Baudouin Prot : "la crise nous a changés"

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Dans une interview, Baudoin Prot, administrateur directeur général de BNP Paribas estime que la banque de la rue d'Antin a "changé de dimension" avec l'acquisition du belge Fortis. Que de chemin parcouru pour l'ancienne Banque Nationale de Paris, dix ans après son raid victorieux sur Paribas au nez et à la barbe de Société Générale. Retrouvez l'intégralité de l'interview de Baudouin Prot parue ce mercredi dans les colonnes de "La Tribune".

Vous annoncez des résultats trimestriels en hausse. Pour BNP Paribas, la crise financière est-elle de l'histoire ancienne ?

L'activité est en cours de normalisation sur l'ensemble des marchés financiers. Pour ce qui nous concerne, nous avons fortement réduit nos positions de marché comme nous nous étions engagés à le faire mi-décembre. Notre indicateur de "valeur en risque" [VaR, montant des pertes potentielles sur une journée] est passé de 111 millions d'euros en moyenne au dernier trimestre 2008, à 69 millions au premier trimestre 2009 puis 52 millions au deuxième. Cette évolution s'explique par la réduction de nos positions, mais aussi par la détente des paramètres de marché. Nous nous sommes par ailleurs concentrés sur l'activité pour le compte de la clientèle, qui a été très forte. Nous sommes pour le deuxième trimestre consécutif n° 1 mondial sur les émissions obligataires en euros. En matière de dérivés actions, nous avons enregistré au deuxième trimestre une activité beaucoup plus normale, ce qui nous a permis de revenir à un niveau de revenus quasiment équivalent au deuxième trimestre 2008.

Aujourd'hui, votre préoccupation est donc plutôt la crise économique ?

Il est clair que depuis le troisième trimestre 2008, le coût du risque est élevé. Mais sa composition a changé. Le risque était concentré sur les activités de marché l'an dernier, domaine dans lequel il s'est fortement réduit depuis le début 2009 et où il devrait continuer à reculer. Mais progressivement l'impact de la crise économique s'est fait sentir sur les activités bancaires classiques, notamment sur les crédits aux entreprises et à la consommation. En France et en Italie, ce coût du risque reste mesuré. Nous enregistrons en revanche des pointes dans notre filiale américaine BancWest et en Ukraine, où la crise est particulièrement violente. Bancwest est d'ailleurs en perte de 70 millions d'euros au deuxième trimestre, mais le risque de crédit semble s'y stabiliser.

Et sur vos métiers de financement ?

Outre deux provisions importantes dans le Golfe, nous avons passé 109 millions d'euros de provisions sur des prêts LBO. Ceci dit, dans cette activité nous sommes plutôt moins exposés que nos concurrents. Nous avons un portefeuille de 8,6 milliards d'euros partagé entre 400 opérations, sur lequel nous avons un stock de provisions de 1 milliard.

L'abaissement de la note de crédit du rehausseur de crédit Ambac risque-t-il de vous affecter ?

Avec le repli des primes de risque sur les obligations d'entreprises, pour lesquelles les « monolines » nous assurent, le montant potentiel des primes que nous pourrions toucher s'est réduit de 3,4 à 2,5 milliards. Et avec les provisions et couvertures que nous avons mises en place, nous avons réduit notre exposition nette aux monolines à 380 millions d'euros, contre 680 millions au premier trimestre. Quant à Ambac, nous avions déjà passé les provisions nécessaires sur les couvertures qu'il nous offre, car nous savions qu'il présentait des risques. Sa dégradation ne change donc pas grand-chose pour nous.

En quoi BNP Paribas a-t-il changé depuis le début de la crise?

BNP Paribas a vraiment changé de dimension. Notre solidité dans la crise nous a permis à la fois de gagner des parts de marché et de faire l'opération Fortis. Dans les activités historiques de BNP Paribas, notre dynamique commerciale est très forte. En banque de détail, nous progressons en France sur les dépôts et les crédits. En Italie, nous avons gagné 34.000 nouveaux comptes au premier semestre, contre 47.000 sur toute l'année dernière. Dans les activités de marché, outre notre position de leader sur les émissions obligataires en euros, nous sommes numéro 7 sur les fusions acquisitions en Europe. Dans la gestion d'actifs, notre collecte nette a atteint 20 milliards d'euros au premier semestre, dont 6,5 milliards au deuxième trimestre. C'est un chiffre considérable, une progression par exemple supérieure à celle de Crédit Suisse.

Où en êtes-vous dans l'intégration de Fortis ?

Avec cette opération le montant de nos dépôts est passé de 400 à 540 milliards d'euros, ce qui nous fait passer de la cinquième à la première place dans la zone euro. Le nombre de nos clients particuliers dans la zone euro a bondi de 9 à 13 millions, dont la moitié se situent hors de France.
L'opération Fortis Banque date du 12 mai et nous avons déjà une première vision du plan industriel qui sera finalisé cet automne et présenté comme prévu en détail le 1er décembre à Bruxelles. J'en profite pour confirmer que nous pourrons faire face en Belgique et au Luxembourg dans les prochaines années à l'évolution des effectifs sans départs contraints, ce qui est de nature à rassurer le corps social de BNP Paribas Fortis et de BGL, l'entité Luxembourgeoise. Par ailleurs, l'activité de la banque Fortis a commencé à s'améliorer dès que la perspective d'une reprise par BNP Paribas a pris corps. En matière de dépôts, la collecte nette, qui était négative jusqu'en mars, a été positive de 2,7 milliards au deuxième trimestre. La banque de détail repart bien, et la gestion d'actifs s'est stabilisée. C'est très encourageant.

BNP Paribas a aussi augmenté sensiblement ses fonds propres...

C'est le troisième aspect sur lequel nous avons changé de dimension. Nos fonds propres sont passés de 41,8 milliards d'euros fin 2008 à 60,3 milliards à fin juin. Notre ratio "tier one" atteint 9,3%, ce qui nous donne une marge de sécurité accrue. Mais le plus important, c'est d'avoir réussi tout cela en pleine crise. C'est parce que nos résultats ont très bien résisté que nous avons pu acquérir Fortis et changer ainsi de dimension.

Le remboursement de l'aide de l'Etat ne devrait donc pas être un problème ?

Nous allons attendre la fin de l'année pour faire le point sur l'évolution de la conjoncture et celle de nos résultats. En fonction de cela, nous déciderons éventuellement d'une première étape de remboursement en 2010 fondée sur notre capacité bénéficiaire.

Les banques se portent mieux que l'économie réelle. Certaines renouent avec d'anciennes pratiques en matière de rémunération notamment. La crise n'a-t-elle rien changé ?

Nos résultats sont satisfaisants mais nous portons les marques de la crise. La rentabilité de nos fonds propres qui était de l'ordre de 20% en 2007 se situe à 11,8% au 1er semestre 2009. Le coût du risque atteint 2 milliards au second trimestre, et nos encours de crédits en France augmentent de 3%: nous restons résolument acteurs de l'économie réelle. En matière de rémunération des opérateurs de marché, nous avons été l'une des premières banques mondiales à respecter scrupuleusement dès 2008 les recommandations du G20 qui prévoient par exemple l'étalement des bonus sur plusieurs années et leur corrélation aux résultats, non aux revenus. Nous allons également appliquer ces principes en 2009. Mais nous sommes inquiets du comportement de certains grands acteurs de Londres et New York, qui sont nos concurrents. Il est essentiel que les mêmes règles soient mises en ?uvre au même rythme sur l'ensemble des grandes places. La réunion du G20 de Pittsburgh le mois prochain doit aller dans ce sens. Le temps presse.

L'annonce du transfert de serveurs informatiques de la bourse Nyse-Euronext dans la banlieue de Londres pose des questions sur l'avenir de la Place de Paris. Les grandes banques en font-elles assez pour la défendre ?

BNP Paribas a toujours défendu une solution européenne pour la place de Paris. Par ailleurs, la décision de transférer des serveurs informatiques ne dépend pas des banquiers français, mais du conseil d'administration de Nyse-Euronext. En ce qui nous concerne nous allons installer, le 27 octobre, à Pantin le siège global de nos activités de conservation de titres avec 3.400 salariés. C'est assez symbolique, car nous sommes l'un des leaders mondiaux dans ce métier de service aux acteurs des marchés. Mais la défense de la compétitivité de Paris dépend de plusieurs facteurs: l'existence d'une concurrence loyale en matière de rémunération des opérateurs de marché, j'en ai déjà parlé; les normes comptables et les règles en matière de fonds propres. Dans ces domaines, des aménagements post-crise et une harmonisation mondiale sont nécessaires mais le risque existe que les Etats-Unis et l'Europe accentuent leurs divergences alors qu'il leur faudrait impérativement converger.

Il y a deux ans, la suspension par BNP Paribas de la cotation de 3 sicav était le révélateur de la crise du subprime en Europe. Quel regard portez-vous sur ces deux années ?

Je constate qu'aucune banque n'a évité tous les pièges de cette crise, mais que BNP Paribas fait partie de celles qui en sont sorties renforcées. En matière de gestion d'actifs notamment, nous sommes l'un des rares acteurs à avoir enregistré une collecte nette et à avoir été bénéficiaire, chaque trimestre depuis le déclenchement de la crise.

Il y a 10 ans, BNP se mariait avec Paribas. Depuis, vous êtes devenu européen. Quel est votre rêve aujourd'hui ?

En 10 ans, nous avons réussi à nous imposer comme la grande banque de l'euro. Nous sommes passés d'un groupe de 85 000 personnes et 2500 agences à un groupe de 210 000 salariés et 7 000 agences. Nous avons réussi à déployer en Europe notre modèle de banque intégrée, tournée vers la clientèle. Les 18 prochains mois seront consacrés à l'intégration de Fortis. La conjoncture reste difficile. Bien gérer le groupe dans son nouveau périmètre suffira à nous occuper.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
LA BNP a certes pris le controle au nez et a la barbe de la Société Générale, mais au final, ce ne sont que 2 banques de plus qui ont tous les attributs des voyous en bandes organisées. Les frasques du Credit Agricole, de la Caisse d'Epargne, des Banques Populaires sont du même niveau. TOUS et TOUTES LES MEMES CES VOYOUS FINANCIERS.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Je suis très admiratif de lla faculté des traders à gagner beaucoup d'argent puisque des bonus d'un milliard sont mis en réserve pour cet excellent travail. Je suppose aussi que la banque y trouve son compte avec un taux multiplicateur inconnu.
Tout ceci contraste avec la façon dont sont traités les Sicav actions maison où les fonds des clients sont "investis" où là, les mêmes traders qui gagnent, se transforment en gérants attentistes qui perdent, modifiant peu ou prou de temps à autre les compositions de portefeuille pour faire des commissions, et qui font évidemment perdre de l'argent aux déposants au gré des fluctuations de la bourse et à des niveaux curieusement identiques.
Le client investit et la banque "comptabilise" et affecte des parts d'actions mais ne gère pas, à part les coupons! Mais elle fait payer sa "gestion" et des droits d'entrée au cas où le client perdrait tout trop rapidement. Si on supprimait les frais de gestion annuels t en cas de "perte" cela transformerait la mentalité du "gestionnaire rentier". Pourquoi le client ne pourrait-il pas octroyer lui-même des bonus selon la courbe des résultats de ses sicav? Le système de la carotte semble bien fonctionner!
En attendant que le mot gestion reprenne sa signification positive j'ai adopté ce principe : quand un banquier me contacte pour me proposer,à nouveau, ses services de gestion, cela arrive, je lui réponds que je n'ai vraiment pas besoin de lui pour perdre de l'argent comme sa banque l'a fait et que pour cela je suis aussi doué qu'elle!

a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
c'est une honte de donner les milliards que l'état a prété aux banques ...aux traders , qui sont de véritables voyous, voleurs... Si j'étais client de la BNP, je fermerais mon compte dans l'heure !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Un milliard d'euros distribué à des personnes qui ne créent aucune valeur, après avoir reçu 5 milliards d'euros financés par les contribuables... ah oui, on mesure le changement. 1 000 000 000 ?! En empilant des pièces d'un euro on couvre la distance de Paris à Istanbul.
C
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
c'est tout simplement dégueulasse .La BNP a bénéficié de l'argent des contribuales elle doit en priorité rembourser et non se goinfrer. C'est dépourvu de toute morale .Pendant que certains profittent ,d'autres comme Roccard et consorts cherchent à créer des taxes ,qui seront toujours payées par les mêmes .Attention cela sent la révolution
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
bravo pour les résultats de la banque mais c'est scandaleux les primes des traders
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Comme certains, je souhaite à nouveau préciser que l 'ETAT n'a pas donné de l'argent aux banques. Les banques ont emprunté à l'ETAT a des taux très élevés. Il n'y a aucun geste de l'ETAT, il a juste saisi l'opportunité de renflouer son portefeuille et cela a aussi permis aux établissements bancaires de solidifier leur situation financière, le ratio tiers-one!!!
Après, certes les banques n'agissent pas toujours de façon très morale, malheureusement, il en est de même avec les assureurs, la grande distribution et ainsi de suite... De plus, ces établissements sont tout de même porteur d'emploi chose recherchée par nous tous actuellement.
Il faut tout de même avoir l'intelligence de prendre du recul afin d'avoir un regard objectif et, arrêter de répéter toutes les sottises que l'on entend notamment sur les JT.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
59.ooo euros de moyenne un scandale? je serais curieux de savoir combien vos 2 lecteurs scandalises gagnent...
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
il n'y a pas de honte à être facteur, ou hotesse d'accueil. Ces métiers sont bien plus honorable que celui de Trader
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
La crise nous a changé ?!!!Mais pas du tout, BNP et les autres continuent leur manège. La crise des subprimes leur a fait peur mais n'a pas suffit pour les changer. Tant qu'on autorisera les banques à "jouer" sur les marchés des produits dérivés sans qu'aucun controle ne soit fait sur leur exposition, une 2eme crise peut arriver. Bnp a reussit a "bouffer" Fortis a un très bon prix grace à la crise et en ai ressortie plus forte encore et tout ça grace à l'argent des contribables...C'est un scandale!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Les resultats financiers de BNP se portent bien, les traders vont encore s'en mettre plein les poches, mais je peux vous dire que le moral des troupes est dans les chaussettes ! La pression commerciale est devenue insuportable. Les objectifs des commerciaux sont irréalisables et deviennent insurmontables. Stress, harcelement de la direction, rabaissement, arret maladie, depression...Voilà la réalité du quotidien des conseillers de la BNP.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Moi les bonus, je suis pour. C'est sûr que lorsqu'on n'en profite pas, on a les boules que les autres en aient. C'était pourtant pas sorcier de travailler un peu à l'école pour bosser dans la finance. C'est sûr que facteur, hotesse d'accueil ou routier, c'est pas terriblement payé, mais au moins on chope pas une méningite.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Un peu de respect Crack 40 vos propos sont diffaments
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Jenny a totalement raison, ceux qui bosent vraiment n'auront pas de prime. ceux qui travaillent face à la clientele et pour la clientele ne toucheront rien. Les traders qui ne font que faire gonfler les fonds de la banque, et reduire l'épargne des clients, eux seront récompensés : c'est scandaleux
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
De nombreux traders dorment mal, car ils n'aiment pas leur travail. Faire perdre de l'argent à leur client, ça doit quand même perturber l'esprit. Doit on récompenser ce trvail "difficile" par de gros gains pour les calmer, les appaiser ??
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
C'est marrant ! Les gens débarquent avec leurs grandes critiques empruntées aux journalistes...il fallait se réveiller avant. Et comparé aux autres , les banques françaises sont des exemples de morale. Je vous rappelle que Goldman Sach vient de provisionner 11 milliards de bonus pour ses employés, soir 800 000 dollars par tête...
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
La crise aurait changé Baudoin PROT. Non ?! Le problème de cet auguste banquier, c'est d'avoir pris trop de risques dans la finance (comme la quasi totalité des ses confrères) et pas assez dans l'économie réelle. Exemple : KLELINE. Pépite retrouvée dans les actifs de PARIBAS, vrai challenger mondial de PAYPAL, cette société serait aujourd'hui une véritable machine à cash si elle n'avait pas été liquidée peu de temps après la fusion entre les deux banques. Manque de vision ou volonté machiste franchouillarde de détruire un projet cher à André Lévy-Lang de la part de PROT et PEBEREAU ? Probablement les deux. En tout cas, UNE IMMENSE DESTRUCTION DE RICHESSE pour l'économie française. Dire que la France aurait pu avoir un leader mondial dans le secteur des services Internet ... Olivier www.feutry.com

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