Brexit : la promesse d'une aube nouvelle pour la finance en France ?

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(Crédits : DR)
Comment les plateformes de financement participatif implantées à Londres peuvent-elles encore se développer? Y a t il là une chance pour la finance française? Par Cyril Tramon, Président et fondateur de WeShareBonds

En quelques jours, le Royaume-Uni a subi deux revers incroyables : brexit et exit de l'euro. La city et la première league au tapis, toutes deux symboles de puissance et de richesse : deux institutions adulées, ridiculisées et en partie coulées par leurs propres citoyens. Un exploit.

Nul ne pouvait sérieusement envisager que Paris ou Francfort pourraient un jour concurrencer cette puissance considérable de la City, et nul n'avait l'argent ou le pouvoir pour construire en Europe une telle puissance. Il fallait donc que les anglais se sabordent eux-mêmes : brillant et hallucinant.

La plus belle place financière au monde

Et pourtant, nos amis anglais abritent la plus belle place financière au monde, et ils avaient toujours su, jusqu'à présent, mettre de côté leurs « émotions » pour privilégier une analyse froide et pragmatique du monde, qui leur avait permis de faire prospérer la City en dépit des soubresauts du monde et du déclin du Royaume-Uni depuis plus d'un siècle. Ils avaient même survécus au discours de Hollande sur « mon ennemi est la finance... ».

 Que viennent faire ici les « émotions » me direz-vous ? si par chance vous êtes lecteur des articles et écrits de Warren Buffet, le financier par excellence, vous le savez déjà, et vous y verrez alors une véritable ironie de l'histoire, dans le cas contraire, sachez que Warren Buffet professe (en citant ses maîtres à penser) que ce sont les « émotions » qui sont le pire ennemi du financier (qui sommeille en chacun de nous)...et ce qui est à la fois visionnaire et vrai, car le brexit en fait, ce n'est qu'une boule d'émotions collective qui a tout emporté, une démonstration de colère et de peur d'un peuple perplexe, face, il est vrai, à la vacuité des institutions européennes qui ne signifiant rien pour les gens n'inspirent rien de positif, et face à d'autres considérations du même cru peu rationnelles. L'émotion prenant le pas sur le pragmatisme so british, qui l'eut cru, la city donnant sa chance aux français et à Paris : inimaginable, et pourtant... Quelles conséquences pour « nous » ?

Les plateformes britanniques ne pourront plus couvrir l'Europe

A date la réglementation européenne des plateformes de financement participatif n'est pas harmonisée, et les détenteurs d'agréments locaux ne peuvent exercer leur activité en dehors de leur frontière nationale. En clair, que vous soyez une plateforme IFP ou CIP, le Brexit ne change en pratique rien pour vous aujourd'hui.

Mais, le sens de l'histoire « était » que la réglementation se renforce autour de ces agréments et converge vers celle des sociétés de gestion, qui elles disposent de l'arme magique : le passeport européen.

Selon l'AMF, « le passeport européen » permet à une société de gestion, ayant obtenu un agrément par l'autorité de son pays d'origine, d'exercer ses activités dans toute l'Union européenne ou dans un Etat partie à l'accord sur l'Espace économie européen (EEE). Lorsqu'une société de gestion d'un autre Etat membre souhaite fournir ses services en France, on parle de «passeport in» ; lorsqu'une société de gestion française souhaite fournir ses services dans l'Union européenne ou dans un autre Etat partie à l'accord sur l'EEE, on parle de «passeport out». La conséquence évidente de cela est que les plateformes UK qui sont de loin les plus grosses en Europe, n'auront jamais la possibilité de développer leur activité depuis Londres pour couvrir l'Europe.

Une implantation pays par pays

Il leur faudra s'implanter en Europe, et pour l'instant, elles n'ont d'autres choix que de le faire pays par pays, en respectant localement la réglementation en place. Pour ceux qui souhaitaient plus de barrières à l'entrée sur leur marché domestique pour se développer, c'est peut-être une bonne nouvelle.

L'autre conséquence de cela est que le métier émergent des gestionnaires de fonds de crédits PME/TPE, qui « financent » les crédits PME/TPE des plateformes, évidemment largement plus développé dans la city, va connaître une redistribution des cartes.

En effet, les sociétés de gestion anglaises ne pourront plus disposer du passeport européen et ne pourront donc plus assurer elle-même la distribution de ces fonds. Il est trop tôt pour comprendre ce qui va se passer précisément, mais il est évident que ce marché va devoir émerger localement et fortement, et que Paris a peut-être la chance de devenir la place de référence sur ce métier naissant. Eiffel capital se positionne sur ce sujet, des fonds de dettes privées y réfléchissent...

On peut aussi imaginer que nombre d'investisseurs européens qui passaient par Londres pour gérer leurs placements en devises, dont livres et euros, sur une multitude de classe d'actifs, vont singulariser Londres pour les sous-jacents en livres. Si tel est le cas, cela forcera ces sociétés de gestion et asset managers uniquement basées à Londres à se localiser aussi sur le continent pour ne pas perdre leurs clients.

On peut aussi imaginer que l'exposition en livre sera moins recherchée dans les prochaines années, car le Royaume-Uni « seul » est objectivement une petite économie par rapport aux économies US, Chine et Européennes, et sa monnaie n'intéresse pas grand monde.

Espérons qu'un jour nouveau se lève sur la finance européenne, plein de promesse pour Paris. Le retour de ces talents de la finance, formés à la City, la meilleure école et le meilleur « championnat » de banquiers, serait forcément porteur d'espoirs pour notre économie et nos fintechs nationales.

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Commentaires
a écrit le 01/07/2016 à 13:57 :
peu être une belle opportunité pour la france si l'on accepte d'arrêter de faire grève.
Et enfin accepter de reconnaître que la langue anglaise est la seul véritablement utiliser dans le business international, si l'on accepte pas celà on fera beau cadeau à nos amis européen de l'Irlande du sud.
a écrit le 01/07/2016 à 10:35 :
Si la bourse de Londres doit "fusionner" avec celle de Francfort et que la France n'aime pas la Finance (place financière rabougrie, abandonnée), ne pas rêver.
On ne va pas créer un statut fiscal spécial "financier, trader, spéculateur" avec une imposition réduite, zéro ISF ?
Le tapis qu'on peut dérouler est rose fané, mais pas rouge. :-)
a écrit le 01/07/2016 à 10:06 :
Il y a effectivement une belle carte à jouer pour Paris. mais il va falloir arrêter le bashing sur les banques et la finance, arrêter de ponctionner le système, nier que le profit est la contre partie d'un risque. La France, avec la majorité des citoyens opposée à l'économie de marché (voir J Tirole qui rappelle les chiffres incroyables à ce propos), avec cette haine déclenchée par les politiques, relayés par les médias, contre les banques (la finance est mon ennemie, procès JK..), avec ses grèves à répétition, son système de redistribution aujourd'hui abusif, a aussi des progrès à faire pour être convaincante.. Notre meilleur atout? Frankfort n'est pas très sexy..
a écrit le 01/07/2016 à 9:51 :
En son temps P.Beregovoy en développant le Matif et le Monep avait lancé Paris sur le podium des places financières les plus attractifs et professionnels.
Mais voila, comme toujours quand quelque chose fonctionne correctement dans ce pays il faut que nos pseudos "elites" mettent leur grain de sable. Donc Juppé (le meilleur d entre nous) au nom du libéralisme économique a déréglementé les transactions financières et nos "elites" national (politique et dirigeant eco) étant plus nul les uns que les autres n ont pas étés a la hauteur de l enjeu ce que a amené Londres et Francfort a nous dépecer tranquillement.
Paris futur place de l Eu haha j en ri
a écrit le 01/07/2016 à 8:55 :
Merci beaucoup, rire de bon matin comme cela c'est franchement agréable...

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