La Tribune

Ce que l'engouement pour les MOOC aux Etats-Unis nous dit pour l'université en France

Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : BLOOMBERG NEWS)
Mehdi Lazar, Universitaire, Los Angeles  |   -  833  mots
Avec les MOOC, ou Massive Open Online Courses, la révolution numérique bouleverse désormais l'économie de l'enseignement supérieur. A l'heure de la rigueur, il s'agit aussi d'apprendre à "enseigner plus avec moins". L'université française saura-t-elle prendre en marche ce train de la flexibilité dans l'enseignement du savoir ?

 

En Californie comme aux Etats-Unis, le secteur de l'enseignement supérieur est soumis à une pression croissante et doit justifier de sa valeur. La question de son financement mais aussi celle de sa réglementation se posent de façon de plus en plus pressante. Cristallisant ces débats, le cas particulier des MOOC a pris de l'ampleur depuis l'année dernière.

Défi technologique, opportunité pour certains et menace pour d'autres, la révolution du numérique oblige le secteur de l'enseignement supérieur américain à réinventer sa « capacité d'adaptation pour faire plus avec moins » (Rahul Choudaha, "Three higher education trends to watch for in 2013", in University World News, 19 janvier 2013, N° 255).

Nouvelle dimension du cours
Un MOOC (Massive Open Online Courses) est un cours en ligne ouvert à tous. Ce nouveau modèle d'enseignement offre donc des contenus d'apprentissage par le biais d'internet pour toute personne qui souhaite suivre ce cours, cela sans limite de fréquentation ou de localisation. Cette flexibilité a fait que les MOOC ont connus au cours de l'année 2012 un engouement certain.

Cependant, il reste encore des obstacles à lever. Par exemple un MOOC en physique du MIT fut suivi en 2012 par des dizaines de milliers de personnes dans le monde mais seules quelques dizaines d'individus ont un résultat convenable lors d'un test. Cependant, le potentiel est réel et les MOOC possèdent la capacité de faire passer l'enseignement supérieur américain et mondial dans une nouvelle dimension. Bien sûr, cette dynamique obligerait établissements et enseignants à repenser les contenus de leurs cours, la relation entre l'apprenant et l'enseignant mais aussi la relation entre le milieu universitaire et les citoyens.

Brèche dans l'enseignement classique
Les MOOC ont d'ailleurs suscité aux Etats-Unis des initiatives très sérieuses avec des projets comme edX (fruit d'une collaboration entre Harvard et le MIT) ou Coursera (fondé par des professeurs de l'université de Stanford) qui avait en mars 2013 2,8 millions d'utilisateurs en 5 langues et 62 universités partenaires. Cependant, ces projets devront s'affirmer en tant qu'alternative viable et crédible à l'enseignement traditionnel en présentiel (une collaboration avec edX a d'ailleurs été rejetée en avril 2013 par Amherst College car ne correspondant pas à leur vision éducative).

Cependant, aux Etats-Unis les MOOC, s'ils ne vont probablement pas concurrencer le segment traditionnel des étudiants internationaux et des institutions d'élites, pourraient transformer les attentes des élèves des campus satellites et provinciaux dits « brick and mortar ». Ce qui pourrait remettre en question leur durabilité et leur rentabilité. En effet, récemment l'American Council on Education (ACE) a permis à cinq MOOC de Coursera de valider des crédits universitaire. Il s'agit bien d'une brèche ouverte dans le modèle économique classique de l'enseignement supérieur aux Etats-Unis.

Les établissements traditionnels menacés?
Cela obligerait les établissements à combler le fossé entre les MOOC et le système de reconnaissance des titres classiques qu'ils « perturbent » (les MOOC pouvant par exemple devenir des « produits d'appel » vers les diplômes classiques d'établissement, notamment pour les plus prestigieux). En revanche, pour les établissements moins réputés, la course aux équipements de ces dernières années (dortoirs, stades, bibliothèque, etc.) qui est en partie responsable des larges augmentations des frais d'inscription ne pourra pas se poursuivre si les MOOC leur font une concurrence directe. La survie de certains de ces établissements serait même mise en cause.

Une chose est sûre, cette utilisation du numérique dans l'enseignement supérieur aura très certainement une grande incidence sur l'organisation des établissements universitaires. Certains auteurs prédisent par exemple que dans une cinquantaine d'année environ la moitié des établissements d'enseignement supérieur des Etats-Unis aura disparu en raison de cette révolution technologique qui parait sur bien des points semblable à l'invention de l'imprimerie (Rahul Choudaha, "Three higher education trends to watch for in 2013", in University World News, 19 janvier 2013, N° 255).

Retard français
Bien qu'une telle prévision soit très difficile à évaluer, l'impact de l'enseignement à distance sera fondamental. La remise en cause du schéma classique « le professeur - la classe - les étudiants assis dans une unité de lieu » ne pourra qu'affecter durablement les universités dans le monde. Notamment autour du vecteur de masse qu'est la langue anglaise. Car pour le moment sa prépondérance est majeure même s'il existe un cours en français sur Coursera (en partenariat avec une institution suisse).

Or la place de notre langue française est capitale car elle véhicule autant une culture qu'une certaine vision du monde. De plus, le retard pris par la France en matière de numérique dans l'enseignement est alarmant. Des choix solides et des investissements conséquents sont donc nécessaires, bien qu'ils restent difficiles à assumer avec nos budgets contraints et notre niveau de dette très élevé. Les MOOC sont cependant l'expression d'un défi d'avenir que la France ne devrait pas laisser passer.

 

Pour aller plus loin, suivez des cours d'anglais en ligne

Réagir

Commentaires

JB38  a écrit le 15/05/2013 à 12:57 :

"Apprendre à enseigner plus avec moins", ça suffit effectivement pour l'économie quand on voit le résultat...Perso, j'interdirai l'enseignement de l'économie, on ferai... des économies.

Axel  a écrit le 08/05/2013 à 16:22 :

J'ai suivi deux cours sur coursera, j'en commence un troisième le 3 juin, et de mon point de vue il n'est pas question de remplacer l'enseignement classique avec un MOOC, si intéressant soit-il. Je voit ça en revanche comme des excellents produits d'appel pour les universités américaines, qui sont effectivement en pointe sur la question. C'est peut-être le fait que ce soit en anglais qui me donne cette impression, mais je trouve que j'en retire moins que dans un cours traditionnel. J'ai toujours suivi une formation universitaire qui prend au minimum l'année comme temps d'enseignement, et cette formation ne m'a jamais confronté à des cours pendant six à dix semaines seulement, ni à des validations par QCM : je pense donc que le format du cours ne contribue pas à lui donner une image d'excellence. Pour moi un MOOC c'est très utile pour s'ouvrir à un sujet qui nous intéresse, ou rester à niveau sur un sujet que l'on connait déjà, mais pas pour plus.

Depuis la rédaction de l'article, il y a de nouvelles écoles partenaires chez Coursera, et il est possible de suivre certains des cours de Polytechnique, l'école française, par exemple. Les cours en français sont hélas cantonnés aux sciences dures (de mémoire, les cours de polytechnique ont des titres que je comprend à peine, alors qu'ils sont en français, et à Lausanne c'est de l'informatique), mais je ne crois pas que les cours en français aient besoin d'être plus nombreux pour développer les MOOC en France. D'ailleurs les cours en français sont après l'anglais (et l'espagnol, grâce au Mexique, mais quasiment à égalité avec eux) les plus nombreux à être proposés, ce qui prouve selon moi que ce n'est pas une question de nombre qui bloque l'expansion des MOOC en France. Il est question d'enseignement supérieur, et je trouve que la connaissance de l'anglais est indispensable à ce niveau. L'attestation reçue à la fin de l'enseignement me semble sanctionner à la fois la pratique de l'anglais et la compréhension d'un thème donné, autrement dit un niveau enseignement supérieur.

Enseignement français Club Med  a écrit le 06/05/2013 à 17:02 :

L'éducation nationale française doit être privatisé avec pour les enseignants publiques contrat de droit privé avec objectif, évaluation, performance et contrôle de l'absentéisme... Mettre fin au Club Med vu le désastreux classement de l'éducation sur plan européen et international. Le nombre d'élèves en échec est de plus dramatique. Réformes structurelles d'urgence l

Getafix  a écrit le 06/05/2013 à 16:10 :

L'article manque d'un descriptif ; Un MOOC, c'est un module d'enseignement cours + exercices (évalué par ordinateur (QCM) ou par des humains) + examen. Le tout fait en ligne, et dans une "ligne de temps" comparable à un cours universitaire. Typiquement qq heures de cours magistral par semaine, + travail personnel et un examen à la fin. Pour l'avoir testé, c'est bien plus qu'un cours filmé, et bien plus accessible qu'un bouquin traitant du sujet. Bien entendu, l'identification de l'impétrant à distance est relativement aléatoire, ce qui laisse quelques doutes sur la capacité à valoriser personnellement le diplôme. Par contre, en terme d'apprentissage, c'est du même ordre de grandeur qu'un module universitaire.

Getafix  a écrit le 06/05/2013 à 15:54 :

J'ai suivi récemment un de ces cours MOOC donné par l'Ecole Polytechnique Federale de Lausanne. Pour moi, il s'agit bien d'une petite révolution. Beaucoup d'avantages : Les étudiants travaillent quand ils le souhaitent où le peuvent, ils ont accès de manière souple à un grand nombre d'enseignements ; Pour les étudiants de l'institution, le temps de leurs enseignants peut être réservé à des actions à valeur ajoutées par rapport à un cours magistral.
Ce qui ne change pas : si vous ne travaillez pas, vous ne réussissez pas...
Il serait bon qu'il y ait beaucoup plus de cours en français accessibles. Et il se trouve que nos universités publiques, n'ont pas le problème du "modèle d'affaire"' des universités privées américaines. Il faut foncer !

réaliste  a écrit le 06/05/2013 à 11:26 :

Pour que ce genre de cours puisse se faire en France il faudrait déjà que l'accès à Internet soit égal pour tous, pour être allé aux USA très récemment (1 mois) il y a connexion partout en libre, ce n'est pas le cas chez nous encore, et de plus, chez eux il est aussi l'habitude de se connecter dans les cafés où les étudiants se rassemblent et font ainsi leurs travaux, ce n'est pas encore un mode de fonctionnement chez nous puisqu'il n'y a pas de connexion en libre, ou très peu en province.