Avant les Shadoks pompaient, aujourd'hui ils taxent les paquets de cigarettes

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(Crédits : DR)
Quand les politiques publiques de prévention son menées en dépit du bon sens... Par Philippe Herlin, chercheur en finance, écrivain, entrepreneur. Il est docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM).

L'inefficacité chronique de certaines politiques gouvernementales fait immanquablement penser aux Shadoks qui pompent, qui pompent, qui pompent toute la journée sans rien obtenir. La multiplication des radars au bord des routes, alors que le nombre de tués stagne ou augmente en fait partie : il faudrait pourtant rappeler que seuls 26 % des accidents mortels sont dus à la vitesse excessive, ce qui devrait encourager à lutter contre les autres causes (alcool, cannabis, défaut de ceinture), mais il est tellement plus facile de généraliser sur le territoire ces caisses enregistreuses qui font tomber automatiquement de l'argent dans les caisses de l'État.

 Se focaliser sur le prix du paquet de cigarettes?

Autre politique digne des Shadoks : la lutte contre le tabac. Des milliers de vies sont en jeu, on le sait mais, ici encore, toute l'action du gouvernement se focalise sur le prix du paquet de cigarettes. Il suffirait soi-disant de l'augmenter régulièrement pour progressivement faire diminuer le nombre de fumeurs. Mais ce scénario simpliste ne se vérifie nullement.

 Lorsque l'on prend un peu de recul, on constate que le pourcentage de consommateurs de tabac dans la population française a atteint un maximum en 1957 pour ensuite décroitre régulièrement lorsque le risque de cancer du poumon a commencé à être rendu public. Pas parce que le prix du paquet de cigarettes a augmenté. C'est une prise de conscience qui explique ce retournement. Cette baisse continuera jusqu'en 2008, date à laquelle la consommation repart à la hausse, malgré les régulières augmentations du prix du paquet.

 On voit le même genre de phénomène avec les accidents de voitures, qui ont entamé leur diminution après le pic du début des années 70. L'introduction des radars automatiques en 2003 n'a en rien accéléré cette diminution, le nombre d'accidents diminuait avant, il continue après au même rythme. Les Français ne réagissent pas de façon automatique à des stimuli, comme des souris en cage, ils utilisent leur cerveau, ils sont capables de prendre conscience des modifications de leur environnement et d'y réagir. Voici une découverte qui semble encore échapper à nos énarques et à nos haut-fonctionnaires.

 La consommation du tabac remonte donc depuis 2008. Ca ne plait pas du tout au gouvernement qui sort l'artillerie lourde : on annonce une hausse massive des prix du tabac à rouler pour le 1er janvier 2017, de 15 % soit 1,20 euro par paquet. À cela se rajoute une hausse de la rémunération des buralistes dont le coût pourrait également être répercuté par les fabricants sur les prix de vente. Ces hausses font suite au paquet neutre agrémenté de photographies de maladies proprement révulsantes. On suggère, pour les étapes suivantes, le paquet collé à l'intérieur d'un oursin, attaché à un boulet de 3 kilos, ou surmonté d'un gyrophare deux-tons.

 L'explosion du marché parallèle

L'augmentation du prix du paquet de cigarettes n'aboutit qu'à une chose, l'explosion du marché parallèle, soit par les ventes sous le manteau, soit chez les buralistes frontaliers. Et la consommation ne baisse pas. Pourtant l'État ne pense qu'à persévérer dans cette direction.

 Ne faudrait-il pas réfléchir à d'autres modes d'action ? L'interdiction de fumer dans les lieux publics, édictée en 2008, est une bonne chose, elle empêche d'exposer la cigarette aux non-fumeurs. Comme les habitudes se prennent jeune, ne faudrait-il pas interdire de fumer avant 16 ans, ou même 18 ans ? Aujourd'hui la loi interdit hypocritement seulement la vente aux moins de 18 ans, pour un effet nul, comme chacun peut le constater. Mais pour appliquer une telle décision, imagine-t-on des contrôles de police dans les cours ou aux abords des collèges et des lycées ? Ce serait déjà bien de le faire pour lutter contre le cannabis, mais de tels contrôles dégénéreraient immanquablement en incidents où les « jeunes » affronteraient la police. D'autres initiatives sont certainement envisageables mais, pour l'État, il est de toute façon tellement plus facile d'augmenter les taxes que d'y réfléchir sérieusement...

 On continuera donc de taxer toujours plus les cigarettes, comme on augmentera encore le nombre de radars automatiques, sans que ces décisions ne fassent baisser la mortalité, dans un cas comme dans l'autre. Le gouvernement donnera l'impression d'agir, comme les Shadoks.

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Commentaires
a écrit le 07/12/2016 à 15:26 :
Contrairement à ce qui dit l'auteur de l'article,la mesure la plus efficace pour diminuer la consommation de tabac est l'augmentation du prix des cigarettes.Cela a été clairement prouvé en Suède et en Australie.Il est vrai que pour être plus efficace ,il faudrait une augmentation partout en Europe .Mais il faut voir que même sans concertation européenne,pas beaucoup de monde habite dans les régions frontalières.
Ce type d'argumentation fait penser à quelqu'un proche du lobby du tabac.
a écrit le 06/12/2016 à 11:10 :
L'augmentation du prix du tabac est à mon avis un mal nécessaire. Le nombre de fumeurs diminue heureusement - merci aux incitations gouvernementales, cancers et maladies cardio-vasculaires- , mais un trop grand nombre de ceux qui persévèrent se comportent de manière irrespectueuse et deviennent des nuisances : les cuistots qui fument dans la cuisine de leur restaurant, les employés qui fument dans la réserve de leur magasin, ceux qui jettent leurs mégots partout, les chauffeurs de transport en commun qui fument dans leur bus - même en l'absence de passagers, ceux qui fument dans les étages/couloirs des bâtiments publics ou ouverts au public,... Pour ceux là, le tabac ne coûte ni assez cher, ni tue assez vite.

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