Intempéries aux USA : quels impacts sur l'économie ?

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(Crédits : DR)
La tempête de neige qui a fortement affecté les Etats-Unis a perturbé l'activité. Si cela devient habituel, au premier trimestre, cet effet temporaire pourrait être utilisé par la Fed pour repousser la hausse des taux d'intérêt. Par John Plassard, Senior Equity Sales et Directeur adjoint de Mirabaud Securities

On se souvient tous du très mauvais temps qu'il a fait aux Etats-Unis durant l'hiver 2013-2014. On se souvient tous que le Beige Book de mars 2014 avait cité la mauvaise météo près de 120 fois (!) dans un rapport publié deux semaines avant la réunion de la réserve fédérale américaine (Fed). On se souvient tous que la croissance américaine concernant le premier trimestre 2014 projetait un -2.1% (avant d'être révisé à -0.9%).

Aujourd'hui une bonne partie des Etats-Unis (en particulier la côte est) croule sous la neige qui laisse craindre une des pires situations météorologiques constatées depuis près de 50 ans. Si tel devait être le cas, quelles seraient les conséquences sur une économie américaine en pleine normalisation ?

Qu'en est-il de la situation actuelle ?

La tempête Jonas, surnommée Snowzilla, a produit d'importantes quantités de neige durant plus de 36 heures entre vendredi 22 janvier 2016 et tôt dimanche 24 au matin. Dans certaines zones de Virginie, il est parfois tombé jusqu'à un mètre de neige. A New York, le record a été battu à Central Park avec 68 cm en une journée. Record battu également à Washington, où l'aéroport Dulles International a été recouvert de 56 cm de poudreuse en 24 heures.

C'est historiquement les plus fortes chutes de neige qui ont été constatées à New-York.

67.3 cm Février 11-12 2006
65.5 cm Décembre 26-27 1947
53.3 cm Mars 12-14 1888
53.1 cm Février 25-26 2010
51.3 cm Janvier 7-8 1996

Au total, onze Etats du Nord-Est ainsi que le district fédéral de Washington ont été placés en état d'urgence durant le week-end. Sur l'Atlantique, balayée par des vents violents, de très fortes marées, plus fortes que lors du passage de l'ouragan Sandy en 2012, ont frappé les côtes du New Jersey et du Delaware, provoquant des inondations. Près de 50 millions de personnes ont été touchées par le phénomène. Après el Niño, ses ouragans et ses pluies diluviennes, les Etats-Unis (entre autre) sont frappés de plein fouet par un phénomène météorologique inhabituel.

Le précédent de 2014

L'année 2014 a connu son pire hiver depuis près de 20 ans. Le PIB américain avait alors reculé de 2,1% sur les trois premiers mois de l'année 2014 (chiffre révisé d'une première publication à -2.9%). Ce chiffre était impressionnant à plusieurs égards. D'abord les Etats-Unis n'avaient plus enregistré un tel chiffre depuis le premier trimestre 2009, au début de la crise financière. Ensuite, l'écart entre la deuxième et la troisième estimation est généralement limité. Il était cette fois-ci monstrueux : en mai 2014 le département du commerce tablait sur un recul de seulement 1%. Une telle différence n'avait jamais été enregistrée depuis 1976. Enfin, le contraste avec le quatrième trimestre de 2013 était saisissant : le PIB avait progressé de 2,6%, soit 5,5 points de plus que les trois premiers mois de 2014. La météo polaire expliquait bien évidemment une grande partie de la baisse.

Le précédent de 2015

Si l'hiver 2015 n'a pas été aussi froid qu'en 2014, il a tout de même impacté l'économie américaine de manière sensible. Entre janvier et mars 2015, le PIB américain s'était contracté de 0,7% en rythme annualisé, marquant une nette dégradation par rapport à l'expansion de 2,2% du dernier trimestre de 2014, selon la deuxième estimation. La première économie mondiale confirmait une nouvelle fois qu'elle ne goûtait guère la période hivernale.

Les impacts financiers

Il est un fait que les caprices de la météo influencent les activités des entreprises ce qui pousse les dirigeants à intégrer les variations climatiques dans leurs prévisions financières et à tenter de s'en prémunir par le biais d'assurances.

Selon le département américain du Commerce, à l'échelle mondiale, 70% de l'économie serait «météosensible» poussant les directeurs financiers à tenir compte des changements de température. Les grands froids et chutes de neige de ces derniers jours ont donc un impact sur l'économie et la gestion des entreprises.

En 2014, la majorité des économistes estimaient que le froid a retranché 1,5 point de PIB au cours des trois premiers mois de l'année. Si l'on revient en zone euro, d'après Climpact-Metnext cette fois-ci, spécialiste de la gestion des risques météo-climatiques, près de 40% des ventes de produits de grande consommation seraient influencées directement par la météo en France par exemple.

Les secteurs impactés

En 2014, parmi les postes qui avaient le plus souffert, on trouvait d'abord la consommation. Si celle-ci, qui représente 70% de l'activité aux Etats-Unis, avait continué à progresser, c'est dans des proportions nettement moindres (+1%) que ce qu'anticipait la deuxième estimation (+3,1%). Cela représentait le plus mauvais chiffre en cinq ans.

Les transports devraient aussi être impactés négativement. En effet, entre vendredi 22 janvier 2016 et samedi 23, plus de 6'000 vols ont été annulés. Dès jeudi 21 janvier American Airlines avait annoncé l'annulation de centaines de vols aux États-Unis: tous ceux qui étaient prévus vendredi à Charlotte (Caroline du Nord) ainsi samedi dans les deux aéroports de Washington, à Baltimore et à Philadelphie. Les voyageurs dont le vol avait été annulé pouvaient demander à être remboursés, ou changer la date de leur voyage. A Washington, fait exceptionnel, l'organisme qui contrôle les transports en commun a annoncé la fermeture du métro pour tout le week-end.

Les compagnies d'assurance sont bien évidemment aussi impliquées dans la gestion des accidents, manque à gagner, dégradations et autres incidents en relations avec le froid et les chutes de neige.

Finalement, comment ne pas parler du secteur des services (restaurants, cinémas, ...) impacté de plein fouet par la difficulté de se déplacer.

Il n'y a pas si longtemps de cela, le résultat de l'étude ci-dessous retraçait la moyenne des secteurs impactés par des températures et situations météorologiques extrêmes entre 1931 et 2000.

 Un premier trimestre régulièrement mauvais en raison de la météo

Depuis 4 ans, le PIB du premier trimestre américain est systématiquement mauvais du fait des terribles conditions météo. Cette année encore, l'hiver avec les températures implacables que nous connaissons a cloué la plupart des américains dans leurs foyers, ce qui a provoqué une baisse énorme de la consommation. Si la météo ne devait pas se dégrader plus violemment, nous pensons que l'effet devrait être temporaire comme il l'a été par le passé.

Cependant, ce phénomène météorologique pourrait décaler voire repousser quelque peu la prochaine hausse des taux d'intérêt américains et fournir d'alibi à la réserve fédérale américaine (Fed) pour expliquer une potentielle faiblesse économique de début d'année.....

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Commentaires
a écrit le 27/01/2016 à 11:00 :
L'argent, toujours l'argent, bientôt on décrètera que la neige est illégal pour cause de "pertes" financières... on tombe bien bas. On oublie juste que le froid est nécessaire pour la nature et que c'est elle qui a le dernier mot, donc faisons avec et arrêtez de vous plaindre.

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