Salaire des patrons : "La transparence, oui. L’acharnement, non" (Christophe de Margerie, PDG de Total)

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Christophe de Margerie, PDG de Total. / DR
Christophe de Margerie, PDG de Total. / DR (Crédits : DR)
A l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires de Total, ce vendredi, son PDG Christophe de Margerie dira tout sur sa rémunération au titre de 2013. Le patron du premier groupe du CAC 40 par la capitalisation boursière reconnaît la nécessaire transparence, en vertu du Say on Pay anglo-saxon, mais demande qu’en contrepartie, on cesse d’opposer en permanence l’entreprise et l’opinion.

LA TRIBUNE - Quelles sont les limites de la transparence sur les rémunérations des grands patrons ?

CHRISTOPHE DE MARGERIE - Cela fait longtemps que je suis très clair sur ma rémunération. J'ai été un des tout premiers chefs d'entreprise à la révéler lors d'un forum organisé en 2009 par l'IFRI à Evian.

Et j'avais précisé les parts fixe et variable. L'assemblée et les animateurs avaient été très surpris. Aujourd'hui, tout le monde le fait. C'est une bonne chose, car il faut être transparent. En revanche, quand je regarde tous les papiers qu'il faut remplir pour le « Say on Pay », c'est une vraie usine à gaz qui a été mise en place et on y perd un temps fou. Chez Total, nous avons été toujours très précis sur les montants et le calcul de ce que je gagne, part fixe et part variable - mais il y a un moment où il faut savoir aussi s'arrêter, parce que je ne suis pas sûr que cela explicite davantage les choses.

La transparence oui, l'acharnement, non. A l'assemblée générale, nous allons faire des présentations très pédagogiques pour expliquer le « Say on Pay ».

Etes-vous gêné par cette transparence absolue ?

Non pas du tout. Moi je suis tout à fait en faveur de la transparence, il faut expliquer, éclairer… Personnellement, je pense que les Français ont d'autres soucis en ce moment que de connaître dans le moindre détail la rémunération de Christophe de Margerie.

« L'opinion publique », je la connais aussi, j'y suis très attentif. Elle ne m'interpelle pas sur les critères de ma rémunération. Donc, je pense qu'on se trompe de débat. Mais faisons l'hypothèse que c'est un vrai sujet de préoccupation pour les Français, et traitons le comme tel : je vais percevoir 3,49 millions d'euros au titre de 2013.

Quel est donc le vrai problème ?

Le vrai sujet c'est l'entreprise et l'opinion, plus précisément le rapport du chef d'entreprise avec l'opinion. Entre les deux, y a-t-il ou pas hiatus, y a-t-il ou pas désamour ? On touche là à un vrai problème de société.

Le salaire n'est qu'une partie du sujet mais il est malheureusement souvent utilisé par ceux qui ne cherchent visiblement pas à améliorer les relations entre les entreprises et les Français, et veulent pouvoir dire : « vous voyez, les patrons sont diaboliques ».

Qu'est-ce qui ne vous semble pas juste ?

Récemment encore, on nous demandait d'exprimer le pourcentage de hausse de l'ensemble part fixe et part variable. Maintenant que certains ont réalisé que la part fixe n'augmentait pas - la part fixe de ma rémunération n'a pas augmenté depuis 2010 -, ils veulent une information qui fasse ressortir l'augmentation de la part variable. Cela prouve bien que les présentations qu'on nous demande sont - je le dis franchement - tendancieuses.

Deuxièmement, on nous reproche une hausse de la part variable quand la société « gagne » moins d'argent. Si je prends le cas de Total, nous avons un système qui détermine qu'une partie de ma rémunération variable repose sur un benchmark avec les quatre principales majors du secteur. Ceci nous a été, à juste titre, demandé par les spécialistes en la matière. Quand on applique ce critère l'année dernière à Total, qui a enregistré la moins mauvaise performance du secteur, cela entraîne un plus dans le calcul de la part variable.

margerie

Et inversement, non ?

Effectivement, ca fonctionne dans les deux sens. On peut avoir un moins avec un résultat qui progresserait, mais moins que celui des concurrents. Dans ce sens-là, je peux parier que personne ne viendrait le relever. Car c'est beaucoup moins médiatique que de pouvoir pointer une hausse de la part variable alors que les résultats reculent.

A quoi cela sert-il de faire des présentations dans le détail si le seul but est d'en faire une utilisation biaisée afin de démontrer que les salaires sont trop élevés ? C'est un argument que je comprends très bien, mais que les responsables politiques qui l'utilisent à cette fin aient le courage de le dire !

Comment se situe votre salaire par rapport à vos homologues ?

Si on réalisait un benchmark des salaires dans le secteur pétrolier, on s'apercevrait que mes homologues des majors pétrolières gagnent jusqu'à 10 fois ce que je perçois. Des niveaux peu habituels en France. Pour fixer ma rémunération, il a donc été préféré d'établir la comparaison avec le CAC 40, où nous sommes pourtant la seule compagnie pétrolière.

Christophe de Margerie a-t-il mis de l'eau dans son vin ?

Je veux contribuer à réconcilier l'entreprise et l'opinion, je ne souhaite pas alimenter un débat qui va au contraire exacerber, voire envenimer les choses. Arrêtons de nous massacrer. Nous avons énormément à gagner en France à fluidifier la relation entre l'entreprise et l'opinion publique, entre l'entreprise et les pouvoirs publics.

Ces derniers ont aujourd'hui une grosse responsabilité pour que l'entreprise soit ou non acceptée dans le système français comme étant le partenaire économique, non pas numéro un, parce que cela agace, mais en tout cas indispensable.

De leur côté, les chefs d'entreprise sont également responsables. Ils ne communiquent pas suffisamment. Ils n'expliquent pas assez. Difficile après de se plaindre quand on laisse les autres parler à sa place. Ca prend du temps mais c'est ça aussi, la transparence.

Que répondez-vous à ceux qui vont immanquablement faire le lien entre pacte de responsabilité et salaire des patrons ?

Le pacte de responsabilité n'est clairement pas fait pour cela. Chez Total, son impact est estimé entre 15 et 20 millions d'euros. Est-ce que cet argent va marginalement venir contribuer à financer les 7,6 % de hausse de mon salaire lié à une formule qui est établie et connue à l'avance ? Non. On peut s'amuser à dire que le pacte de responsabilité permet d'augmenter le salaire du patron de Total, mais si on le fait, c'est tout simplement débile.

Le changement des statuts va-t-il vous permettre de rester à la tête de Total ?

Soyons précis : ce changement de statut est proposé par le conseil d'administration, pas par moi. C'est le Conseil qui choisit un nouveau PDG. Moi, je ne décide pas de mon sort. Demain matin, le conseil d'administration, qui peut s'autoconvoquer sans mon accord et me révoquer. Et je suis révocable à la minute. En passant, c'est ce qui justifie que les rémunérations des patrons, qui ont en outre quelques responsabilités, soient plus élevées. Si je suis révoqué pour faute, je n'ai pas droit à mes indemnités de départ. Il faut le répéter à chaque fois.

Pourquoi ce changement de statut ?

Il correspond à une évolution naturelle. La durée de vie professionnelle a été allongée. Une loi a été votée par le Parlement à l'époque de Nicolas Sarkozy. La question a donc été soumise au Conseil, qui a décidé de proposer aux actionnaires lors de la prochaine Assemblée, de reculer l'âge limite du directeur général à 67 ans et celui du président à 70 ans.

Cette résolution doit obtenir 66% des votes présents ou représentés, soit les deux tiers. Si elle est adoptée, cela permettra au conseil d'administration d'avoir plusieurs options l'année prochaine si je suis renouvelé comme administrateur : j'aurai 63 ans et le Conseil pourra me nommer président-directeur général jusqu'à 67 ans ou président jusqu'à 70 ans… ou pas.

En outre, à partir du moment où Total a cette possibilité, cela évite que la question soit posée tous les matins. Car ce n'est pas sain pour une société. Je suis en faveur d'une transition en douceur.

Justement, préparez-vous un dauphin ?

Dans la culture Total, ce sera quelqu'un du groupe. Je fais le nécessaire pour que, le jour venu, le Conseil puisse choisir et annoncer le nom de mon successeur.

Actuellement, vous avez un ou plusieurs dauphins en vue ?

Je ne répondrai pas.

Pourquoi ?

Simplement, parce qu'il n'y a pas eu de décision. Quand Thierry Desmarest a annoncé le nom de son successeur, il l'a fait le moment venu, mais pas avant. Un groupe comme Total ne peut pas travailler sereinement avec des annonces prématurées. Il faut laisser le temps au temps. Ceci dit, même si la loi dit très clairement que c'est au conseil d'administration d'élire son président, il est de ma responsabilité de préparer ma succession.

Sur la succession, avez-vous des inquiétudes pour avoir des candidats en interne ?

Des candidats, il y en a toujours.

Des noms circulent…

… On les laisse circuler. Il y a toujours des rumeurs. Cela fait partie de la vie.

Pourtant d'autres compagnies vont chercher leur PDG à l'extérieur.

Nous avons la volonté de ne pas le faire. Chez Total, il y a une forte logique à ce que le nouveau directeur général ou PDG vienne du groupe. Nous sommes suffisamment nombreux, nous avons suffisamment de talents pour y arriver. Sinon, c'est que je n'aurai pas fait mon travail. Parce que dans ma mission, il y a également la préparation d'un successeur.

Faut-il opposer dividende et investissements comme certains le suggèrent ?

Je viens de justement de recevoir une lettre d'un important actionnaire sur le sujet. Dividendes et investissements sont de nature différente. Cela n'a donc aucun sens de les opposer.

D'un côté, la société investit pour son futur et elle paye des dividendes pour rémunérer ses actionnaires, en contrepartie de leur soutien actif pendant les années passées. La seule relation qu'on pourrait éventuellement relever, c'est que les investissements préparent les dividendes à venir.

Dans ce sens, le dividende peut être utilisé comme un signe de confiance dans les performances futures de la société. Ce signal, nous l'avons envoyé en augmentant récemment le dividende. Mais - et j'en profite pour tordre le cou à une autre comparaison bizarre, car salaire et dividende n'ont rien à voir - cette hausse est inférieure à celle de la masse salariale de l'ensemble du groupe.

Avez-vous répondu à Black Rock qui estime que les entreprises ne pensent pas assez à leur avenir par rapport à leur dividende…

Je suis en train de lui répondre que cette inquiétude n'est pas justifiée pour Total. Et je vais dire que nos actionnaires nous ont plutôt demandé de freiner nos investissements. Cette année, nous allons les réduire à 26 milliards de dollars contre 28 milliards de dollars en 2013. Nous avons atteint un pic avec de nombreux projets lancés, et la priorité est désormais leur bonne exécution.

26 milliards, en comparaison des 7 milliards de dividendes, on voit bien qu'on n'est pas vraiment dans les mêmes niveaux et que l'on ne verse pas des dividendes au détriment de l'investissement.

Vous avez lancé un grand effort de réduction des coûts. Pourquoi ?

Nous avons voulu abaisser le coût de certains projets, car cela dépassait les bornes. Dans notre secteur, le coût des projets connaît une inflation annuelle de 10%, alors que l'inflation générale est de 0,7%. Sur plusieurs années, c'est insupportable. Ce n'est pas propre à Total, c'est en train de tuer l'industrie pétrolière.

Quelle en est la raison ?

L'augmentation du prix du pétrole durant plusieurs années a permis de couvrir l'envolée des coûts provoquée par l'accroissement de la sécurité, de la protection de l'environnement…

On n'a pas été assez vigilants. Cette inflation ne se justifie pas. Ce n'est pas du capitalisme que de dépenser à tour de bras. Un bon ingénieur doit aussi prendre en considération les coûts et la juste valeur des choses.

Ce n'est pas parce que c'est rentable qu'il faut payer davantage ?

Effectivement, il faut dépenser en fonction de ce qu'on a à faire. Aujourd'hui, il y a une claire reprise en main. Ce n'est pas nouveau chez Total, on a travaillé comme cela pendant des années.

Mais là, nous avons connu un dérapage, non pas dans la qualité du travail de nos ingénieurs, qui sont probablement les meilleurs du monde, et les mieux à même d'estimer le juste prix d'un projet. Mais il faut renouer avec un sens de la discipline car tout coût n'est pas à accepter ni acceptable.

Nous avons envoyé un signal fort avec le projet de Kaombo, en Angola. Un projet dont le comité exécutif avait refusé une première mouture à 20 milliards de dollars et qui a finalement été accepté avec un investissement réduit de 3 à 4 milliards. C'est beaucoup. Ce n'était pas le premier projet à voir son coût révisé à la baisse, c'est donc faisable. Mais il ne s'agit pas simplement de dire « je veux payer moins ». Il faut revoir nos relations avec nos sous-traitants et la manière dont on définit les projets.

D'abord, parce qu'il s'agit de notre argent, mais aussi parce que c'est celui du pays dans lequel on travaille. C'est lui qui finalement finance l'investissement. C'est pour cela qu'il faut que nous expliquions aux pays-hôtes que le développement d'une l'industrie locale ne peut pas se faire à n'importe quel prix.

Le développement durable ce n'est pas dire « faisons leur plaisir, lançons un nouveau chantier puis un autre », avec le risque que deux ans plus tard les commandes s'arrêtent car il n'y aura pas de demande au-delà du projet. Comme son nom l'indique, le développement durable, c'est développer une économie durable. On ne peut pas dépenser des milliards de dollars supplémentaires sur des projets qui ne sont pas pérennes. Il faut que le développement durable débouche sur des CDI pas des CDD.

 

margerieCombien représenteront ces sources d'économie en année pleine ?

On a prévu de fixer le montant des investissements et des coûts opératoires avant la fin de l'année. Il est difficile de donner un chiffre global, car il faut tenir compte d'exigences différentes selon les filiales, les projets, les pays, la direction générale. Ce chiffre peut varier s'il s'agit d'un pays mature ou d'un pays nouveau, de nouvelles technologies...

Cette réduction des investissements ne remet pas en cause l'objectif d'une production de 3 millions de barils par jour ?

Non, parce que cet objectif est fixé sur des projets déjà lancés pour lesquels il s'agit plutôt de maîtriser le budget. Le problème se pose pour les investissements dans les nouveaux projets, dont la différence de coûts entre le plan initial et les propositions finales nous a fait tomber de notre chaise. Ainsi, pour revenir sur le projet Kaombo, il était passé de 12 milliards de dollars à 20 milliards. Ce n'est pas acceptable.

Le prix du pétrole va-t-il rester stable ?

Lorsque j'ai pronostiqué un prix du baril entre 100 et 110 dollars, on m'a expliqué que j'avais tort… Je constate que je ne m'étais pas trompé. Au-delà du prix et de sa prévision qui peut relever de l'exercice divinatoire, l'important c'est la stabilité. Dans notre industrie où les projets se décident avec des horizons à plusieurs décennies, la visibilité, c'est primordial.

Vous ne croyez pas à la théorie du « peak oil » ?

Aujourd'hui, je considère que c'est une théorie morte. Cela ne fait pas plaisir à tout le monde, notamment aux écologistes, du moins ceux qui font de la politique, qui considéraient que le « peak oil » était une bonne théorie car elle fournissait un argument en faveur d'une modération de la consommation.

Le problème n'est pas le « peak oil ». Aujourd'hui, l'enjeu est l'accès au pétrole avec le risque géopolitique, la difficulté technique pour l'exploiter, la nécessité de réduire le CO2, la préservation de l'environnement. Et cela s'amplifie.

Regardez la Libye, l'Iran, la Syrie, le Canada, le Nigéria, le Venezuela… on me dit, « mais si tout cela reprenait… », mais je n'y crois pas une seconde. Il y a un facteur de risque géopolitique qui entraîne une réduction des capacités de production. Le pétrole existe mais il n'est pas accessible. N'étant pas accessible, il n'est pas produit, n'étant pas produit, le marché ne croit pas à sa capacité à être produit à court terme. En conséquence, le marché reste tendu, et à juste titre à mon avis. En fait, on est passés du « peak oil » au « peak capacity ».

L'OPEP assure-t-elle toujours la stabilité du marché ?

Oui, heureusement, car les autres pays produisent à pleine capacité. Il n'y a que deux pays qui ne le font pas : l'Arabie Saoudite et, plus marginalement, les Emirats arabes unis. Si l'Arabie Saoudite n'avait pas mis 1 million de barils par jour pour couvrir l'embargo sur l'Iran, vous auriez eu une panique sur le marché, c'est le même cas pour la Libye.

Et si ces pays reviennent à leur niveau de production, l'Arabie Saoudite réduira la sienne. Le royaume reste le régulateur de la stabilité du marché pétrolier, avec un prix du baril qui, depuis quatre ans, tourne autour des 100-110 dollars. Qu'on arrête donc de dire que c'est à cause du pétrole que l'économie mondiale va mal.

C'est surtout l'appréciation des devises qui pose un problème ?

Oui et non. Si vous êtes un importateur, serez-vous pour un euro fort ou pour un euro faible ? Quand on vient me dire que c'est à cause du pétrole que nous avons une balance commerciale déficitaire, je dis : « Vive l'euro faible ». Il faudrait peut-être se rappeler que l'euro fort permet d'abaisser la facture énergétique. Et quand on est dans un pays, disons, en faible croissance, il faut faire attention de ne pas jouer sur une corde où l'importation compte plus que. Moi, je n'ai jamais pris la parole, et ne le ferai pas sur le débat euro fort-euro faible. Il faut écouter tout le monde et non pas une seule catégorie d'acteurs économiques.

Avec les rumeurs sur Totalgaz (cession, pas cession), l'arrêt de Lacq, le désengagement de TIGF et la réduction de voilure au sein de GTT, 70 personnes à Londres. Chaque annonce de mouvement de Total en France crée une certaine émotion. Est-ce simplement une revue de portefeuille et l'adaptation de Total aux évolutions du monde ?

La question n'est pas d'être anti ou pro-français. Total a une stratégie mondiale. Quand on me demande si Total est une société française, je réponds oui, évidemment, et cela ne changera pas.

Quand on me demande si Total peut privilégier la France, je réponds : non, c'est interdit par la loi. Je n'ai pas le droit de payer plus cher, sauf bien sûr dans le cas où le rapport qualité prix est meilleur sinon je risque d'être poursuivi pour abus de bien social. C'est quelque chose qu'il faut comprendre, cela n'a rien à voir avec le fait d'être anti-français. C'est la compétitivité du produit qui doit être prise en compte, pas sa nationalité.

La notion de patriotisme industriel ne s'applique pas à Total ?

Le patriotisme consiste à aimer son pays, à ne pas dire à tout bout de champ que la France est un pays de nuls, parce que ce n'est pas vrai. Cela consiste à s'atteler aux choses à faire plutôt qu'à celles qui ne marchent pas. Voyez le monde politique, les partis entre eux, voire à l'intérieur de chaque parti, quelle image de patriotisme donnent-ils ? Vous croyez que le pays peut marcher ainsi ? Moi, je défends le gouvernement parce que c'est le gouvernement français, c'est tout.

Pourquoi ? Parce que j'aimerais bien qu'il gagne, car s'il perd c'est la France qui perd ; pas parce qu'il est de gauche ou de droite. Le patron de Total ne fait pas de politique. Il défend les intérêts de sa société et des salariés du groupe. Et quand ces intérêts sont mis en péril, il râle. Le patriotisme, c'est un vrai sujet, mais la manière dont il est invoqué est infantile.

Alstom fait l'objet de toutes les convoitises, avec GE et Siemens. L'Etat est-il légitime à intervenir pour éviter un démantèlement de ce fleuron industriel ?

Je trouve normal que le gouvernement se préoccupe du sort d'Alstom et cherche la meilleure solution pour l'emploi en France. Pour autant, il a comme interlocuteurs des groupes privés et cotés en Bourse, qui investissent depuis des décennies dans notre pays. On ne peut s'adresser à eux par des oukases ou des outrances, même si je comprends bien qu'on veuille obtenir une amélioration des offres. Je trouve aussi regrettable qu'une opération aussi importante sur le plan industriel se déroule sous la pression médiatique.

L'idée de créer un Airbus des transports autour d'Alstom et de l'énergie autour de Siemens ne vous semble pas préférable ?

Je ne dis pas que cela n'a pas de sens industriel, mais il faut bien regarder les complémentarités de part et d'autre. Si cela ne s'est pas fait jusqu'à présent, c'est sans doute parce que ce n'est pas si simple de fabriquer des groupes comme Airbus. Dans ce cas précis, il y a eu un alignement rare de part et d'autre du Rhin, de l'intérêt privé et de l'intérêt national, avec un actionnariat étatique. De plus, il y avait déjà une histoire commune.

Et pourtant il a fallu plus d'une décennie pour qu'on commence à en parler comme d'un groupe « normal ». Vouloir faire un champion européen, c'est bien sur le papier, mais les sociétés concernées, Alstom et Siemens, sont totalement privées. Ce n'est donc pas comparable.

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Transition énergétique : la nouvelle ministre de l'Ecologie est-elle assez à l'écoute des entreprises ?

Nous souhaitons être associés et consultés en amont de la loi sur la transition énergétique. La France toute seule ne peut pas avoir une politique énergétique indépendante des autres. Ce qui manque, c'est une politique énergétique européenne. Ce que je regrette, c'est que le débat sur l'énergie et l'environnement ne prenne pas assez en compte les préoccupations des entreprises.

Or, sur ces sujets, le dialogue avec le monde de l'entreprise se limite à sa plus simple expression. Les entreprises ne sont pas des adversaires de l'environnement et du développement durable. Nous sommes des parties prenantes et notre avis devrait être écouté. Ce dialogue que je souhaite, que j'espère, n'a pas encore eu lieu.

Quelle est votre vision de Total à 30 ans. Le groupe va-t-il devenir une entreprise produisant principalement de l'énergie solaire ?

La question de la transition vers les énergies renouvelables fait l'objet d'une réflexion stratégique de la part du groupe à l'horizon 2030 et même désormais 2035. Notre cycle d'investissement est par nature très long. Il dépend de la vision que nous avons de la déformation du mix énergétique dans le temps. Il faut intégrer dans cette vision pour 2035 les coûts d'investissement, l'évolution de la technologie, et même de possibles ruptures scientifiques majeures en matière de stockage d'électricité notamment. Sans faire du Jules Verne, la responsabilité est de préparer Total à toutes les hypothèses, en anticipant des évolutions qui semblent aujourd'hui de la science-fiction pour ne pas être pris au dépourvu si ces scénarios se réalisent.

Notre vision reste cependant réaliste : en tenant compte des coûts de production des différentes énergies, fossiles, nucléaires et renouvelables, de l'évolution prévisible de l'offre et de la demande d'énergie, notre conviction est que l'on ne pourra pas aller au-delà d'un certain niveau d'énergies renouvelables d'ici 2035. Nous avons publié sur ce sujet des études très sérieuses. Mais cela peut changer plus vite que nous ne le pensons, d'où la nécessité de réactualiser nos scénarios tous les 5 ans.

Le plus probable c'est que Total restera principalement un producteur de pétrole et de gaz pour encore de très, très longues années car la demande d'énergie mondiale sera encore centrée à 75 % sur les hydrocarbures. Cette prédominance des énergies fossiles n'empêchera pas la forte croissance des énergies renouvelables et notamment du solaire. A court terme, le solaire n'est pas encore le seul avenir de Total, mais il a d'ores et déjà et déjà un avenir dans le groupe puisqu'avec notre filiale Sunpower, nous sommes un leader mondial.

Vous avez dit que Total serait en Russie sur le long terme, mais comment pouvez-vous gérer le court terme avec la crise ukrainienne ?

Je pourrais simplement répondre que Total ne fait pas de politique et que tant que ce n'est pas interdit, c'est permis. Cela peut paraître cynique mais ça ne l'est pas. Si on ne fait pas de politique, je suis convaincu qu'au-delà des considérations économiques, une entreprise comme Total peut avoir un rôle à jouer ; en faisant partager aux politiques français son expérience en Russie et en montrant aux Russes que la poursuite d'une relation est possible.

Nous ne sommes pas une diplomatie parallèle mais je pense que c'est important de ne pas couper les ponts et d'expliquer, pour que chacun essaie de comprendre l'autre. Il faut croire que les choses peuvent changer, s'améliorer.

Certes ce n'est pas spectaculaire, mais l'exemple de la Birmanie où Total a choisi de rester et a été fortement attaqué pour ce choix montre in fine que c'est efficace. Et ce n'est pas nous qui le disons, ce sont les Birmans, et Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix.

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Commentaires
a écrit le 06/01/2015 à 11:50 :
Il n'y a "aucune raison de payer le pétrole uniquement en dollar" pour Christophe de Margerie Reuters
a écrit le 21/10/2014 à 11:05 :
Il aurait été de bon ton de retirer cet article compte tenu du décès de de Margerie ce jour
a écrit le 21/10/2014 à 10:51 :
ce serait bien d'être un peu plus réactif chez la tribune... et plus attentif à ce que l'on publie dans la newsletter, je doute que, malheureusement, Mr de Margerie, ne vinne à l'assemblée générale...
a écrit le 21/10/2014 à 9:46 :
Vous devriez lire le journal...
a écrit le 21/10/2014 à 7:46 :
RIP
a écrit le 18/05/2014 à 18:43 :
Il y a plusieurs aspects à prendre en considération:
1/ Total n'appartient pas à Mr de Margerie; donc Mr de Margerie ne prend pas de risque quant à sa fortune personnelle avec Total; c'est ce qui distingue un entrepreneur, tel Xavier Niel par exemple, de PDG seulement légalement des employés.
La rémunération de tels PDG est donc entièrement entre les mains du Conseil d'Administration, élu faut-il le rappeler par les actionnaires dans les entreprises privées - dans les entreprises semi-privées il y a des administrateurs représentant l'Etat - ce qui n'entraîne d'ailleurs aucune garantie de sérieux, rappelons que Mr Tricher était au Conseil d'Administration du Crédit Lyonnais dans ses investissements ruineux passés -
donc si une rémunération énorme est versée, c'est parce que les administrateurs et les actionnaires l'ont décidé; et l'Etat ne peut pas décider arbitrairement à la place des administrateurs privés.
2/ Aussi talentueux qu'il pourrait l'être, un PDG n'est pas responsable entièrement des performances de son entreprise; ce serait oublier un peu vite le travail des autres employés; le CA devrait donc avoir la sagesse de ne pas récompenser son PDG sans récompenser proportionnellement les autres employés.
3/ on peut toujours quitter une entreprise si on est pas content de la rémunération exagérée de son PDG; les syndicats pourraient aussi faire grève car il y aurait une conséquence perte dans la rémunération de leurs membres.
a écrit le 16/05/2014 à 22:13 :
Une assemblée générale des actionnaires un vendredi à 10h du matin, autant dire que cette assemblée est surtout destinée aux retraités ou aux rentiers. Ce Christophe de Margerie semble inamovible et a des revenus bien inférieurs à ceux des autres majors du secteur pétrolier, mais aussi à ceux de beaucoup du CAC40. Un grand patron qui dit « Vive l'euro faible » et dans la foulée « Moi, je défends le gouvernement parce que c'est le gouvernement français, c'est tout, parce que j'aimerais bien qu'il gagne, car s'il perd c'est la France qui perd, pas parce qu'il est de gauche ou de droite » ça décoiffe. C'est sur il n'y a pas que la moustache qui le distingue des autres.
a écrit le 16/05/2014 à 14:57 :
Doivent lui en prendre au moins 2 millions, il lui en reste 1 million.
Il devrait élire domicile à l'étranger !!!
a écrit le 16/05/2014 à 13:08 :
Moi je suis content pour lui..au moins il gagne bien sa vie..respect!
Réponse de le 16/05/2014 à 14:53 :
Enfin un, bien seul, qui n'est pas jaloux !
Réponse de le 16/05/2014 à 22:58 :
>Enfin un, bien seul, qui n'est pas jaloux !

Ouais et cela plaide en faveur du niveau intellectuel moyen de la population: il n'y a donc que DEUX imbéciles, Yves et Bilou sur les commentaires de cet articles...
Réponse de le 16/05/2014 à 23:05 :
entendre cela, vaut mieux être sourd ! les individus sont complétement affaiblis du bocal , actuellement, triste...!
Réponse de le 17/05/2014 à 15:44 :
Quand on mène une entreprise à faire 13 milliards de bénéfices, je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas toucher 2 ou 3 millions de salaires surtout quand les résultats progressent. Pour info, ce monsieur à 2 chauffeurs parcequ'il ne dors que 3-4 heures par jours et que son seul chauffeur des débuts ne tenait pas... une force de la nature malgré les apparence de Boss Hogg (pour les connaisseurs)
a écrit le 16/05/2014 à 12:37 :
Je sais que la novlangue permet tout (une guerre devient "une opération de pacification") mais les mots ont un sens : il faut arrêter d'appeler "patrons" des cadres de luxe, la plupart hauts fonctionnaires pantoufleurs. Ils n'ont jamais rien entrepris ni créé de leur vie !
a écrit le 16/05/2014 à 12:25 :
QUI parle d'acharnement ? transparence et puis c'est tout !! ça pleure avant qu'on ne les touche! ils savent très bien augmenter le leur de salaire, et bien baisser ceux des autres...Arrogants , cupides et malfaisants !
Réponse de le 16/05/2014 à 14:59 :
Aigrie par le temps semble t il ??? Il faut se mettre au travail et étudier
Réponse de le 16/05/2014 à 23:03 :
ça ne risque plus! je suis un "sale" retraité égoiste qui profite de sa retraite bien méritée en faisant quedalle toute la sainte journée !!alors, jaloux, aigri? aurez vous une grasse retraite...ça, ce n'est pas sûr !
a écrit le 16/05/2014 à 12:17 :
ne vous en faites pas ,il trouvera toujours une explication pour augmenter son salaire et baisser le votre.
Réponse de le 16/05/2014 à 15:00 :
Qui ne comprend pas ce que sont les responsabilités et qui a la mémoire courte. Je vous pardonne !
a écrit le 16/05/2014 à 12:14 :
total qui fait 15 milliards de bénéfice et ne paie pas l'impot sur les bénéfices; A quoi lui sert le pact de responsabilité ? rien
Réponse de le 16/05/2014 à 13:11 :
Total n'a fait "que" 8661 Million de bénef l'an dernier. C'est presque 2 fois moins que ce que vous avancez. Total fait ses bénéfices là ou elle produit , c.à.d. pas en France et elle paie donc la majorité de ses impôts dans ces pays pétroliers.
a écrit le 16/05/2014 à 11:48 :
et l'acharnement des salaires bas depuis des années par les patrons du cac et des politiques largement payés puisqu'ils décident eux mêmes leurs salaires , leurs frais , et leurs retraites bien souvent à cours terme . Tout ça est d'une insolence !
a écrit le 16/05/2014 à 11:08 :
Publions déjà le salaire + AVANTAGES EN NATURE (voiture de fonction, billets gratuits, scretaire, cuisinière, femme de ménage, appartement ou chateau de fonction, ...et retraite des hauts fonctionnaires. Charité bien ordonnée commence par soi même...
a écrit le 16/05/2014 à 11:08 :
Lorsque les salaires des retraités et des salariés sont bloqués, le minimum, c'est que les patrons ne s'augmentent pas comme c'est souvent le cas.
Réponse de le 16/05/2014 à 13:39 :
le salaire des retraités ??? c est quoi ca. Une retraite ne percoit plus de salaire car il ne travaille pas (et d ailleurs pour des raison electoralistes, les retraites sont reevalues bien plus que les salaires).
Dnas le cas des patrons de societes, il faut faire la difference entre ceux qui dirigent des socites qui vont bien (et dontz il est logique aue le salaire augmentent) de celles qui vont mal (et ou on se demande pourquoi les dirigeants devraient etre grassement paye pour avoir envoye leur societe dans le mur (ex Alcatel avec Tchuruk)
Réponse de le 17/05/2014 à 8:01 :
les retraités méritent leurs retraites! ils ont bossé + de "35 " H /semaine, eh oui! et n'avaient pas de RTT, ce n'est pas de leur faute si le contexte s'est dégradé , ne pas se tromper de CIBLES ! (parce que ce CON-TEXTE " ambiant si dégradé, c'est VOULU ! comment ne pas le comprendre..?... !
a écrit le 16/05/2014 à 8:54 :
Plus de deux millions. Il doit lui rester un peu plus d'un million
Réponse de le 16/05/2014 à 12:29 :
pensez vous ! au plus ils touchent, au moins ils sont imposés!! c'est bien connu..

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