La Tribune

Le private equity veut capter une part de l'épargne publique

Les investissements du private equity français représentent 80 milliards d'euros. Copyright Reuters
Les investissements du private equity français représentent 80 milliards d'euros. Copyright Reuters (Crédits : Photo Reuters)
Christine Lejoux  |   -  597  mots
Dans un Livre blanc destiné à interpeller les candidats à la présidentielle sur la raréfaction des ressources du capital-investissement, l'Afic insiste sur son rôle « essentiel » dans le financement des PME.

Après les étudiants, l'industrie numérique, la filière bois ou bien encore la finance participative et bien d'autres encore... c'est au tour du capital-investissement d'intensifier son lobbying auprès des candidats à l'élection présidentielle. L'Afic (association française des investisseurs en capital) a présenté mercredi un Livre blanc, destiné à interpeller les pouvoirs publics sur la raréfaction des ressources du private equity. Deux semaines plus tôt, la même Afic avait déjà poussé un cri d'alarme, l'écart entre les investissements réalisés par le private equity et les fonds levés par ce dernier s'étant encore creusé en 2011, à 3,3 milliards d'euros. Principale cause de ce déficit de financement : Bâle III et de Solvabilité 2, les nouvelles réglementations en matière de fonds propres qui pèsent sur les banques et les assureurs, traditionnels pourvoyeurs de fonds du capital-investissement.

80% des entreprises financées par le private equity sont des PME

Mais le sujet de ce Livre blanc n'est pas tant la défense des intérêts du capital-investissement, assure Hervé Schricke, président de l'Afic, qu'un plaidoyer pour « le financement des PME, dans lequel le capital-investissement joue un rôle essentiel. » Les investissements du private equity français représentent aujourd'hui 80 milliards d'euros, alloués à 5.000 entreprises, dont 80% sont des PME, précise l'Afic. Un argument susceptible de faire mouche, à l'heure où nombre de PME dénoncent la difficulté à obtenir des prêts auprès des banques, lesquelles contribuent à hauteur de 92% à leur financement. « Les PME sont les seules entreprises qui créent des emplois de manière significative », insiste Hervé Schricke. Un propos qui, lui aussi, en ces temps de hausse du chômage, pourrait trouver un écho favorable auprès des deux principaux candidats à la présidentielle, qui ont d'ailleurs fait des PME un thème important de leur campagne.

Réorienter l'épargne vers le capital-investissement

Aider le capital-investissement, c'est donc aider les PME, selon l'Afic, dont la principale proposition réside dans la réorientation de l'épargne publique française, au plus haut depuis 1983, vers le private equity. Dans le détail, elle suggère de rediriger 3% des 125 milliards d'euros affectés bon an, mal an,  aux fonds d'épargne retraite vers des fonds de private equity investissant en capitaux propres dans des PME. Elle propose également de réallouer au capital-investissement 3% à 5% des fonds des livrets d'épargne non affectés au logement social, fonds qui s'élèvent à 100 milliards d'euros. Enfin, l'Afic suggère de remettre au goût du jour les fonds « DSK » de 1998, destinés à orienter les contrats d'assurance-vie en unités de compte vers les placements en actions cotées et non cotées, mais en les assortissant d'un avantage fiscal à l'entrée et non pas seulement à la sortie.

Vers une reconduction du dispositif FCPI ?

Le capital-investissement joue également sur la corde sensible des start-up innovantes, afin de tenter de revigorer le capital-risque, « en danger d'asphyxie » faute de levées de fonds suffisantes. L'Afic milite pour une pérennisation et une simplification du dispositif FCPI (fonds commun de placement dans l'innovation), qui arrive à échéance à la fin 2012 et auquel « les particuliers ne souscrivent pas, car ils n'y comprennent rien », assène Hervé Schricke. Qui enfonce le clou : « je serais très étonné que ce dispositif ne soit pas reconduit. Je ne vois pas comment une personnalité politique pourrait prendre la responsabilité de ne pas le faire, sachant que les investisseurs particuliers représentent la première source de financement des start-up innovantes non cotées, lesquelles créent des emplois. »


 

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Commentaires

rb  a écrit le 12/04/2012 à 13:20 :

Ils veulent bien de l'argent publique mais ne cessent de denigrer l'etat providence....C'est pour eux mais pas pour les autres....Faut arreter de banquer pour ces sangsues

voltaire51  a écrit le 12/04/2012 à 11:59 :

etes vous sûr de vos chiffres 80 milliards alloués à 5000 entreprises faites le compte par entreprise,çà commence à faire de grosses PME de celles qui ont déjà passé le plus gros de la recherche de financement.
pour le reste l'idée d'un pourcentage de l'épargne redirigé vers le capital risque est bonne, l'avantage fiscal sur l'investissement titres cotés et même non cotés, là les experiences faites ont démontrés que celà survalorisait le titre et ne répondait pas au besoins fiinanciers des entreprises juste à ceux qui les survendaient et aux intermédiaires.

yvan  a répondu le 12/04/2012 à 12:34:

Hé bien, Voltaire, vous venez de découvrir que cela ne profite qu'aux "conseilleurs"... La seule façon de connaître une entreprise est de la visiter de fond en comble et encore ... en étant connaisseur du secteur. Soit, confier son argent à des boni-menteurs est le meilleur moyen de se faire avoir. Voyez les banques... et je ne parle même pas des assurances, car là, c'est le maxi. EUX, en plus, ont les chiffres.

Ils aiment notre argent  a écrit le 11/04/2012 à 20:16 :

On donne 100 et 8 ans plus tard, on récupère 80. C'est vraiment mieux que la bourse.

bdh  a écrit le 11/04/2012 à 17:24 :

eh oui, c'est dur pour tout le monde, mais il faut apprendre à vivre avec moins de 20% de TRI !...à l'instar de celle de l'immobilier, la bulle du PE se dégonfle en suite de celle du crédit ; le nombre et la rémunération des agents apparaissent alors dans tout leur excès; il en reste plus à ce derniers, cernés, qu'à agiter le spectre du chômage, comme d'autres celui de la crise du logement. Dans l'un et l'autre cas, l'argument est réfutable, car ce ne sont que des agents, pas des "principals".

bof  a répondu le 11/04/2012 à 17:42:

bof

yvan  a répondu le 12/04/2012 à 11:24:

Bien vu, Bdh. Et comme d'hab, cela s'appelle de la privatisation de profits et de la socialisation de pertes.