La Tribune

Le "système" enlisé dans de nouveaux dérèglements

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Copyright Reuters (Crédits : <small>Reuters / source Google, août 2012</small>)
par François Leclerc, ancien conseiller de l'AFP  |   -  564  mots
Hier portée sur la spéculation qui faisait flamber les prix des produits agricoles ou sur les bouleversements climatiques, l'attention se focalise aujourd'hui sur de nouveaux dérèglements, monétaires et fiscaux. Parfois, ils atteignent la sphère des biens culturels.

La guerre des monnaies monte en puissance. Opposant initialement les Américains aux Chinois ? coupables de maintenir un cours bas du yuan ? le conflit s?est ensuite étendu, Washington ayant répliqué en favorisant la baisse du dollar. Les monnaies convertibles des pays émergés ont ensuite grimpé. Et ceux-ci ont alors cherché à se protéger tant bien que mal avec la bénédiction d?un FMI dérogeant aux principes. Enregistrant des déficits commerciaux, les dirigeants japonais viennent à leur tour d?entrer en guerre. Conséquence : le yen descend par rapport au dollar et l?euro monte vis-à-vis de l?un et de l?autre. Un instant évoquée, la réforme du système monétaire international est repoussée au plus tard possible par des États-Unis qui ont tout à y perdre. Pourtant, ses dysfonctionnements, comme la course à la dévaluation compétitive, y conduisent immanquablement.

Les filières européennes de l?évasion fiscale sont pourtant bien connues
Une optimisation fiscale à grande échelle fait des ravages en ces temps de résorption des déficits budgétaires, à laquelle elle fait obstacle en amoindrissant les recettes publiques. Une enquête du Wall Street Journal vient de révéler qu?environ trois quarts des 1.700 milliards de dollars déclarés investis par les filiales étrangères de grandes entreprises comme Google et Microsoft sont en réalité déposés par celles-ci sur des comptes bancaires américains, échappant néanmoins au fisc en s?appuyant sur des finesses de la réglementation fiscale! En amont de ce mécanisme, les filières européennes de l?évasion fiscale sont dévoilées.
Elles utilisent la tête de pont irlandaise, puis la plaque tournante des Pays-Bas, voie royale vers les paradis fiscaux en raison d?une fiscalité avantageuse pour les royalties et des conventions fiscales avec ceux-ci*.Bien que répertoriées, les techniques éprouvées de l?optimisation fiscale laissent les administrations fiscales nationales démunies, quand elles ne sont pas complaisantes.
Les industries électroniques, informatiques et de télécommunication pratiquent pour leur part un transfert de valeur ? dont font cette fois-ci les frais des industries culturelles et celles de l?information en mal de modèle économique ? accaparant les ressources commerciales de l?économie numérique au détriment des acteurs apportant les contenus.
Dans le domaine de l?information, des négociations ont finalement lieu pour obtenir des royalties, mais elles sont tardivement tenues, de manière dispersée, dans le cadre d?un rapport de force défavorable.
Dans leur diversité, ces dérèglements ont en commun d?appeler des solutions qui n?acquièrent toute leur efficacité qu?à l?échelle internationale, comme c?est le cas de la régulation financière.
L?exemple inaccompli de celle-ci justifie les craintes. Les velléités d?instaurer une nouvelle gouvernance mondiale, lors des premiers G20, ont fait long feu, et le traitement par l?OCDE du dossier des paradis fiscaux n?est pas un modèle.
Le FMI semble paralysé. Les négociations à propos de l?émission de CO2 n?avancent pas et la spéculation financière sur les produits agricoles continue. La capacité du système à se réformer n?en sort pas démontrée, c?est bien là le problème.

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(*) Sandrine Cassini, La Tribune hebdo du 25 janvier 2013.

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Commentaires

La guerre des monnaies aura bien lieu si...  a écrit le 05/02/2013 à 3:21 :

La guerre des monnaie, le dumping social et le dumping des salaires sont la conséquence logique des déséquilibres des balances commerciales entre les pays. Ce que l'Allemagne fait depuis des décennies, croissance économique aux dépens des autres pays que l'on inonde de produits industriels Made in Germany, la Chine, le Japon et d'autres essayent aussi de le faire.
Il faut donc autoriser le protectionnisme dans une certaine mesure officiellement, puisque en fait les pays les plus fort peuvent le faire par des moyens déguisés alors que les pays avec moins de ressources ne pourront pas se le permettre.
Un possibilité serait d'autoriser la TVA à deux taux, majorée pour tout produit importé, minorée pour la production locale, ce qui devrait inciter à investir et produire le plus possible dans le pays ce qui est destiné au marché local.
La Mercedes destinée au directeur de banque Madrilène ne doit pas forcement être construite en Allemagne et par des Allemands, elle peut être construite en Espagne par des Espagnols, ce qui non seulement réduirait le chômage des jeunes en Espagne (actuellement environs 60%) mais réduirait également le déficit de la balance du commerce de l'Espagne et par conséquent également le déficit budgétaire grâce au impôts et cotisations divers sur les revenus des emplois ainsi créés.

JeanL  a écrit le 04/02/2013 à 22:54 :

La guerre des monnaies, largement prévue par le signataire. Prélude à la guerre tout court ? (il y a déjà une belle collection de conflits en cours...

Dubol  a écrit le 04/02/2013 à 20:56 :

Guerre monétaire prévue depuis longtemps, suite logique à l'effondrement volontaire du dollar.

Voyons maintenant ce que l'EU va nous sortir comme blague pour contrer la hausse de l'euro.

tomibiker  a écrit le 04/02/2013 à 20:05 :

L'article est tiré par les cheveux, il confond tout. Essayons de remettre un peu de clarté dans cet obscur article. D'abord, la spéculation sur matières agricoles résulte du simple fait que les paysans veulent se garantir un prix fixe si le prix baisse sur le blé, alors il peut vendre son blé au prix fixe d'aujourd'hui mais dans 6 mois, si le prix baisse il récupérera le prix qu'il aura fixé 6 mois en arrière mais si le prix monte, il devra livrer le blé au prix fixé. Ensuite, la guerre des monnaies c'est la France qu'il l'a inaugurée depuis bien longtemps même Louis XII faisait de la dévaluation soi disante compétitive, mais avec l'euro c'est fini, seuls les pays qui ont des bons produits sortent gagnant les autres pays doivent ajuster soit diminuer le smic et les pensions, la France n'y échappera pas. En ce qui concerne les entreprises il faut juste avoir à l'esprit que les entreprises de l'immatériel ne sont nulles part, mais sont partout dans la vie courante, vous utilisez un pc un logiciel, l'informaticien est indien, la société américaine et le bénéfice imposé à l'ile Maurice, je ne vois rien à redire on comprend les Européens envieux qui n'ont aucune entreprise digne de ce nom, vous avez vu des google, yahoo, Microsoft, Appel Samsung Sony quelque part en Europe, on a surtout trop de fonctionnaires dans le millefeuille français qui ressemble de plus en plus à une nation d'assistés, les riches partent comme les créateurs de richesse, vous pensez être taxé à 90% sur 1 million sauve qui peut !

L'Espagne se vide de son sang pour que la Chine, l'Allemagne, le Japon et j'en passe puissent avoir un excédent et ainsi exporter leur chômage.  a répondu le 05/02/2013 à 3:37:

@ tomibiker
vôtre raisonnement sur la guerre des monnaies serait juste si tous les pays avaient été gratifié par le Tout Puissant des mêmes avantages naturels (position géographique centrale, taille du marché intérieur, topographie du pays, etc., etc.,). Ceci est loin d'être le cas.
Il faut donc autoriser un minimum de protectionnisme pour éviter les déséquilibres des balances commerciales entre pays, surtout entre pays de la même Union Monétaire.
Le chômage des jeunes a atteint les 60% en Espagne, ces jeunes souvent hautement qualifiés vont être contraint de quitter leur pays, la plus part quitteront le vieux continent pour aller renforcer les économies de nos concurrents (Canada, Australie, États-Unis). Je ne pense pas que cela soit bon pour l'Europe en général et surtout pas bon pour l'Espagne. L'Espagne se vide ainsi de son sang pour que la Chine, l'Allemagne, le Japon et j'en passe puissent avoir un excédent et ainsi exporter leur chômage.

yvan  a écrit le 04/02/2013 à 18:17 :

Au moins ... on le sait. Comme dit F.Lordon : pour calmer les foules, ne reste que les calmants, la télé, et les forces de l' "ordre".

Vieux fiscard international  a écrit le 04/02/2013 à 17:44 :

Nouveaux dérèglements ??? Pas grand chose de nouveau : 1/l'affaire "des 3/4 des 1.700 milliards de dollars sur des comptes bancaires américains, échappant néanmoins au fisc en s?appuyant sur des finesses de la réglementation fiscale" concerne les pratiques des multinationales US pour rapatrier le cash aux USA sans de cela soit considéré comme un dividende sujet à taxation aux USA (deemed dividend), c'est une problématique qui n'est en rien nouvelle (ça dure depuis des dizaines d'années) et l'état fédéral US est bien content de laisser faire pour se financer : pour échapper à l?impôt il suffit entre autre finesse d'acheter des treasury bills... 2/ L'Irlande avec IS à 12.5% (10% autrefois) c'est vieux aussi 3/ Quant à l'utilisation des Pays Bas et des Antilles Néerlandaises cela relève de la question de cours pour étudiant débutant en fiscalité internationale, bof !!! Passons sur les problèmes de dévaluation compétitive, la problématique existait déjà dans les années 1930 et avec la mort du système de Bretton Wood a resurgi depuis les années 1970 re-bof!!! La seule vraie nouveauté est l'inadaptation des concepts de fiscalité de l'OCDE aux activités des géants internet. Il est évident que les principes de territorialité pour ces activités doivent être revus en vue d'un partage du droit d'imposer (après tout on a déjà des spécificités pour les sportifs... les artistes...la navigation internationale...); il faut créer un corpus de doctrine OCDE pour ces activités et modifier les conventions en conséquence avec sans doute une retenue à la source bénéficiant aux pays dont viennent les paiements de service à Google et autres. C'est faisable et ce n'est qu'une question de volonté des pays concernés.


Ah  a écrit le 04/02/2013 à 17:37 :

désordre quand tu nous tiens....