La technologie : amie ou ennemie pour concilier travail et vie privée ?

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(Crédits : Reuters)
La mobilité technologique a fait entrer le travail à la maison, gommant un peu plus les frontières entre vie privée et vie de bureau. Quelques précautions à prendre, par Geoffroy de Lestrange, Southern Europe Marketing Manager de Cornerstone OnDemand.

Cette année, LinkedIn a interrogé plus de 18 000 salariés dans 26 pays afin de découvrir les facteurs de satisfaction professionnelle dans le monde. Parmi les découvertes importantes de cette enquête, on apprend que l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est le 2e critère motivant un changement d'emploi (après la rémunération et les avantages sociaux).

Selon une autre enquête de mars 2013 menée par Accenture, les technologies mobiles aident à atteindre cet équilibre, même si « les sentiments sont partagés quant à leur impact sur leur vie personnelle ». 77% d'entre eux reconnaissent le gain de flexibilité que représentent ces technologies, et 80 % les considèrent comme essentielles à l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. En revanche, 70 % des personnes interrogées admettent que ces technologies introduisent du travail dans leur vie personnelle.

Nous voulons tous atteindre l'équilibre idéal entre travail et vie privée / de famille, mais nous sommes également heureux que les nouvelles technologies nous permettent de répondre rapidement aux e-mails et nous finissons par nous plaindre de devoir gérer des emails tard le soir. Alors on nous propose aujourd'hui de télécharger des applications de gestion de l'équilibre vie professionnelle / vie personnelle, c'est un cercle vicieux !

La question n'est donc pas de savoir si les nouvelles technologies sont bonnes ou mauvaises, mais de trancher : les utilisons-nous comme des outils puissants pour travailler et communiquer ou les laissons-nous décider à notre place comment organiser notre vie ?

Les nouvelles technologies ne sont que des outils...

Ne tirons pas sur le messager ! La société Regus a réalisé une étude sur l'équilibre vie professionnelle/vie personnelle, qui révèle que « près d'un quart des salariés utilisent leurs appareils mobiles pour travailler en dehors des heures de bureau car c'est le comportement que leurs supérieurs attendent d'eux, tandis que près d'un cinquième des employés le font car c'est que leurs clients attendent d'eux ». Rien de surprenant à ce que vous ayez du mal à dormir si vous lisez le soir un e-mail de votre patron vous reprochant d'avoir commis une erreur. À moins d'une urgence, demandez-vous s'il y a quoi que ce soit que vous puissiez faire sur le moment pour réparer votre erreur, ou s'il ne vaut pas mieux que vous profitiez de votre soirée et que vous vous concentriez sur votre travail le lendemain, après avoir bénéficié d'une bonne nuit de sommeil.

Bien entendu, l'autre question est de savoir si votre patron n'aurait pas pu attendre quelques heures avant de vous envoyer cet e-mail, ou pour discuter avec vous en face à face...

De nos jours, il est difficilement envisageable de ne plus utiliser les technologies mobiles. Comme l'a dit le théoricien des médias Neil Postman en 1995, « toute nouvelle technologie est un pacte faustien : elle nous donne quelque chose de considérable mais nous prend également quelque chose d'important en retour ». Avec les technologies mobiles, nous avons certainement gagné beaucoup en flexibilité, en moyens de réseautage et en accès instantané, dès que nécessaire, à l'information (en fonction de la vitesse du réseau...). Cependant, le prix à payer est notre propre disponibilité instantanée, à la mesure de nos attentes vis-à-vis des ressources ou de nos collaborateurs. Mais souvenons-nous également qu'au siècle dernier, certains prédisaient que le téléphone n'avait pas d'avenir, car les maîtres de maison comptaient fermement sur leurs domestiques pour répondre à leur place ! Toute innovation de rupture a un impact imprévisible sur notre comportement.

 

... qui peuvent avoir de nombreux avantages... 

La flexibilité en matière d'heures et de lieu de travail est la meilleure illustration des conséquences positives qu'offrent les nouvelles technologies en matière de productivité, sans impact sur l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Chacun a pu s'en rendre compte : pour accomplir une tâche spécifique nécessitant une concentration totale et de l'abstraction de toute gêne (qu'il s'agisse de l'open space, des appels téléphoniques ou de quoi que ce soit), il est bien pratique de pouvoir s'isoler en toute tranquillité, à la maison ou à l'extérieur du bureau. Ce fait s'applique aussi bien aux employés de bureau qu'aux ouvriers, munis de tablettes dans des salles au sein de l'usine pour suivre une formation spécifique. Le cloud et les outils de formation en situation de mobilité permettent à ces derniers de se connecter à leur page d'apprentissage depuis une salle tranquille, loin des bruits de l'usine. Ils peuvent également suivre leurs formations à des moments d'improductivité typiques, tels que les files d'attente ou les trajets en train.

Bien évidemment, tout dépend de la génération à laquelle on appartient : la génération Y a grandi le pouce sur ses écrans mobiles, ce qui lui a valu le surnom de « petite poucette » de la part du célèbre sociologue français Michel Serres. Celui-ci compare cette évolution à la Révolution Néolithique ou à l'invention de l'imprimerie. C'est pourquoi les entreprises doivent être capables de proposer des modes de travail extrêmement différents pour satisfaire autant les baby-boomers proches de la retraite, que la génération du millénaire.

... mais la mobilité doit être contrôlée

Le philosophe autrichien Thomas Vasek a une vision très tranchée lorsqu'il écrit que « séparer travail et vie personnelle, c'est n'importe quoi ! »dans son ouvrage polémique « Work / Life Bullshit ». Selon lui, le travail fait de nous ce que nous sommes. Un bon travail doit rendre les gens autonomes et leur permettre de prendre des risques. Les nouvelles technologies doivent ouvrir la voie vers de meilleures méthodes de travail. Ainsi on devrait considérer le travail comme une part de notre vie réelle, et non pas comme quelque chose à gérer en plus en dehors de la vraie vie, qui commencerait lorsqu'on quitte le bureau.

C'est probablement ainsi qu'il faut voir les technologies mobiles : ce sont des outils formidables plein d'avantages, permettant de mieux travailler, sans pour autant devenir les esclaves de nos propres inventions. Le défi est de parvenir à mélanger vie professionnelle et vie privée. Nous le faisons de plus en plus avec nos appareils mobiles : peu de gens ont des téléphones différents pour le travail et pour leurs contacts privés. Et bien que Facebook et LinkedIn aient des utilités différentes, nous avons tout de même des amis sur LinkedIn, et des collègues sur Facebook.

Nous devons être en mesure de définir ce qui est important pour nous selon l'heure, le jour ou le moment de l'année. Il n'est assurément pas nécessaire d'amener son téléphone à un dîner familial ou lorsque nous nous faisons du sport le week-end. Cependant, il n'y a pas de culpabilité à consulter ses e-mails le soir devant la télé, si l'on en a envie. Cela peut nous aider à arriver au travail avec les idées claires le lendemain matin. Bien entendu, n'oublions pas que nous avons tout simplement la liberté d'éteindre nos appareils mobiles et ordinateurs, si l'on veut vraiment profiter de la présence de nos proches.

Comme le dit Fiona O'Hara, directrice générale du capital humain et de la diversité chez Accenture : « même si les nouvelles technologies doivent être gérées avec précaution, elles peuvent améliorer notre vie professionnelle sur de très nombreux plans à partir du moment où l'on érige les barrières adéquates. Les entreprises sachant fournir les outils et instaurer une culture adaptée pour aider leurs salariés à trouver cet équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle en tireront les bénéfices en terme d'attractivité et de fidélité de leurs meilleurs employés.»

 

 

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Commentaires
a écrit le 31/05/2014 à 17:28 :
"Eriger les barrières adéquates." tout semblerait être écrit dans la conclusion de l'article.mais il manque le volet médical et la liberté de ceux qui subissent à côté.
Surtout que les addicts pensent à aller se faire soigner.
On en reparlera dans 20 ou 30 ans pour savoir ce qu'ils sont devenus tous ces accrocs et quel a été l'impact sur leurs vies professionnelle et familiale.

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