E-commerce : la livraison le dimanche, une vraie demande ?

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Le 20 décembre, La Poste a testé la livraison le dimanche dans plusieurs grandes villes de France.
Le 20 décembre, La Poste a testé la livraison le dimanche dans plusieurs grandes villes de France. (Crédits : reuters.com)
Pendant que les magasins négocient l’application de la loi Macron sur l’extension des ouvertures le dimanche, certains e-commerçants réfléchissent à proposer des livraisons ce jour-là. La Poste a même tenté l’expérience à Noël, suscitant un tollé côté syndical. Il n'est pas certain que pour les cybermarchands une telle offre soit rentable.

"Internet reste ouvert le dimanche", arguent parfois les défenseurs de l'ouverture dominicale des magasins. En pratique, ce n'est pas tout à fait exact puisque s'il est permis de consulter les sites d'e-commerce ou d'effectuer des transactions en ligne le dimanche, en France, obtenir le produit commandé ce jour-là reste une exception. Ce n'est même pas le dimanche que les Français choisissent le plus souvent pour réaliser leurs emplettes. Que ce soit en ligne ou dans des commerces physiques.

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 La Poste tente le coup

A l'heure où les enseignes spécialisées et grands magasins situés ou non dans les zones touristiques internationales tentent de négocier l'application de la loi Macron avec leur employés, ce serpent de mer que représente le travail du dimanche reprend de la vigueur. D'autant plus que l'opportunité d'une offre de livraison à domicile le dimanche se pose désormais dans l'e-commerce.

Le 20 décembre 2015, une expérience de La Poste menée dans sept grandes villes de France a suscité une forte opposition de la part des représentants syndicaux. La CGT FAPT, majoritaire au sein de l'entreprise, cette opération visait "avant tout à satisfaire ce que La Poste appelle ses "tops clients", "Amazon, ventes privées ou CDiscount..." Elle contestait notamment la réalité du volontariat pour les équipes qui avaient choisi de travailler ce jour-là. De son côté Force ouvrière tire actuellement son bilan de cette expérimentation et devrait remettre ses conclusions en février.

 Chez Darty, c'est plutôt le samedi

Outre des problématiques sociales, la livraison le dimanche soulève des interrogations quant à sa rentabilité. Tout d'abord parce qu'elle ne s'adresse qu'à une part congrue de la demande. Parmi les très rares enseignes qui la proposent en France, Darty estime que seul 5% à 10% des livraisons ont lieu ce jour-là. Et encore, seulement lorsqu'elle est offerte gratuitement, comme en ce moment pendant les soldes. Lorsque ce service, devient payant (à 29 euros), il est encore moins souvent choisi.

Lorsque c'est le cas, c'est surtout, et sans surprise, pour la livraison d'objets volumineux comme des réfrigirateurs, des lave-vaisselles ou des téléviseurs. Mais même pour ces produits encombrants pouvant nécessiter une aide à l'installation, "le samedi reste le jour préféré pour les livraisons", constate Vincent Gufflet, directeur services au sein de l'enseigne d'électroménagers. Ce dernier observe "une petite augmentation mais pas d'explosion" du nombre de livraisons le dimanche. Surtout, "cela correspond à une petite portion de la clientèle, plutôt des profils urbains, dans les agglomérations parisienne, lyonnaise et marseillaise".

 Des fleurs et des capsules de café

A part Darty, qui livre sept jours sur sept depuis les années 1970, ce sont principalement des fleuristes et des enseignes de la restauration ou d'autres professions alimentaires qui proposent ce type de services. Parmi les autres exceptions notables: Nespresso avec le service "YourTime" qui peut faire livrer ses dosettes le dimanche matin entre 9h00 et 13h00 pour un prix variant de 9,50 euros ou zéros euros selon le nombre de capsules commandées.

Côté prestataires logistiques, ceux "qui le proposent sont de petit opérateurs hors radar des syndicats", note un expert du marché. Le signe qu'ils n'y voient pas une opportunité réelle? "Le marché français n'est pas très mature sur ce sujet alors qu'en Grande-Bretagne cela se fait déjà depuis un ou deux ans", pointe Virginie D'Harcourt, chef de produit "mesenvois" chez Neopost, société spécialisée dans l'affranchissement.

Royal Mail ouvre des bureaux le dimanche

De fait, la pratique est bien plus répandue outre-Manche. De John Lewis à Marks & Spencer en passant par les spécialistes de la vente en ligne Asos ou Boohoo, tous les grands distributeurs britannique peuvent aussi déposer leurs colis le dimanche, avec des modalités tarifaires différentes. Il peut ainsi en coûter entre 5 et 6 livres sterling supplémentaires, ou bien aucun frais si la commande dépasse un certain montant d'achats.

La poste britannique, récemment privatisée, s'y est mise aussi. Après des tests en septembre 2014, Royal Mail a ainsi décidé d'élargir son programme de retraits de colis le dimanche. En outre, face à l'afflux de colis pendant la période de Noël, la compagnie a décidé d'ouvrir 125 bureaux supplémentaires le dimanche pendant cette période, en plus des 100 régulièrement ouverts ce jour-là pendant l'année.

Au Royaume-uni, une demande suffisante semble être potentiellement au rendez-vous. D'après une enquête de Barclays menée en octobre 2014, quelque sept consommateurs britanniques sur dix affirmaient ainsi que les transporteurs devaient proposer ce service. Mais seuls 35% des logisticiens prévoyaient de le développer. Ils étaient encore moins nombreux (12%) à le considérer comme un levier de croissance de leur chiffre d'affaires. Explication avancée par les auteurs de l'étude de marché:

"Cette disparité s'explique peut-être par le fait que les prestataires se sentent obligés d'offrir la livraison le dimanche pour rester compétitifs (...) tout en intégrant l'impact négatif sur leurs coûts que cela peut représenter."

"S'aligner sur les mastodontes"

Si les internautes français se montrent tout aussi exigeants, le problème des coûts, surtout celui du fameux "dernier kilomètre" se pose tout autant en France. "Ce qui est demandé, c'est plus de flexibilité dans les horaires et des livraisons le jour-même", constate Virginie Ducrot, PDG d'Envoimoinscher, société spécialisée dans la négociation de tarifs auprès des transporteurs pour des sites marchands taille moyenne ou petite.

Cette dernière estime qu'il n'y a pas encore de véritable demande de la part des e-commerçants pour de tels services.

"Pour l'instant il n'y a pas de demande en hausse de la part de petits et moyens e-commerçants, mais je ne doute pas que cela va arriver car le jour où les gros opérateurs se mettront à livrer le dimanche, les petits suivront",prévoit-elle.

Justement, du côté des leaders du marché, ça s'agite autour du dimanche. Amazon, désormais logisticien avec l'acquisition du français Colis Privé, a déjà testé le service aux Etats-Unis, tandis que CDiscount, filiale de Casino l'expérimente en région parisienne.

Seulement, "à trop vouloir s'aligner sur les mastodontes du marché avec des livraisons gratuites, à prix fixes ou mal répercutées sur le prix de vente des produits, certains e-commerçants se plantent", juge Virginie d'Harcourt chez Neopost. N'est pas capable de supporter un tel coût qui veut, surtout si, comme pour les livraisons le lendemain de la commande, l'offre tend à être proposée gratuitement au consommateur final.

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Commentaires
a écrit le 25/01/2016 à 8:57 :
Quand y aura t il une prise de conscience ? IL N'Y A PLUS D'ARGENT Alors il faut chercher des solutions pour relancer un peu la machine économique tuée par une administration qui a étouffé fiscalement les personnes et entreprises qui faisaient fonctionner l'economie
a écrit le 25/01/2016 à 8:54 :
Tout remettre en cause sans jamais rien faire complètement! En final c'est toujours creer des frustrations de tous les côtés tout en ne faisant que des mécontents.
Bref une gestion de fonctionnaires au service des syndicats qui luttent depuis des années contre le changement, et le résultat est un déficit abyssal et des français inconscients économiquement
a écrit le 25/01/2016 à 8:26 :
je suis contre le travail du dimanche, je n'admets pas que des gens, parce que cela les arrange, veuillent que d'autres travaillent ce jour là, seraient-ils d'accord si on leur demandait de travailler aussi le dimanche, sûrement pas, les autres mais pas eux
a écrit le 24/01/2016 à 9:58 :
Le problème se pose toujours, le dimanche je suis pas obligatoirement a la maison!
Réponse de le 24/01/2016 à 21:25 :
Je vous le souhaite : le dimanche on peut se balader, aller a la campagne, voir des copains. Et avec la loi Macron , on travaillera le dimanche , donc on ne pourra pas recevoir les colis, ni aller chez les commerçants qui seront obliger de faire travailler des salariés ... Mais que c'est compliqué tout ça ....
a écrit le 24/01/2016 à 8:57 :
Quel progrès ! Recevoir le gadget inutile commandé sur internet même le dimanche, alors que les petits commerçants du quartier dont on a vraiment besoin (pain, boucherie, légume, libraire...) ferment les uns après les autres...
Réponse de le 25/01/2016 à 7:26 :
si les commerçants de quartier ferment les uns après les autres, c'est bien faute de clients, qui, comme moi, avec des revenus insuffisants, choisissent d'aller au moins cher.

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