La Tribune

La fin de l'euro en Grèce ne doperait même pas les exportations

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Olivier Lamotte et Thomas Porcher  |   -  772  mots
Par Olivier Lamotte et Thomas Porcher, enseignants-chercheurs à l'ESG MS

Le sommet de Bruxelles, qualifié de sommet de la dernière chance, avait finalement trouvé péniblement un accord sur la crise de la dette de la zone euro, en annulant à hauteur de 100 milliards d'euros une partie de la dette grecque et en portant la capacité du Fonds européen de stabilité financière (FESF) à 1.000 milliards d'euros. Pourtant, Georges Papandréou a failli soumettre le plan de sauvetage grec à référendum. Or, si celui-ci avaut eu lieu, un « non » des Grecs aurait entraîné de graves conséquences financières sur la zone euro. et un bénéfice nul pour les grecs.

Depuis le début de la crise grecque, de nombreux économistes préconisent la sortie de la Grèce de la zone euro. Outre le fait de se séparer de « l'homme malade » de l'Europe, l'argument principal est que la dévaluation de la drachme pourrait stimuler les exportations grecques. Car la Grèce réalise une bonne partie de son commerce international avec des pays de la zone euro. En 2010, 43 % de ses exportations sont à destination de la zone euro, ses trois principaux partenaires étant l'Allemagne, l'Italie et Chypre. Elle a un déficit commercial vis-à-vis des pays de la zone de 12 milliards d'euros en 2010. Une sortie de la zone euro lui permettrait donc d'utiliser le taux de change pour renforcer sa compétitivité et potentiellement réduire son déficit commercial. Ainsi, un retour de la Grèce à une drachme sous-évaluée permettrait un accroissement des exportations, une réduction des importations et une relance de la croissance. En économie, ce mécanisme prend la forme d'une courbe en J. En théorie, la dévaluation du taux de change engendre un effet prix négatif suivi par un effet volume positif permettant d'améliorer la balance commerciale, d'où l'illustration par une courbe en forme de J.

Dans un premier temps, l'effet prix se caractérise par l'augmentation du prix des importations en monnaie nationale et la réduction des recettes d'exportations. La conjugaison d'exportations à des prix plus faibles et d'importations à des prix plus élevés constitue l'effet prix négatif d'une dévaluation. Mais dans un second temps, l'effet volume se caractérise par l'augmentation de la compétitivité des exportations et des produits nationaux. Car la hausse des prix des importations réoriente la demande intérieure vers les produits nationaux. Au final, l'effet volume compense largement l'effet prix.

Cependant, pour que l'effet volume l'emporte sur l'effet prix, il faut qu'un certain nombre de conditions soient remplies. D'abord, pour que les importations grecques soient détournées au profit de produits nationaux, il faut que l'industrie grecque ait une capacité de substitution sur les produits qu'elle importe. Ensuite, pour que l'effet volume fonctionne, il faut que ses principaux partenaires commerciaux aient la capacité d'accroître leurs importations en provenance de Grèce. Or, au regard de la situation des principaux partenaires (Allemagne, Italie, Chypre), ce n'est pas si évident, compte tenu de leurs perspectives de croissance. Certes, il y a l'expérience de la crise argentine de 2001, lorsque la dévaluation du peso de plus de 70 %, accompagnée de la sortie de la parité 1 dollar pour 1 peso, a eu des effets bénéfiques pour relancer l'économie, mais la conjoncture mondiale était favorable et l'Argentine a également bénéficié de la flambée des prix des matières premières. Ce qui a permis à ses exportations d'augmenter en volume et en valeur. La conjoncture a donc permis aux exportations argentines de cumuler un effet volume et un effet prix positif.

Ce ne sera pas le cas pour la Grèce. D'abord, parce que, aujourd'hui, les principaux partenaires de la Grèce ont une croissance faible, voire nulle. Ensuite, parce que même dans une conjoncture favorable, les effets ne sont pas instantanés ; il existe des effets d'hystérèse des flux commerciaux démontrés par des études, notamment sur les expériences de désintégration des pays d'Europe centrale et orientale. Enfin, parce que la Grèce ne possède malheureusement pas de matières premières en abondance. Une sortie de la Grèce de la zone euro aura probablement des effets catastrophiques pour l'économie grecque en augmentant le coût de ses importations et en diminuant la valeur de ses exportations sans que l'effet volume puisse réellement jouer, aggravant ainsi le déficit commercial de la Grèce qu'elle était censée réduire. La croissance sera perdante, les inégalités augmenteront et la cohésion sociale sera un peu plus effritée.

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Commentaires

Bushi  a écrit le 30/12/2011 à 1:47 :

Pour l'effet sur les importations, ok possible que la Grèce ne puisse pas substituer et se prenne donc un effet prix négatif suite à une dépréciation encore que cela mériterait une véritable étude

Pour l'effet sur les exportations par contre c'est n'importe quoi. En quoi le fait qu'un pays ait une croissance faible ou forte joue sur le fait qu'il aura forcément intérêt à détourner une partie de ses achats vers des concurrents moins chers : en l'occurence ici des grecs "devalués"

Rien n'est dit sur le tourisme qui augmenterait...

Enfin, argument un peu limite mais l'avantage d'une sorte de la zone euro+dépréciation serait un défaut instantanée sur leur dette leur évitant ainsi une bonne décennie de perdue.
C'est dommage pour nous mais finalement c'est bien ce qui risque de se produire

Incognito  a écrit le 14/11/2011 à 12:59 :

Je suis globalement d'accord. Mais vous négligez à mon avis l'impact sur la position financière nette de la Grèce, qui devrait être largement positif si toutes les dettes des residents sont converties en drachmes.