Loi El Khomri : quatre vérités sur l'emploi et le chômage

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, quatre vérités sur l'emploi et le chômage

Je vous propose ici quelques idées simples sur l'emploi... un peu à l'emporte-pièce, certes, avant d'aborder les 131 pages de l'avant-projet de loi El Khomri.

Le storytelling séduisant du passage du CDD au CDI

Les politiques d'allègement des protections sur le CDI sont d'abord des politiques permettant d'accroître la pression individuelle sur les salaires, pour ceux qui sont dans l'entreprise, mais surtout pour ceux qui passent par la case chômage. C'est ainsi qu'elles parviennent, à diminuer le taux de chômage structurel. C'est cela qu'il y au cœur de leur logique. Prétendre comme certains experts et le gouvernement qu'il s'agit d'une gentille politique qui fait basculer les salariés des CDD instables vers des CDI stables est un storytelling séduisant mais faux.

Certes, la fréquence des emplois temporaires est plus faible dans les pays dérégulés, c'est un fait. Mais simplement parce que les emplois à forte rotation n'ont pas besoin du statut spécial du CDD. L'absence de CDD dans une économie, ne fait en rien disparaître ce type d'emplois, qui sont noyés dans la masse des CDI. Le CDD est au fond une forme de précarité contractualisée, encadrée. Ils sont juste moins repérables. Et pour terminer sur ce point, méfions-nous aussi du cas espagnol, tellement en vogue chez les commentateurs aujourd'hui.

La vérité sur la "réussite" espagnole

On peut toujours tenter de marketer la politique Rajoy, c'est de bonne guerre... mais cela ne résiste pas à l'observation des faits. De début 2008 à fin 2013, l'Espagne, c'est 18 emplois détruits sur 100 en début de période dont 7 en CDI et 11 en CDD. Depuis deux ans, c'est cinq emplois reconstitués sur les 18 perdus... dont 2 en CDI et 3 en CDD... Le miracle Rajoy n'est pas exactement ce que l'on essaie de faire croire. L'Espagne reste ce pays des grands yoyos de l'emploi qu'elle a toujours été et le miracle Rajoy est d'abord celui du rebond lorsque l'on a touché le fond de la piscine.

Les politiques de dérégulation du travail sous condition

Précisément parce qu'elles pèsent négativement sur les salaires, elles ont besoin  premièrement que le salaire minimum ne bloque pas l'ajustement baissier des salaires, d'autre part, que des contrefeux macro-économiques soient allumés pour compenser la déperdition de demande. Dépréciation du change, hausse de la demande publique ou fortes baisses d'impôts... donc la flexibilité s'achète par du déficit public.

C'est toute l'histoire de la Reaganomics. C'est aussi celle du Royaume Uni de Thatcher, qui a eu besoin de plus de déficit, puis après Thatcher de la dévaluation de 1992 et des politiques expansionnistes de Tony Blair, pour que la dérégulation se transforme en emplois. Et plus récemment Renzi c'est cela encore. Un job Act, mais surtout  des baisses d'impôts centrés sur les consommateurs et  un gros chèque de 8.000 euros pour les nouvelles embauches en CDI. C'est sur cette base qu'il faut scruter le projet El Khomeri :

  • Désinhibe-t-il l'embauche dans les petites structures
  • Se dote-t-elle des ressources financières (sécurisation, fiscalité) pour compenser ses éventuels effets dépressifs.

Le fractionnement du travail : une solution ?

La seule alternative pour diminuer le chômage et augmenter le taux d'emploi, c'est de fractionner l'emploi, en petits temps partiels de courte durée. Parmi les pays que nous envions, c'est d'abord cela qui frappe. Soit ils ont dérégulé. Soit ils ont développé les petits jobs. Et c'est précisément la solution privilégiée en Europe, où les marges de manœuvre sur les salaires, la politique budgétaire ou le change ne sont pas celles des pays anglo-saxons.

Il n'existe pas de politique indolore de diminution du chômage structurel. C'est là toute l'hypocrisie des gouvernements successifs et de certains experts. La force des pays anglo-saxons et de l'Allemagne, c'est peut-être cela. C'est d'appeler un chat un chat et non de faire passer de la sueur et des larmes pour une thérapie douce.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 15/03/2016 à 12:43 :
Au lieu d'utiliser des mots anglais apprenez votre français.
a écrit le 15/03/2016 à 10:36 :
Une société qui n'a plus la volonté de favoriser l'épanouissement ou le développement de ses composantes est vouée à la décadence.
"Occupé" les chômeurs par n'importe quel moyen est démissionnaire.
Donner et entretenir une capacité d'adaptation au marché de l'emploi, libérer des emplois stables valorisants , peu exploitable pour le capital mais rentable socialement serait une orientation politique plus constructive.
a écrit le 15/03/2016 à 8:51 :
EXELENTE ANALYSE? ??? LES SYNDICAT DEVRAIS SE BATTRE ALORS POUR BAISSE ENCORE LES HEURES DE TRAVAIL ?AFIN DE REPARTIR LE TRAVAIL A PLUS DE GENS POSSIBLE EN ALLANT VERS LES 32 HEURES DANS LES GROSSE ENTREPRISES. ET NEGOSIERS LES HORAIRES DANS LES PETITES EMTREPRISES SUIVANT LE CARNET DE TRAVAIL? ON APPELLE CELA DE L AUTOGESTION???
a écrit le 15/03/2016 à 8:47 :
Il y a peut être une relation entre le "chomage" et le capital humain, d'où l'idée d'utiliser la formation pour réduire le chomage.
a écrit le 15/03/2016 à 8:23 :
C'est clair, argumenté et concis. "Storytelling", c'est équivalent à "idéologie + propagande" en français, non ? :)
a écrit le 15/03/2016 à 7:58 :
suite. le problème consiste à répartir ce temps libéré et à le rémunérer par une contribution de l'énergie. (basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique). Qui arrivera à le comprendre?
a écrit le 15/03/2016 à 7:52 :
Il faut d'abord définir ce qu'on appelle "chomage"; il s'agit le plus souvent de travail "libéré" par les gains de productivité" liés à l'usage de l'énergie ou par l'application du progrès technique.

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