La Tribune

Une unité pilote de captage du CO2 installée à Rouen

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Claire Garnier  |   -  444  mots
Un nouveau modèle économique est proposé par l'Insa et Sedibex : le carbone serait réutilisé par la pétrochimie.

Le pilote de captage du CO2 que vient de mettre au point l'école d'ingénieurs Insa Rouen est désormais connecté aux fumées produites par l'incinération des déchets dangereux de l'usine Sedibex (70 salariés) - filiale de Veolia Propreté - installée sur la zone industrialo-portuaire du Havre. Les deux partenaires ont dans leur viseur le même objectif : passer de cette unité pilote qui produit actuellement 1 kg de CO2 par heure à une unité industrielle pouvant produire 2 à 3 tonnes de CO2 par heure. En attendant, les deux partenaires vont poursuivre ensemble les travaux d'expérimentation « in vivo » et valider la faisabilité technico-économique de leur projet.

Le procédé mis en oeuvre par l'Insa est fondé sur l'absorption du CO2 par une substance basique - un solvant appelé « amine » très connu, déjà utilisé pour désulfurer les gaz dans le secteur du raffinage - une fois les fumées « lavées ». Avec cette deuxième phase d'expérimentation sur fumées réelles, les deux partenaires vont se focaliser sur ces trois points en particulier : le coût énergétique du process, la dégradation de l'amine à l'usage et, enfin, le niveau de pureté du CO2 capté. Le tout dans le contexte industriel très particulier d'une usine de traitement de déchets. « On va mettre en oeuvre un procédé sur des fumées dont les quatre principaux constituants (azote, vapeur d'eau, oxygène, CO2) varient en fonction de la matière première, contrairement aux fumées d'une installation au fioul ou au charbon dont la composition est stable », souligne un ingénieur de Sedibex.

« Voie innovante »

Les deux partenaires ont aussi l'ambition de valoriser économiquement le CO2 capté - plutôt que de l'enfouir - et de mutualiser la « fabrication » du CO2 pour les industriels gourmands en carbone. C'est le cas des fabricants d'additifs pour lubrifiants que sont Chevron ou Lubrizol situés à moins de 5 kilomètres de l'usine Sedibex. « C'est le principe de l'économie circulaire », analyse Bertrand Bellanger, président de Sedibex qui produit déjà de l'énergie (vapeur et électricité) pour la zone industrielle du Havre. « Classiquement, le captage conduit au stockage et à l'utilisation de moyens de transport avec émissions de CO2, ce qui n'est pas une solution viable », souligne Lionel Estel, enseignant-chercheur à l'Insa de Rouen. « Par ailleurs, outre les risques inhérents au stockage et à l'énergie nécessaire pour comprimer le CO2 afin de le transporter, il faut savoir qu'avant 100 ans tous les sites disponibles seront saturés. » D'où cette « voie innovante » qui consiste à « aller chercher le CO2 dans les fumées pour le rétrocéder localement aux industriels ».

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Commentaires

Turcaret  a écrit le 25/09/2012 à 14:58 :

Une installation pilote de captage du CO2 installée à Rouen (!?!), l'année du 600è anniversaire de Ste Jeanne d'Arc, serait-ce de très bon goût ????