Ismaël Le Mouël, geek... et solidaire

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Ce polytechnicien frondeur met la technologie au service de l’économie sociale et solidaire./ DR
Ce polytechnicien frondeur met la technologie au service de l’économie sociale et solidaire./ DR (Crédits : DR)
Polytechnicien, diplômé d'HEC, Ismaël Le Mouël a lancé en France la Social Good Week pour promouvoir l'économie sociale. À 29 ans, il a cofondé et dirige Hello Asso, qui aide les associations à rencontrer les donateurs.

Démarche enthousiaste, cheveux vagabonds et regard pétillant : Ismaël Le Mouël a la fraîcheur de ses 29 printemps. Cofondateur et directeur général d'Hello Asso (ex-Mailforgood), il met la technologie au service de l'économie sociale et solidaire (ESS).

« L'idée initiale était d'utiliser les réseaux sociaux pour promouvoir l'ESS. À chaque mail envoyé, un don était adressé à une association choisie par l'expéditeur. Aujourd'hui, nous proposons une plate-forme de financement complète, pour collecter des dons et émettre un justificatif fiscal, mener des campagnes et percevoir des adhésions », détaille Ismaël Le Mouël.

Tout sourire, il affiche son objectif pour 2014 : fédérer 10.000 associations sur sa plate-forme, qui en a séduit 2.300 en un an.

« J'ai toujours baigné dans le Web et j'ai ressenti de la frustration au cours de mes premières expériences professionnelles dans de grands groupes. Mes missions de conseil stratégique m'ennuyaient un peu, et je ne retrouvais pas ces valeurs de liberté et de transparence. »

Cette volonté de sortir des sillons de pensée déjà creusés a germé dès son enfance

Il l'a cultivée en jouant aux échecs, jusqu'en championnat de France. Et en s'inspirant de ses parents maraîchers, qui ont fait le choix de la culture bio il y a vingt ans, bien avant que cette tendance ne devienne populaire.

« Ma mère était adepte des pédagogies alternatives. Cela a sans doute contribué à ma réussite dans les études. »

Car Ismaël Le Mouël est polytechnicien et diplômé d'HEC. C'est d'ailleurs au cours de ses études qu'il a découvert l'ESS, lors d'un stage de cinq mois aux côtés du délégué général du Mouvement national des entreprises récupérées, en Argentine.

« Après la crise de 2001, de nombreuses usines en faillite ont été reprises par les salariés sous forme de coopératives.

J'ai constaté que ce système fonctionne, dès lors que la coopérative réunit au moins une centaine de personnes. Dans les petites équipes, un leader finit par prendre le pouvoir », observe-t-il, songeant déjà à proposer une organisation démocratique sans management au sein d'Hello Asso, quand l'équipe aujourd'hui composée de huit salariés aura grandi.

« Je rêve de mettre en place une holacratie comme chez l'américain Zappos. »

Il soigne son management, emmenant ses salariés en séminaire dans les Pyrénées en combi Volkswagen.

« Nous formons un vrai collectif. Ismaël porte un projet très ambitieux, mais il laisse une grande liberté à ses collaborateurs. Comme tous les passionnés, renoncer à ses idées lui coûte, mais il est capable d'entendre les arguments de son équipe », explique Léa Thomassin, directrice des campagnes d'Hello Asso.

À la fois libre penseur et réfléchi, posé et créatif, Ismaël Le Mouël se moque des conventions. Père depuis trois mois, il a ainsi mené des réunions en se promenant dans l'open space pour bercer son fils qu'il portait en écharpe. Sa paternité a modifié certaines habitudes de l'équipe, mais pas sa productivité, ni sa grande capacité de travail.

Avec ses partenaires, il n'est question que des projets d'Hello Asso

« Ismaël est un homme discret et humble, qui garde ses émotions pour lui. Je pense qu'il gagnerait à se rendre plus visible, à se débarrasser de cette froideur de polytechnicien pour gagner en charisme », estime Patrick Asdaghi, le cofondateur de La Fourchette.com qui le conseille depuis les débuts de Mailforgood.

Le projet a été initié en 2009 avec Bruno Humbert, désormais président de La Ruche, qui a recruté Ismaël Le Mouël et l'a introduit dans le monde de l'ESS.

« Les valeurs du Web et de l'ESS sont très proches, mais ces deux mondes ne se connaissaient pas il y a encore quelques années. Ils ne parlaient pas le même langage et ne rassemblaient pas les communautés », analyse Ismaël Le Mouël.

Pour rapprocher ces deux univers et montrer « comment les nouvelles technologies rendent le monde meilleur », il a lancé en 2010 la première édition française de la Social Good Week, au Comptoir général, un bar parisien qui fait office de QG pour de nombreuses associations.

Trois éditions plus tard, une vingtaine de coorganisateurs ont rejoint la manifestation, qui compte une trentaine d'événements dans dix villes, et qui a été intégrée par la Fondation des Nations unies au réseau mondial des Social Good Weeks. Nathan Stern, entrepreneur social et fondateur de La Peuplade, estime que ce succès tient à la personnalité d'Ismaël Le Mouël :

« Ismaël est un disrupteur tranquille et bienveillant. Il est visionnaire sans être dogmatique, ce qui est rare. Malgré son jeune âge et son parcours académique, il prend des initiatives sans fébrilité, sans chercher la validation préalable de quiconque.

Et sa réflexion se concentre sur l'impact social des actions, plutôt que sur les questions de statuts juridiques des organisations ou de pourcentage de bénéfices redistribués aux salariés. Cette nouvelle vision a fait bouger les lignes dans le milieu de l'ESS. »

Optimiser les coûts n'est plus tabou pour les entrepreneurs sociaux comme Ismaël Le Mouël. C'est ainsi que, pour réduire les frais de loyer, il choisit de déménager Hello Asso en province. À l'issue d'un vote, c'est à Bordeaux que l'équipe s'est installée l'été dernier, après avoir bouclé une première levée de fonds d'1 million d'euros. Les locaux qu'elle occupait au sein de l'incubateur parisien Social Good Lab ont été repris par MicroDon. Cofondateur de cette autre start-up de l'ESS, Pierre-Emmanuel Grange a confié à Hello Asso la gestion des paiements en ligne pour son programme L'Arrondi.

« Ismaël est brillant, et la technologie qu'il développe est pointue. Dès nos premiers échanges il y a quatre ans, nous avons sympathisé, même s'il est très geek contrairement à moi. Ainsi s'il vous propose un "hangout", ne vous attendez pas à sortir boire une bière avec lui selon la coutume anglo-saxonne... mais plutôt à discuter sur la messagerie instantanée de Google ! »

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>>> MODE D'EMPLOI

Où le rencontrer ? : Sur Skype. Ou à Bordeaux, ou lors de la Social Good Week qu'il coorganise.

Comment l'aborder : « Dites-moi pourquoi vous souhaitez que l'on se rencontre. Soyez rapide et concis. »

À éviter ! « D'arriver avec trop de certitudes, sans ouverture d'esprit. Je n'ai pas de temps à accorder aux gens qui racontent leur vie juste pour s'écouter parler. »


>>> TIMELINE

  • Décembre 1984 Naissance à Pontivy
  • 2004 Entre à Polytechnique
  • 2007 Assistant du délégué général du Mouvement national des entreprises récupérées en Argentine
  • 2008 Entre à HEC
  • 2009 Cofonde Mailforgood, rebaptisé Hello Asso
  • 2010 Première édition de la Social Good Week en France 202 Coach en entrepreneuriat et économie du partage à l'X
  • 2016 Hello Asso travaille avec 50.000 associations et fonctionne sans hiérarchie.

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