La Tribune

Refonder le capitalisme, le moment est venu !

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Paul Jorion (pauljorion@gmail.com)  |   -  709  mots
Un appel publié sur son blog par Paul Jorion, universitaire, ex-trader et blogueur. Ses deux ouvrages les plus récents sont Le capitalisme à l'agonie (Fayard 2011) et La guerre civile numérique (Textuel 2011). Ce texte est un article presslib*

Y a-t-il rien de plus affligeant que le spectacle des remèdes à la petite semaine mis en place ces jours-ci pour essayer de sauver le système capitaliste, sans se résoudre à mettre véritablement en place les moyens nécessaires ?

Voyez ce qui se passe en Grèce, où la Troïka (Union Européenne, Banque Centrale Européenne et Fonds Monétaire International) s'efforce d'imposer au gouvernement grec des mesures que chacun sait inapplicables. Et pour arriver encore à quoi en cas d'accord ? À une réduction de la dette souveraine du pays à 120 % de son PIB à l'horizon... 2020 !

Arriverait-on même à définir dans les jours qui viennent une formule de défaut partiel de la dette souveraine grecque qui soit supportable par le peuple grec, que le Portugal et l'Irlande s'engouffreraient dans la brèche et réclameraient aussitôt les mêmes avantages pour eux-mêmes, effort que la zone euro est bien incapable d'absorber, elle qui répète inlassablement que la solution visée en Grèce devra en tout cas demeurer une exception. Et comme nul ne l'ignore, la Grèce à elle seule déjà est « systémique », capable d'entraîner la zone euro dans son ensemble dans sa chute (ce n'était pas le cas à la première alerte au début de l'année 2010... mais à force de tergiverser !).

Le 2 août dernier, les États-Unis, ont rehaussé le plafond de leur dette souveraine au niveau de 14,3 milliers de milliards de dollars. Il n'est pas nécessaire de préciser que des billets d'un dollar empilés pour ce montant représentent X fois la distance de la Terre à la Lune pour savoir que le trou ne se comblera jamais de lui-même, quelle que soit l'embellie dans la situation économique du pays.

La quadrature de la « rilance », la relance combinée à la rigueur, n'est qu'un problème insoluble parmi les dizaines d'autres qui se posent aujourd'hui au sein du système capitaliste.

Quand, le 25 septembre 2008, dans son discours de Toulon, M. Sarkozy attire l'attention sur la nécessité de refonder le capitalisme, il est dommage que les moyens n'aient pas été aussitôt réunis pour s'atteler à cette tâche indispensable. Parce qu'il s'agit bien sûr d'un projet très ambitieux et il est léger d'en abandonner la réalisation, comme ce fut le cas, à l'initiative individuelle. Un conseil de personnalités - et pour bien faire, internationales - aurait dû être réuni aussitôt, et des moyens adéquats mis à sa disposition pour définir les mesures qui s'imposent.

Plus de trois ans se sont écoulés depuis le discours de Toulon et, à part les protestations un peu désordonnées des « indignés » en différents endroits de la planète, les initiatives individuelles de refondation du capitalisme n'ont pas répondu aux attentes. Un temps précieux a ainsi été perdu, mais il n'est pas trop tard, d'autant que les problèmes qui se posent ont partout gagné en gravité et ce sont, du fait même, clarifiés.

Réclamons de nos dirigeants qu'un débat sur la refondation du capitalisme soit immédiatement lancé, que les autorités incontestées sur les questions financières, économiques et morales y soient conviées (plutôt que des « experts » économiques et financiers dont le parcours est aujourd'hui jonché d'une accumulation d'échecs navrants), et que leur soit confiée la tâche d'en déterminer les étapes (portant sur le niveau structurel et institutionnel bien entendu, plutôt que sur celui des tactiques à court terme ne visant qu'à gagner du temps face à un écroulement devenu inéluctable). Confions à ces personnalités la tâche de proposer les moyens de refonder le capitalisme et, devraient-elles conclure que la tâche est irréalisable, celle de décrire pour nous le système qui devrait venir à la place.

* Un « article presslib' » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib' » qui vit exclusivement de ses droits d'auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d'écrire comme il le fait aujourd'hui tant que vous l'y aiderez. Votre soutien peut s'exprimer ici.

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Commentaires

gillou  a écrit le 25/02/2012 à 9:43 :

De quoi vivent ces theoriciens de l'anticapitalisme?
des impots payes sur la richesse creee par le capitalisme.
Sans capitalisme, pas de richesses.

FREDDY  a écrit le 09/02/2012 à 20:21 :

Encore un qui pleure sur le lait renversé et se lance dans des incantations sur la refondation du capitalisme .... et autre bla-bla stérile ou impuissant .
De tels "économistes" qui veulent tout remettre a plat sans rentrer dans les détails du comment-faire (parce qu'ils ne savent pas faire autre chose que d'agiter des idées générales ) devraient etre embauchés au jardin d'acclimatation pour raconter des histoires aux enfants . ...

faszer  a écrit le 08/02/2012 à 18:27 :

Parler une nouvelle fois de capitalisme sans le definir ça me derange .Marx c'est la moitié du XIX siecle.Ou est le Marx nouveau qui pourrait definir ,analyser ,structurer,radioscopier ce qu'est le capitalisme aujourd'hui ?A l'époque de Marx la possession de l'argent était plus "coupé" plus stratifiée que maintenant .Aujourd'hui quand on voit les avoirs des "gens "dans le monde occidental ce sont des sommes colossales placées sur les marchés financiers.Le grand capitalisme à réussi à faire émerger un petit capitalisme qui fige et tratifie les opinions publiques des pays occidentaux et coute que coute,vaille que vaille ,rien ne se passe à chaque élections.Rever un changement du capitalisme sans cataclisme majeur (guerre ,ext.....) me semble impossible.Le propre ou le malheur des democraties c'est qu'elles rendent impossible une révolution.Une revolution ,c'est un changement radical des choses ,la démocratie c'est justement une cocotte minute qui évacue les surpressions et permet des évolutions ,mais les évolutions ne sont pas dans le temps des gens qui attendent des solutions à leur problemes temporel.

john galt  a écrit le 08/02/2012 à 10:33 :

que je sache, al politique monétaire de la FED, ce n'est pas du capitalisme, c'est de l'intervention étatique. L'endettement énorme des états, c'est lié à l'étatisme. L'endettement du privé aux USA est lié à la politique monétaire de la FED (contrairement à la BCE qui n'a pas eu de politique monétaire expansionniste en europe, ce qui a limité les dettes privées) donc à l'état.
Les Sub primes, c'est liè à la volonté de l'état américain de ne pas discriminé les plus pauvres et donc de garantir ces prêts à risque par Fannie Mac et Freddy Mac, donc c'est de l'étatisme.

En conclusion, le capitalisme libéral n'est pas à l'origine de cette crise, mais il en sera la solution (comme pour toutes les crises économiques).

Mr Jorion confond capitalisme et étatisme/socialisme, et le socialisme, cela ne marche pas ....

xavier-marc  a écrit le 08/02/2012 à 8:50 :

Personnellement je suis pour la création du brevet universel durant 5 à 10 ans( inventions, musiques, films etc..), et l'entreprise universelle par actions dont 10%( donc chaque entreprise est créée avec un minimum de 10 actions même si elle n'a qu'un employé, son fondateur) des actions est réservé pour les employés, actions non vendables mais octroyant un dividende s'il y en a un et un droit de vote, actions rendues au comité d'entreprise quand l'employé part.
Si on fait cela, la gauche anti-capitaliste n'existe plus et le piratage se réduit considérablement. Une société qui avance se base toujours sur des règles claires et compréhensibles par le plus grand nombre.