Sentence Kerviel : le raté des juges

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L'éditorial de François Lenglet, directeur de la rédaction de La Tribune.

Avis à tout lecteur qui vagabonderait jusqu'à ces lignes : contrairement aux apparences, ceci n'est pas un brûlot gauchiste. En voici la preuve: oui, il fallait punir sévèrement le trader Jérôme Kerviel, ses fraudes et ses dissimulations, qui ont mis sur la paille une grande banque, la Société Générale, et provoqué un quasi-krach mondial, en janvier 2008. Donnons encore des gages de notre impartialité. Oui, il fallait que la Société Générale défendît fermement ses intérêts, dans le procès qui l'opposait au trader fou. Car elle a subi un préjudice.

Pour autant, le jugement du tribunal délivré mardi laisse pantois. À cause de l'incohérence de la sentence - 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts à la charge de Kerviel. Soit les magistrats concernés ont été augmentés il y a peu, ce qui a sensiblement déformé leur sens des proportions financières. Soit le greffier s'est emmêlé les crayons dans les zéros.

À moins que le tribunal n'ait voulu signifier, avec un chiffre aberrant, la culpabilité exclusive de Kerviel dans l'affaire. Nos juges seraient alors en contradiction, sinon dans les formes, au moins dans l'esprit, avec la Commission bancaire, qui a pointé de sévères dysfonctionnements à la Générale. Et ils auraient omis de considérer que la quasi-totalité de la hiérarchie surplombant Kerviel a été licenciée, ce qui semble attester de leur responsabilité dans l'affaire.

À prononcer une condamnation fantaisiste, les juges prennent le risque de décrédibiliser leur institution, qui n'en a guère besoin. À cogner comme des sourds sur un lampiste, fût-il coupable, ils s'exposent au reproche de rendre une justice biaisée, protégeant les puissants et s'acharnant sur les faibles.

Ce n'était pas facile de changer Kerviel en un hors-la-loi sympathique, ces juges y sont presque parvenus. En revanche, s'ils avaient souhaité blanchir la Générale, ils ont manqué leur but, lui attribuant une victoire qui ne sera d'aucun secours pour laver sa réputation.

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