Le traité transatlantique risque de faire baisser les salaires en Europe

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Frédéric Farah et Thomas Porcher.
Frédéric Farah et Thomas Porcher. (Crédits : DR)
En uniformisant les normes entre les deux continents, le futur traité transatlantique rendra la dévaluation du dollar encore plus efficace pour l'économie américaine, au détriment de l'Europe. par Frédéric Farah et Thomas Porcher, économistes, auteurs de TAFTA : l'accord du plus fort (éd. Max Milo)

Les négociations transatlantiques en cours négligent une question centrale : celle des rapports entre le dollar et l'euro. Alors que l'Europe reste obsédée par le lien entre politique monétaire et inflation, les États-Unis utilisent le dollar comme une arme pour subventionner leurs exportations. Face aux fluctuations du dollar, la BCE a plus réagi qu'agi. L'appréciation de plus de 50% de l'euro de 2001 à 2008, a entraîné peu de réactions de sa part, et cette progression a été l'un des éléments de la mise à mal des industries européennes et particulièrement françaises. Le traité transatlantique risque d'amplifier les effets des dévaluations monétaires. En uniformisant les normes entre les deux continents, la dévaluation du dollar sera encore plus efficace pour l'économie américaine au détriment de l'Europe. Le risque est que les États européens, pour rester compétitifs, pratiquent des dévaluations internes.

 États-Unis vs Europe : pragmatisme contre dogme

Alors que l'Europe a imposé des dogmes rigides (équilibre budgétaire, lutte contre l'inflation) qui la privent de leviers de politique économique dont tout le monde se sert, les États-Unis ont un recours bien plus pragmatique à la politique monétaire et budgétaire quand il s'agit de dynamiser leur croissance économique. Concernant la politique monétaire, les Américains ont bien compris qu'une dévaluation de leur monnaie améliore d'une part la compétitivité de leurs exportations mais rend également les importations venues d'Europe plus chères ce qui, inversement, augmente la compétitivité de leurs produits intérieurs. Ce mécanisme fonctionne d'autant plus que les États-Unis et l'Europe font du commerce intra-branche c'est-à-dire du commerce de biens identiques donc substituables.

La France aurait besoin d'un euro plus faible, pas l'Allemagne

Alors pourquoi les Européens ne font pas de même en dévaluant l'euro ? Le problème vient de l'hétérogénéité économique des pays européens. Le haut niveau de l'euro désavantage certains pays mais profite à d'autres notamment l'Allemagne qui se place sur le haut de gamme. Au final, des études montrent que la France aurait besoin d'un euro à 1,10  dollar, l'Allemagne a 1,30 dollar et la Grèce à moins d'1 dollar. Les rapports de forces existant également à l'intérieur de l'Europe, il en a résulté un euro qui s'est apprécié de plus de 50 % depuis 2001.

 L'uniformisation des normes augmente les effets des dévaluations monétaires

Le traité transatlantique, s'il est ratifié, rendrait les dévaluations monétaires encore plus efficaces qu'aujourd'hui, et pourrait représenter un véritable choc de concurrence pour les industries européennes. Car, actuellement, certains secteurs sont protégés par des normes différentes qui sont quasiment les seuls obstacles au commerce entre les États-Unis et l'Europe. En uniformisant ces normes, la substituabilité des biens européens et américains va augmenter et, de surcroît, va entraîner une mise en concurrence plus directe des entreprises des deux continents. Mais cette concurrence pourrait être encore plus forte si les États-Unis décidaient au nom de leurs intérêts économiques de se livrer à des manipulations monétaires pour accroître leur compétitivité. Dans ces conditions, le commerce ne pourra qu'être en faveur des États-Unis et comme la majorité des échanges sont intra-européens, les exportations américaines pourraient même se substituer à celles de certains pays européens entraînant des pertes de débouchés pour ces industries et, in fine, des possibles fermetures.

Pour compenser cette perte de compétitivité due à une dévaluation du dollar et en l'absence d'une politique monétaire européenne plus pragmatique, les États européens ne pourront qu'agir (in)directement sur les prix des produits via une dévaluation interne c'est-à-dire une baisse des coûts de production par la compression des salaires et l'hyper-flexibilisation du marché du travail.

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a écrit le 21/01/2015 à 12:48 :
IL ME SEMBLE JUDICIEUX DE PRENDRE CONNAISSANCE DU TESTAMENT POLITIQUE DU PRESIDENT FRANCOIS MITTERAND ...

LIVRE DE GEORGES MARC BENAMOU OU SUR INTERNET

SE SOUVENIR QUE LA CRISE QUI A COMMENCEE EN 2008 NOUS VIENT DES USA
IL S AGIT DE LA PLUS GRANDE SPECULATION DE TOUS LES TEMPS

IL FAUT DES TRAITES INTERNATIONAUX

IL EST ETRANGE QU IL N Y A PAS DE DEBATS A LA TELEVISION

ET QUOI DE PLUS DE DEMOCRATIQUE DE TOUS LES PEUPLES D EUROPE PUISSENT PARTICIPER A UN REFERENDUM
a écrit le 28/12/2014 à 10:06 :
Pour mémoire : l'exactitude des prévisions de Thomas Porcher
Huiles de schiste : non, le prix du pétrole ne baissera pas !
http://energie.lexpansion.com/energies-fossiles/huiles-de-schiste-non-le-prix-du-petrole-ne-baissera-pas-_a-31-7590.html
alors qu'il vient de passer sous la barre des 50 dollars le baril.
Juriste spécialisée en droit européen de l'environnement, diplomée de l'IAE
d'Aix-en-Provence, Membre expert de la "Fabrique écologique", Auteure de
"Europe-Etats-Unis, les enjeux de l'accord de libre-échange" aux Editions
Yves Michel (diffuseur Dilisco, avril 2014) et de "Les vrais dangers du gaz
de schiste" ainsi que d'articles dans la revue scientifique Nexus,
Slate.fr, Politis, blogueuse dans le Huffington Post
a écrit le 28/12/2014 à 10:02 :
"faire baisser les salaires en Europe" dit l'article. Il serait plus précis de dire "faire baisser le niveau de rémunération en Europe" car, malgré l'arrêt 1167 du 12 juin 2014 de la Cour de Cassation, dont il a été dit que "l’employeur serait à présent libre de modifier le contrat de travail unilatéralement, y compris la rémunération du salarié, sans l’accord de ce dernier", il n'a été question que de rappeler l’une des principales conditions de mise en œuvre d’une demande de résiliation judiciaire du contrat de travail. Donc, en France, la rémunération du salarié reste préservée…enfin, pour le moment !
Par ailleurs, si la parité Euro Dollar est la plus traitée dans le monde sur le marché des changes et que, dans la pratique, la monnaie internationale est naturellement devenue le dollar américain, l'euro est actuellement en baisse face au dollar.

Quant à l'affirmation selon laquelle "le haut niveau de l'euro désavantage certains pays mais profite à d'autres notamment l'Allemagne qui se place sur le haut de gamme", il faut ici rappeler que d'ores et déjà les Etats-Unis sont le 1er client de l'Europe et que la balance commerciale entre les deux zones penche en faveur de l'Europe. Et que c'est déjà l'Allemagne qui contribue à l'excédent commercial de l'Europe (200 milliards) que plombe le déficit commercial de la France.
Je m'étonne de telles conclusions dans un article de "la tribune" et bien davantage destiné à susciter des réactions des anti-Tafta sur la forme, et non sur le fond de l'article.
Juriste spécialisée en droit européen de l'environnement, diplomée de l'IAE
d'Aix-en-Provence, Membre expert de la "Fabrique écologique", Auteure de
"Europe-Etats-Unis, les enjeux de l'accord de libre-échange" aux Editions
Yves Michel (diffuseur Dilisco, avril 2014) et de "Les vrais dangers du gaz
de schiste" ainsi que d'articles dans la revue scientifique Nexus,
Slate.fr, Politis, blogueuse dans le Huffington Post.
a écrit le 16/12/2014 à 20:49 :
Faut aussi pas se faire d'illusions : vassaux ou non...
a écrit le 16/12/2014 à 20:01 :
Une seule solution, se faire entendre et signer la pétition stop tafta, ils ne pourrons pas l'ignorer indéfiniment.
Réponse de le 21/01/2015 à 12:51 :
VOUS AVEZ RAISON

QUOI DE PLUS DEMOCRATIQUE QUE TOUS LES PEUPLES D EUROPE DE
PRONONCE PAR REFERENDUM
a écrit le 16/12/2014 à 19:59 :
Il faut
a écrit le 16/12/2014 à 19:47 :
La baisse des salaires n'est pas un problème : c'est bien pour cela qu'on a fait venir 15 millions d'immigrés ces 30 dernières années. Il y en a marre de tous les racistes et autres récalcitrants. Une fois supprimer la solidarité et autres bidules sociaux, il n'y a aucun problème pour concurrencer les USA
a écrit le 16/12/2014 à 18:47 :
Si ce traité est signé je voie au prochaine élection l'élection de mme L'épée et la sortie de l Europe!!!!!!!!!!
a écrit le 16/12/2014 à 18:27 :
Tiens, il me semble qu'une femme politique française l'a déjà signalé depuis plusieurs mois et que les médias et personnalités politiques de tout bord ricanaient ; aujourd'hui, le boomerang leur revient en pleine figure. Et cette femme, c'est Mme Lepen !!! N'avait-elle donc pas raison ?
Réponse de le 18/12/2014 à 11:52 :
C'est marqué où qu'elle veut sortir de l'UE? "Verba volant, scripto manent."
a écrit le 16/12/2014 à 17:40 :
Ce traité n'a qu'un but : soumettre l'europe aux USA.
a écrit le 16/12/2014 à 17:40 :
Ce traité n'a qu'un but : soumettre l'europe aux USA.
a écrit le 16/12/2014 à 16:45 :
Signer ce traité serait une énorme imbécilité et la mort de l'agriculture et viticulture française d'ailleurs
a écrit le 16/12/2014 à 14:37 :
Ce traité ne sera jamais signé.
Réponse de le 17/12/2014 à 17:41 :
Depuis juillet, on c'est pourtant déjà mis d'accord sur les termes de celui à signer avec le Canada. Contrairement à ce qui se fait d'habitude les Etats qui n'en veulent pas devront le faire savoir, sinon la ratification est automatique!
a écrit le 16/12/2014 à 13:32 :
"Le risque est que les États européens, pour rester compétitifs, pratiquent des dévaluations internes" : heu ... c'est pas déjà commencé (voir l'Espagne par exemple) ??
a écrit le 16/12/2014 à 13:28 :
Raison de plus pour ne pas le signer. Outre cet aspect, je n'ai pas envie de voir mon assiette envahie de m..... made in USA avec la complicité de la grande distribution. Ayant vécu en Amnord, je sais que question trucs immangeables, ils savent faire et ce sont de vrais pros dans ce domaine.
a écrit le 16/12/2014 à 12:54 :
Ce traité est un véritable cancer.

US GO HOME
a écrit le 16/12/2014 à 11:46 :
Risque? Mais c'est bien là l'un des objectifs recherchés par les instigateurs de ce traité.
a écrit le 16/12/2014 à 11:25 :
Ils ont la planche a billet, nous avons l'Euro. Depuis le début c'est évident qu'il va y avoir un problème. Enfin un article qui en parle.
Ce traité est extrêmement risqué, il n'y a aucun filet de sécurité, nos dirigeants sont complètement irresponsables.
On peut comprendre qu'il faille travailler avec les Etats Unis sur des pointts précis et délimités, qu'on ne nous fasse pas croire que ce traité est la seule méthode.
Réponse de le 16/12/2014 à 11:47 :
Nos dirigeants ne sont pas irresponsables, simplement ils poursuivent d'autres buts que les nôtres.
a écrit le 16/12/2014 à 11:20 :
Bruxelles qui agi encore et toujours contre le peuples européennes pour faire plaisir au lobbyistes dans la place !!! allé vous étonnez que les extrêmes monte , ils on encore de beau jours devant eux
Réponse de le 16/12/2014 à 13:36 :
Bruxelles a bon dos !!! D'après vous, qui lui a donné mandat pour négocier ?
a écrit le 16/12/2014 à 10:40 :
Ce traité ne sera jamais signé, sauf si les dirigeants politiques sous estime la colère des Européens, et la montée des extrémistes.
Mais comme, c'est gens n'ont aucune vision de l'avenir...
Réponse de le 16/12/2014 à 13:37 :
D'après vous, qui signera ce traité ? Et par qui ont été payées leurs campagnes électorales ? Donc ils vont le signer, ils ne vont pas mordre la main qui les nourrit... C'est pour ça qu'il faut ruer dans les brancards !
a écrit le 16/12/2014 à 9:16 :
elle s'est juste déplacée à Bruxelles...
a écrit le 16/12/2014 à 9:15 :
le PS et l'UMP ont vendu notre destin ainsi que celui de nos enfants à Bruxelles...Et le traité transatlantique scellera cela....nous perdrons toute souveraineté car toute décision politique sera demain attaquable par une société dans une juridiction que nous ne controlerons plus.....si demain la France interdit les OGM, alors la société qui les produit nous attaquera et aura gain de cause...on nous sortira la traditionelle salade de l'exeption culturelle (l'arbre qui cache la foret) qu'ils auront protégé mais par contre vous aurez le droit de manger du génétiquement modifié...!
Réponse de le 16/12/2014 à 13:40 :
Ne soyez pas dupes, ce n'est pas Bruxelles qui décide, ce sont les gouvernements des pays. Ils font seulement porter le chapeau à Bruxelles pour sauver les apparences. Il ne faut pas se tromper de coupables !
a écrit le 16/12/2014 à 8:56 :
C'est bien pourquoi ce traité secret et non démocratique est mis hors de porté des citoyens, monsieur Juncker a rejeté une pétition d'un million d'européens contre le traité pour une question de vice de forme mais que dire des vices de forme et économiques qui accompagnent ce traité.

L'Europe n'a pas bonne presse mais elle est en train de sceller sa fin en se moquant ainsi des citoyens européens.
Réponse de le 21/01/2015 à 12:58 :
ILS PRENNENT UN GRAND RISQUE QUAND LES PEUPLES VONT SE RENDRE
COMPTE CE QUE L ON NOUS CACHE...IL Y A UN RISQUE DE SORTIE DE
LA CEE...
a écrit le 16/12/2014 à 8:38 :
Ce "traité" n'a pas d'autre but que "d'exploiter" donc les salaires en sont une composantes!
Réponse de le 21/01/2015 à 12:56 :
AUCUN DEBATS A LA TELEVISION SUR L AVANCEMENT DU DOSSIER

A T ON LE DROIT DE SAVOIR

A T ON LE DROIT DE DECIDER DE NOTRE AVENIR EN VOTANT TOUS

CETTE ABSENCE DE DIALOGUE EST EST DANGEREUSE POUR L EXISTENCE DE L EUROPE

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