Maîtriser la violence de la quatrième révolution industrielle

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La nouvelle révolution numérique, véritable quatrième révolution industrielle, sera source de progrès économiques, et de profits pour les investisseurs boursiers. Ses effets risquent néanmoins d'être violents, dans l'immédiat. Par Larry Hatheway, chef économiste, GAM Holding.

L'innovation technologique a longtemps déclenché des réactions diamétralement opposées : la crainte de nouvelles possibilités pour certains, la peur d'un changement perturbateur pour d'autres. Mais la plupart des gens ne réalisent même pas ce qui est en train de se passer. La plupart considèrent le changement comme allant de soi.

L'inventivité humaine est bien trop peu reconnue ou bienvenue, en particulier sur les marchés financiers. Les investisseurs sont obsédés par des préoccupations plus terre à terre : les craintes d'un atterrissage brutal en Chine, les répercussions de la baisse des prix du pétrole et le risque qu'un choc puisse faire pencher une économie mondiale fragile vers une nouvelle période de récession ou de déflation.

 Évidemment, les inquiétudes au sujet de la situation de la demande mondiale ne sont pas sans fondement : la dernière chose dont l'économie mondiale a besoin actuellement, c'est d'une nouvelle source de stress. Pourtant, malgré toutes nos angoisses sur le surendettement et l'insuffisance des mesures politiques, rien n'est aussi important que l'innovation pour améliorer le niveau de vie et les opportunités d'investissement. En effet, l'avènement des nouvelles technologies tient les promesses d'une Quatrième Révolution industrielle, qui a été le thème de la réunion du Forum Économique Mondial de cette année à Davos.

La Première Révolution industrielle était fondée sur la machine à vapeur. Cette invention de James Watt, présentée vers 1775, a permis l'expansion de l'industrie au XIXème siècle, depuis ses origines en Angleterre vers l'Europe et les États-Unis. La Deuxième Révolution industrielle, depuis le dernier tiers du XIXème siècle jusqu'à la déclaration de  la Première Guerre mondiale, a été rendue possible grâce aux développements de l'électricité, des transports, des produits chimiques, de l'acier et (surtout) de la production et de consommation de masse. L'industrialisation s'est diffusée encore plus loin, jusqu'au Japon après la Restauration de Meiji et a eu une forte influence sur la Russie, qui était alors en plein essor au début de la Première Guerre mondiale. La Troisième Révolution industrielle est arrivée à la fin du siècle dernier avec la mise au point et la diffusion des technologies de l'information.

D'importants profits à venir

Les promesses d'une Quatrième Révolution industrielle consistent dans les progrès de la robotique, de l'Internet des objets, des données massives, de la téléphonie mobile et de l'impression 3D. Selon une estimation, l'adoption réussie de ces nouvelles technologies pourrait accroître la productivité mondiale dans les mêmes proportions que le PC et Internet à la fin des années 1990. Pour les investisseurs, la Quatrième Révolution promet d'importants profits, comparables à eux générés par ses prédécesseurs. Dès à présent, certains précurseurs en technologies de quatrième génération provoquent des valorisations étourdissantes.

Adapter la technologie à la vie quotidienne

De nouvelles phases de hausse des investissements, de la productivité et des niveaux de vie ne sont pas seulement possibles : elles sont probables et risquent d'être récurrentes à une fréquence croissante. Elles sont la conséquence de l'inventivité humaine, de l'innovation. Mais les nouvelles ères exigent plus qu'un simple recours à la science ou au génie d'un entrepreneur qui débute dans son garage. Pour être transformatrice, la technologie doit être adoptée et diffusée dans la vie quotidienne.

Voilà qui est plus facile à dire qu'à faire. Dès le début de l'industrialisation, Watt s'est battu financièrement et n'a pas réussi à commercialiser sa machine à vapeur, jusqu'à ce qu'il s'associe avec l'industriel anglais Matthew Boulton.

 Le temps de l'innovation, et de la diffusion

 L'histoire montre que l'innovation peut donner lieu à des emballements (en termes macro-économiques comme en termes de marché), qui tendent à faire perdre de vue la réalité. Pour autant, il ne faut pas tomber dans l'excès inverse et devenir un « pessimiste de la productivité » (en soutenant par exemple que les toilettes intérieures sont la dernière grande invention de l'humanité), même si de nombreuses nouvelles technologies offrent moins que ce qui était promis, ou encore ne sont payantes que sur le très long terme.

Il faut se souvenir que la première machine à vapeur a précédé Boulton et Watt de près d'un siècle et qu'il a fallu plus d'un demi-siècle pour que leur invention surpasse la puissance des moulins à eau classiques, et devienne la clef de voûte de la production industrielle du XIXème siècle. Volta a découvert les cellules électriques en 1800, mais il a fallu encore huit décennies avant d'introduire le courant continu comme moyen de transmission électrique.

De même ENIAC, le premier ordinateur électronique, a été élaboré en secret durant la Seconde Guerre mondiale. La puissance de calcul et l'utilisation des ordinateurs ont augmenté de façon exponentielle au cours des décennies qui ont suivi. Mais dès les années 1980, le prix Nobel d'économie Robert Solow a eu ce bon mot fameux, selon lequel l'innovation numérique,  l'ordinateur, se retrouvaient « partout sauf dans les statistiques de productivité. »

 Comment la technologie transforme toute l'économie

Pour les investisseurs, cette considération a des implications importantes, notamment la nécessité de faire preuve de patience et de résister à la tentation de trop payer au début. Au départ, il est sûrement tout aussi important d'identifier les perdants (qui se souvient de Wang Computers ?) que de choisir les gagnants.

Il est également important de comprendre comment la technologie peut transformer des secteurs qui n'ont à première vue aucun rapport entre eux. L'avènement de la « grande distribution » gérée par ordinateur aux États-Unis (avec Wal-Mart, Staples, Home Depot entre autres), a permis de supplanter les petits commerces et les chaînes de détaillants des années 1950 et 1960. La puissance de calcul, ainsi que les progrès dans la logistique des transports, du stockage et de la livraison, ont permis à la vente au détail de réaliser des économies d'échelle jusqu'alors inimaginables.

Aujourd'hui toutefois, ces mêmes géants de la grande distribution sont mis en difficulté par la vente au détail en ligne, qui promet de surclasser ces économies d'échelle et cette efficacité logistique, en proposant des prix plus bas que les commerces classiques en dur.

 Les progrès de l'humanité, avec un certain degré de violence

C'est un nouvel effet de l'ingéniosité. Mais pour paraphraser Joseph Schumpeter, cela a également des effets destructeurs. Dans le langage d'aujourd'hui, on parle de « technologies perturbatrices. » Ne nous laissons pas duper par le jargon : les nouvelles manières de produire des choses tuent souvent d'anciens secteurs d'activité et des emplois, avant que ne soient mis en place tous les avantages du mode de production successeur. Un certain degré de violence accompagne inévitablement les progrès de l'humanité.

Voilà pourquoi la question de la « maîtrise » de la Quatrième Révolution industrielle est essentielle.

Larry Hatheway, économiste en chef chez GAM Holding.

© Project Syndicate 1995-2016

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Commentaires
a écrit le 29/01/2016 à 12:11 :
Très bien tous ces changements. Mais on ne parle pas de l'impact sur l'emploi. Tous jes jours, on nus dit que l'état doit modifier les règles pour lutter contre le chomage. Moins de règles pour les entreprises et toujours plus de précarité pour les salariés. En contre partie on nous promet une baisse du chomage. Qui va croire cela?
J'aimerai que les politiques, experts et médias disent la vérité. Comment croire qu'en travaillant autant que dans les années 70 et avec une population active plus importante, il y aura moins de chomage. Et si on ajoute les effets de cette 4eme révolution, comment peut on croire à une baisse du chomage.
iI est temps de dire la vérité et de rechercher les solutions pour permettre à tout le monde de vivre décemment. Pas facile, surtout dans un monde ou il n'y a plus de collectif.
a écrit le 28/01/2016 à 16:40 :
Tout semble déjà bien commenté. Reste plus qu'à prier le Ciel sur la conversion de pareil charlatan à le religion du sujet, l'homme, plutôt qu'à celle de l'objet, le matérialisme ; car il fait l'inverse. Il devrait lire Luc Ferry sur la destruction créatrice à la Shumpeter.
a écrit le 28/01/2016 à 9:29 :
Les gens crèvent de notre économie néolibérale au service de quelques uns mais c'est à nous autres victimes de nous habituer, du grand n'importe quoi cet article.

Ça me fait penser à un sketch de Coluche: "Un ministre s'adresse à la nation à la télévision : La crise combien de temps va t'elle encore durer ? Ne vous en faites pas ! Encore quelques années et... vous serez habitués."

IL serait temps que les tenants de cet économie trouvent des serviteurs d'un meilleur niveau quand même hein, merci.
Réponse de le 28/01/2016 à 11:13 :
Vous confondez deux choses:
La révolution industrielle qui va améliorer la productivité par tete et permettre de générer plus de richesses par personne.
La répartitions de ces richesses. Aujourd'hui l'ordre juridique est batit de telle sorte que la richesse peut etre captée par quelques-uns indépendament de leur utilité sociale.
La révolution industrielle va faire passer la productivité de 100 à 120.
Sur les 100 20 sont laissés au peuple. lorsque nous aurons 120 22 seront laissés au peuple.
La question est comment changer l'ordre juridique pour éviter cette captation. Parce qu'à la rigueur une vraie économie libérale serait surement mieux que la copinocratie que nous avons aujourd'hui.
Cordialement
Rémi
Réponse de le 28/01/2016 à 13:41 :
Bonjour Rémi,

Beaucoup de prédictions sans argument qu'est votre commentaire tout de même auriez vous du concret à proposer je vous prie ? Un minimum à manger au moins parce que pour ce que j'en lis, madame Irma pourrait tenir le même discours que le votre, merci.

EN ce qui concerne une véritable économie libérale nous sommes entièrement d'accord, maintenant nous voyons bien que nos multinationales, toutes dans le monde, ont besoin des Etats pour leur servir de béquilles, inutile de revenir sur la crise de 2008 et les centaines de banques qui ont été sauvés par le gaspillage massif de dizaine de milliers de milliards de dollars ou d'euros appartenant à l'état et donc aux contribuables.

VW qui a reçu des milliards de subventions de la part de l'allemagne et de l'union européenne pour qu'au final ils trichent, l'agro-industrie subventionnée par les aides aux agriculteurs de la FNSEA et-c, et-c... les exemples sont pléthores.

Donc une véritable économie libérakle n'est pas possible car dorénavant les décideurs sont nuls et incapables de faire tenir leurs entreprises sans l'aide des états que pourtant ils dénoncent sans arrêt.

Nous sommes chez les fous.

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