bas dont l'endettement prive est catastrophique... Ainsi, n'importe quel investisseur sérieux a note que les seules liquidités des particuliers en France représentent € 3600 bio, soit 2 fois le total de l'endettement public... La messe est dite, quel est le pays qui peut en dire autant ? En effet, l'Etat est pauvre, mais les particuliers ont un beau bas de laine !!!!
a écrit le 27/11/2013 à 15:24 :
Heureusement nos" parrains" nous soutiennent....Jusqu'à quand ????
Réponse de le 01/12/2013 à 18:08 :
d'après vous jusque quand?
a écrit le 27/11/2013 à 11:59 :
Tant que les dépôts des français sont au niveau de la dette, tout prêteur sait qu'il peut récupérer sa mise par application de méthode "forcée" de prélèvement sur ces dépôts (cf Chypre ou les incantations du FMI). Lorsque ceux-ci se réduiront (par transfert à l'étranger ou par retrait pour cause de dépenses supplémentaires) et que la dette passera au-delà, on peut penser que cette "mansuétude" disparaitra.
Réponse de le 27/11/2013 à 16:15 :
C'est aussi ce que je sens venir et bien des Français aussi. L'épargne commence à se tirer en catimini pour éviter notamment le genre de joyeusetés qu'on nous prépare. Ca pourrait bien s'accélérer.
Réponse de le 27/11/2013 à 16:15 :
C'est aussi ce que je sens venir et bien des Français aussi. L'épargne commence à se tirer en catimini pour éviter notamment le genre de joyeusetés qu'on nous prépare. Ca pourrait bien s'accélérer.
a écrit le 27/11/2013 à 10:33 :
Tout simplement ! Si la France s'effondre l'Europe coule , puis le monde. La conséquence de too big to fail sera une suite de defaults homeopathiques :
- Taux bas (même la ménagére de moins de 50 ans préférent ses 1.5 % à la caisse d'Epargne que de se faire bouffer par l'inflation , et pourtant elle n'est pas HEC).
- Inflation modérée ( mais controlée a 2- 3%).
- Planche à billets de la BCE.
- Petits defaults entre amis (fiscalite, renégo etc...)

En effet depuis la révolution la France n'a pas fait default (à la Greque) mais dans les fait avec intelligence.
a écrit le 27/11/2013 à 10:25 :
l'enfant malade et arrogant de l'europe c'est l'Allemagne ...
Réponse de le 27/11/2013 à 12:42 :
mon dieu...
a écrit le 27/11/2013 à 8:45 :
les taux sont bas car l'espagne et l'italie faisaient peur... ces pays se redressent... on va bientot decouvrir qui est l'enfant malade et arrogant de l'europe
a écrit le 27/11/2013 à 5:39 :
Je ne suis pas d'accord avec cet article . Si la France bénéficie de taux extrêmement bas c'est qu'elle se trouve dans l'oeil du cyclone . Avec un endettement de 95% du PIB, une charge de la dette représentant la recette annuelle de l'IR chaque année (50 milliards d'euros), il y a clairement une épée de Damoclès au dessus de la France. Tout n'est que facteur psychologique . Le jour où le facteur psychologique ne marchera plus (dans 1 jour, 1 mois ou 1 an), la France ira pleurer à la BCE pour demander de l'aide ! Ce jour là, probablement pendant le quinquennat de Hollande, marquera la fin d'une politique irresponsable et de fuite en avant permanente . Mais ne dramatisons pas non plus, les acheteurs de la dette française perdront de l'argent sur un investissement qui se révélera plus risqué que prévu.
a écrit le 26/11/2013 à 20:57 :
On pourra même pas demander a Bernard Cazeneuve ou a Pierre Moscovoci de vendre leurs cheveux pour se refaire un peu.
a écrit le 26/11/2013 à 20:56 :
Jean Pierre Coffe va un peu vite en besogne.
Mais il est vrai que depuis le président du pouvoir d'achat et le président des bisous, la France est championne de la dette. On n'a même pas besoin de sponsor.
Et comme disait Jack Lang, il faut avoir envie d'avoir envie.
Pourvu qu'on puisse continuer a faire les poche des autres.
Donnez, donnez. Et montez dans le bus
Réponse de le 28/11/2013 à 0:33 :
Montez dans le bus est monter à l'asile .Les USA ,le Japon sont nettement plus endetté que nous !Les fous sont en liberté ,les grands malades sont de sortie ........
a écrit le 26/11/2013 à 19:01 :
+1 avec aka.

On peut rajouter la baisse des taux continuels de la BCE, les LTRO,...

On en reparlera des taux bas en 2015/2016 avec une dette supérieur à 100% PIB...
a écrit le 26/11/2013 à 18:49 :
ça va bien car la planche à billet mondiale tourne à plein régime : les bilans des principales banques mondiales on été multipliés par 3 en 5 ans. L'argent produit à besoin de s'investir, la règlementation le pousse vers les emprunts d'états (Bâle 3). Quid quand cette planche à billet va s'arrêter? Déjà on à eu un aperçu quand la FED à juste menacé de baisser son QE de 5 milliards : +1% sur le taux US et les monnaies des émergent en chute libre. Finalement la FED à renoncer pour le moment à mettre fin à son QE. De plus si vous voulez de la dette d'état en se moment vous devez privilégier l'Europe (c'est la seule zone d'importance à ne pas produire des tonnes de monnaie). L'Allemagne n'emprunte quasi plus, en quantité il ne reste plus que la France ou l'Italie..
Réponse de le 28/11/2013 à 10:39 :
Ca se terminera de toute façon par de l'hyperinflation.
Mais seulement dans une dizaine d'années, voire une vingtaine...
Von Mises, Rothbard ou Hulsmann ont tout écrit sur ce sujet.
a écrit le 26/11/2013 à 18:45 :
Avant le cyclone il fait toujours très beau . Si les taux était a 5 % on ferait des réformes malheureusement on a l euro qui nous permet de dépenser n importe comment
Réponse de le 26/11/2013 à 20:38 :
On attend toujours la liste des réformes "indolores" (dans votre acception, une bonne réforme, c'est celle qui touche les autres...)
Réponse de le 27/11/2013 à 10:04 :
et ou pierre définit ce qu'est une bonne réforme ?
êtes vous partisan de l'immobilisme ?
a écrit le 26/11/2013 à 18:40 :
pourriez vous faire remonter le graphique des taux a 1973? juste pour voir
Réponse de le 27/11/2013 à 21:21 :
Vous voulez sans doute dire 1972, avant janvier 1973.

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