La BCE face à la nouvelle tourmente financière

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Les armes des politiques économiques, tant budgétaires que monétaires, sont émoussées, face à la crise. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l'ESSEC

L'économie mondiale se dirigerait-elle vers une nouvelle crise ? Depuis le début de l'année 2016 l'instabilité financière ne cesse de croître, comme l'indiquent de nombreux indicateurs comme la baisse des indices boursiers, la remontée de l'indice VIX mesurant la volatilité des indices boursiers, la hausse des primes de CDS sur les banques européennes ou encore la hausse des taux d'intérêt sur la dette souveraine de pays comme le Portugal, alors que l'or, dans le même temps, est en forte hausse.

Cette tourmente financière est-elle fondée et est-elle le signe avant-coureur d'une nouvelle crise économique? Les éléments objectifs qui pourraient fonder un cycle dépressif sont le ralentissement chinois, le ralentissement des pays exportateurs de matières premières et l'effondrement de l'industrie manufacturière dans les pays développés liées aux industries pétrolières et minières. Le net ralentissement des économies d'un grand nombre de pays au 4ème trimestre 2015 semblerait donner de la substance à ce scénario. L'indice PMI qui mesure l'activité industrielle indique une contraction en Chine et aux Etats-Unis depuis plusieurs mois.

Vers un modèle économique chinois tiré par la consommation


Après des années de croissance, l'économie chinoise semble avoir atteint un pallier difficile à franchir. Les autorités veulent passer d'un modèle tiré par les investissements et les exportations vers un modèle tiré par la consommation, suivant les exemples réussis du Japon et de la Corée du Sud. Cependant, une telle évolution, qui suppose la fermeture des entreprises inefficaces et une réorientation de l'économie, ne pourra pas se faire sans un changement profond des institutions actuelles qui engendrent une corruption systémique et de l'inefficacité productive massive notamment dans le secteur productif public.

Même si sa capitalisation est faible, l'effondrement du marché boursier chinois en dépit de l'interdiction de la vente à découvert, a révélé la fragilité du système financier, dominé par des banques locales dont la gestion du risque laisse beaucoup à désirer. Le mouvement actuel de fuite des capitaux hors de Chine, malgré les barrières à la sortie des fonds, et les difficultés de la Banque Centrale à stabiliser le yuan, renforcent les inquiétudes sur l'aptitude des autorités à gérer un atterrissage en douceur. Le ralentissement chinois se propage depuis un an à l'ensemble du monde via le ralentissement des importations chinoises de produits manufacturés et de matières premières (-18,8% en valeur sur un an).

Tous les pays qui exportent vers la Chine sont touchés directement et tous les pays producteurs de pétrole et de matières premières sont touchés indirectement par l'impact négatif de ce ralentissement sur les prix. Concernant la baisse spectaculaire autant qu'inattendue du prix du pétrole, le ralentissement chinois n'est pas la seule cause mais il y contribue fortement dans un contexte d'offre abondante venant de la guerre entre les pays producteurs, notamment l'Arabie Saoudite et les Etats-Unis.

L'impuissance des autorités politiques et monétaires

Dans ce contexte macroéconomique objectivement tendu, se rajoute une forte incertitude venant de l'impression que les autorités politiques et monétaires n'ont plus aucun moyen de stimuler l'économie. En effet, les gouvernements sont toujours en phase d'austérité pour gérer l'endettement public massif d'après la crise de 2008 et ont peu, ou pas de marge d'action supplémentaire pour augmenter la dépense publique ou réduire les impôts. En effet, la plupart des dettes nationales frisent l'insoutenable, notamment au Japon, aux Etats-Unis et dans les pays d'Europe du Sud. Même si les taux d'intérêt de long terme sont extrêmement faibles pour l'instant, les politiques de relance par déficit public présentent des risques énormes dans la mesure où le défaut souverain d'un pays développé pourrait provoquer un effondrement complet du système financier.

Les Banques Centrales se doivent de constater qu'après des années de taux d'intérêt de court terme à zéro et d'injections directes de liquidités via le « Quantitative Easing », l'économie mondiale n'est jamais repartie que faiblement et par intermittence, et connaît une nouvelle phase d'incertitude causée par la conjonction du ralentissement et de la désinflation générale.

Un risque de déflation dans la zone euro

Dans la Zone euro tout particulièrement le risque de déflation est toujours présent, avec un taux d'inflation hors prix des aliments et de l'énergie à seulement 0.8% en croissance annuelle sur le mois de Février, et un taux d'inflation général à -0.2%.
Cette situation questionne l'efficacité des politiques monétaires extrêmement expansionnistes mises en place par la BCE. Les injections massives de liquidités via le programme d'achats mensuels d'obligations du Trésor et autres actifs, ainsi que les prêts aux banques à prix cassés, n'ont manifestement pas abouti à la croissance souhaitée des crédits au secteur privé, dont le volume demeure quasiment stable depuis janvier 2015. Il est à craindre qu'une bonne partie de ces liquidités ait été utilisée par les banques pour financer les industries pétrolières et minières actuellement en crise. La chute de ces industries et des secteurs connexes laisse présager la présence de créances douteuses. A ce facteur de risque se rajoute une chute de la profitabilité anticipée des banques provoquée par le passage en négatif des taux d'intérêt sur leurs dépôts auprès de la BCE.

Pas de miracle à attendre

Les investisseurs et les politiques attendent avec impatience des nouvelles mesures de la part de la BCE, que Mario Draghi pourrait annoncer jeudi 10 mars. Il ne faut pas attendre de miracles. Les taux négatifs ont déjà montré leurs limites. L'expansion de la base monétaire par achat d'actifs ne semble pas pouvoir stimuler le crédit. Reste encore non-testée la possibilité d'imprimer des billets et les envoyer par la Poste aux consommateurs. Il n'est pas sûr, cependant, qu'en situation de déflation ces consommateurs ne souhaiteraient pas les garder au fond de leur tiroirs, voire les échanger contre une monnaie censée s'apprécier contre l'euro au fil du temps (dollar, franc suisse).
L'inefficacité des politiques monétaires et budgétaires ne laisse qu'une option possible aux gouvernements de la Zone euro et notamment des pays du Sud de l'Europe. Ils doivent provoquer un choc de confiance et de mobilisation via le lancement d'un programme de réformes structurelles pour libérer l'initiative individuelle, rendre le marché du travail plus flexible et dynamiser l'activité.

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Commentaires
a écrit le 10/03/2016 à 14:46 :
Le constat est bon mais la solution proposée, en particulier pour les pays d'Europe du sud, dans les toutes dernières lignes de l'article reprend l'antienne néo-libérale habituelle et ne met pas l'accent sur le boulet que représente l'Euro pour ces pays.
a écrit le 10/03/2016 à 14:44 :
Tout est dit, je n'ai rien à rajouter
a écrit le 09/03/2016 à 15:14 :
Le QE européen est-il de bonne qualité ou les pays d’Europe cadenassent-ils la croissance et l’investissement ? Selon les données numériques de la Banque Mondiale en termes de croissance, pour les périodes 87-00 puis 01-07 et 10-14 sans compter les deux années de crise, on relève pour la zone euro à 12 pays et 5 pays d’Europe (Danemark, RU, Suède, Suisse, Norvège) hors zone, les croissances suivantes en moyenne 3,35 puis 2,64 et 0,28 et pour le second groupe, 2,36 puis 2,42 et 1,61. La croissance zone euro supérieure avant 2000 devient ensuite équivalente aux pays hors zone enfin depuis les deux années de crise 08 et 09, elle est inférieure. Par ailleurs, on relève pour l’Allemagne 2,44 puis 1,41 enfin 1,96, pour la France 2,54 puis 1,87 enfin 1,04. L’Europe à 17 donne en moyenne 3,06 puis 2,57 enfin 0,67. Les USA publient 3,41 puis 2,46 enfin 2,2. La croissance française après crise passerait sous le niveau Allemand. L’Europe en moyenne aurait une continuité par rapport aux USA sur la seconde période par rapport à la première, mais à partir de 2010 elle décrocherait. La croissance de l’ensemble des régions baisserait après 2000. Après 2009, elle serait proche du niveau précédent aux USA et en Allemagne mais en France et en Europe elle serait plus faible. On parle de pertes de parts de marché industrielles, d’un déclin ou d’un suicide agricole, avons-nous un souci de compétence et l’Europe ne devrait-elle être mise en cause pour non-retour au plein-emploi, ou par exemple pour ergophobie ? Peut-on expliquer le vieillissement européen qui n’existerait pas aux USA ? Les citoyens et diplômés Européens alors qu’on parle de déqualification ou d’un Brexit, d’une meilleure indépendance de régions ou d’une baisse du produit par habitant, le niveau 2014 serait sous le niveau 2007 dans de nombreux pays, ne devraient-ils se poser la question de la performance de la zone et de la faiblesse du taux d’emploi ? On parle d’une guerre des monnaies, est-ce une bataille de pièces en chocolat, de liasses de papier ou de boules de neige type guerre des stalag_tites ou de boutons type guerre aux civils ? La France exporterait des bois ronds et importerait du mobilier, les avantages sont-ils convenablement développés ? On aurait des centaines de niches de défiscalisation, on parle de classes moyennes qui seraient sous pression, de record de faillites, l’entreprise ou l’artisanat sont-ils d’utilité publique et fait-on du favoritisme au détriment des ETI ? Si on considère les suicides élevés dans nombre de pays d’Europe et la baisse de population plus ou moins récente en Europe mais pas dans le monde, existe-t-il une brimade à la consommation des ménages ou des salariés ou une déconsidération des chrétiens ?
doit-on dire Eurlope?
a écrit le 09/03/2016 à 13:11 :
Il faut établir une relation entre le cout du travail et le prix de l'énergie en essayant de réduire l'un en augmentant l'autre, progressivement et jusqu'à un certain niveau. Cela doit être facile pour des économistes. L'augmentation du prix de l'énergie serait favorable au climat et la diminution du cout du travail favorable à l'économie.
a écrit le 09/03/2016 à 11:11 :
On va finir par croire que l'euro est le facteur de la crise et non sa solution, ce n'est pas une monnaie dynamique pour l'échange! Elle ne s'adapte pas aux différentes économies européennes!
a écrit le 09/03/2016 à 10:47 :
la fuite en avant continue:
on attend la BCE ( au moins 20 fois entendu depuis 2008).
on attend les résultats de ci , de ça.

Mais franchement, il est temps de mettre tout à plat , non.
Les machines ont remplacés le travail . Point, à la ligne.
Il faut partager ce qui reste ; mais , qu'est ce qu'on fait?
L'inverse.

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