"Hard Brexit" : le Royaume-Uni peut-il devenir demain un paradis fiscal ?

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le Royaume-Uni peut-il devenir demain un paradis fiscal ?

Le Royaume-Uni a choisi la voie du « hard » Brexit. C'est le terme consacré... mais non nécessairement exact. Disons plutôt un Brexit net, où le pays ne part pas de l'existant pour l'amender. Mais revoit l'ensemble de la copie des droits et devoirs réciproques qu'il entend développer avec l'UE.

Là où le Royaume-Uni laisse entrevoir un Brexit dur, c'est lorsqu'il évoque la possibilité de jouer de son pouvoir de nuisance fiscale pour peser sur les termes de la négociation.

Pourquoi le Royaume-Uni ne sera pas un paradis fiscal

Il faut ici rappeler le contexte financier du Royaume-Uni, que l'on oublie trop souvent, à force de se focaliser sur la croissance et le chômage.

Le Royaume-Uni est d'abord un pays qui connaît un déséquilibre de son commerce extérieur abyssal puisqu'il approche aujourd'hui 7% de son PIB. C'est considérable. Et lorsque l'on prend un abord plus large des échanges avec l'étranger, le déficit des transactions courantes demeure lui-même considérable (de l'ordre de 6% du PIB). C'est un record en Europe. L'excédent important dans les services est en grande partie neutralisé par les fortes sorties de revenu primaire (revenu du travail et du capital liés aux investissements directs au Royaume-Uni), ou secondaire (transferts de revenus des travailleurs immigrés notamment).

L'arme de la fiscalité du capital, déjà largement mobilisée par le passé, pour renforcer l'attractivité et la compétitivité britanniques a dès lors déjà montré ses limites. Elle nourrit les entrées de capitaux certes. Mais elle induit des sorties de revenu considérables également. Penser ensuite que l'arme fiscale est susceptible de retenir les entreprises financières ou de modifier leurs plans d'investissement, laisse dubitatif. Ces dernières réagissent aujourd'hui à la crainte d'une perte du passeport financier européen, système qui permet aux entreprises financières implantées à Londres de vendre leurs produits financiers dans toute l'Europe. Or, dans le cas d'espèce, la fiscalité ne peut pallier un frein d'activité qui est d'ordre réglementaire.

Le contexte budgétaire britannique

En dépit d'un redressement graduel, le déficit public britannique demeure au voisinage de 4%, nettement au-dessus de la moyenne européenne. Cette situation ne permet pas encore de stabiliser la dette publique. Cette dernière frôle aujourd'hui les 90%. Précisément, parce que le gouvernement Cameron a déjà largement utilisé l'arme de la baisse de la fiscalité pour relancer son économie : baisse graduelle de l'impôt sur les sociétés britanniques à 20% à horizon 2015. Une mesure qui s'ajoute à des mesures d'exemption de cotisations patronales et d'exonération de l'impôt sur le climat. Mais les effets de richesse induits, liés à cette politique fiscale pro-entreprises, a pour effet aussi de doper la consommation. Autrement dit cette politique n'a en rien contribué à redresser le commerce extérieur.

Et de fait, avant même le Brexit, l'agenda politique britannique était déjà celui de la consolidation budgétaire. S'y est ajouté de surcroît les programmes social et industriel du nouveau gouvernement. Autrement dit, le gouvernement ne dispose pas de marges de manœuvre financières. Cette situation minimise grandement la possibilité d'une stratégie de dumping fiscal offensif pour favoriser l'ancrage des investisseurs étrangers.

Enfin, la stratégie de paradis fiscal est une stratégie efficace pour un petit pays. Car les pertes fiscales sont facilement compensées par le grossissement de l'assiette fiscale lié à la localisation ou à l'optimisation d'entreprises étrangères. Ce n'est en revanche pas le cas pour un grand pays. Disons donc que nous n'en sommes qu'à l'heure du grand marchandage et des surenchères. Et s'il y a changement de modèle, côté britannique, l'option du paradis fiscal paraît peu probable.

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Commentaires
a écrit le 01/02/2017 à 18:51 :
Je pense plutôt que ce qui va peser sur la balance c'est la question de l'alliance atlantique et justement le fait que nous exportons vers le RU.
Je verrais bien un accord comparable à celui que nous avons avec la Suisse mais à une condition c'est la libre circulation De citoyens européens.
a écrit le 01/02/2017 à 11:48 :
l'Europe élargie à 27 s'est fourvoyée en acceptant la libre circulation et l'installation de tous les résidents légaux de chacun des pays membres sur l'ensemble du territoire européen . on en a vu les conséquences avec les déplacements immédiats et massifs de populations pauvres vers des pays riches aux prestations sociales généreuses et vers ceux au dynamisme économique affirmé .
son obstination sur ce concept la conduira à son éclatement: sortie de l'union de certains pays , restrictions nationales sur avantages sociaux , etc
a écrit le 01/02/2017 à 9:11 :
Un bon article merci.

La finance a dépouillé le RU qui n'a plus d'industrie et c'est franchement dommage mes enfants jouent avec mes petites voitures qui ont 40 ans "made in france" autant que "made in england", tandis que les voitures chinoises passent et trépassent celles-là continuent fièrement leurs carrières.

Ensuite bien entendu sans volonté des actionnaires de faire des produits de qualité, que la fabrication se fasse au RU ou au Laos n'a pas vraiment d'importance.

On voit mal comment l’Angleterre pourrait se passer d'une phase de transition entre une économie totalement financiarisé qui a éradiqué toute autre activité à une économie industrielle pérenne, c'est cette phase là qui va être délicate surtout avec les financiers qui vont tout faire pour rester et continuer de nuire à ce pays.

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