"Sans parti politique, Macron n'a aucune chance d'être président"

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(Crédits : BENOIT TESSIER)
Pour le politologue Stéphane Rozès, Emmanuel Macron doit son actuelle popularité à son positionnement original, pro-réforme, dans un gouvernement de gauche. Mais mener campagne pour la présidentielle en se posant au centre et surtout sans le soutien d'un parti politique, c'est courir droit à l'échec

Et maintenant, quel avenir pour Macron ? Les uns et les autres soupèsent ses chances. On insiste sur ses soutiens dans le monde des affaires, sur les "vivement Macron" entendus à l'Université d'été du Medef. Comme si le monde du business faisait l'élection, à croire que certains ont oublié que le suffrage n'est plus censitaire. Entre le centre ancré dans une "mondialisation heureuse" et la périphérie, le vote diffère, nos voisins d'Outre Manche viennent d'en faire l'expérience.

Macron a pour lui la nouveauté, dans un contexte de rejet de la classe politique par les électeurs. Mais est-ce suffisant pour remporter une élection présidentielle ? Pour le politologue Stéphane Rozès, président de CAP et professeur à Sciences Po et HEC, c'est loin d'être le cas. D'abord, se pose la question du positionnement. Le mouvement En Marche n'est «ni de droite ni de gauche » a pu dire son initiateur. Lequel déclare aujourd'hui ne pas être socialiste, mais appartenir à la gauche. Bref, c'est le flou, et beaucoup d'électeurs retiennent le centrisme de l'ex ministre de l'Économie. Un positionnement handicapant pour tout candidat à la magistrature suprême, estime Stéphane Rozès:

L'imaginaire français, ce qui assemble les Français, ce qui reste central, c'est la politique. Cette centralité est historique, elle s'impose depuis des siècles. Et les Français ont construit leur rapport à la politique à travers une dialectique, une conversation sur un mode binaire. Depuis la révolution, elle prend la forme d'un affrontement droite-gauche. Ce qui importe, ce n'est pas la nature de la droite de la gauche -celle-ci a largement évolué-, c'est l'idée du conflit politique. Aujourd'hui, la question première est celle du modèle français dans la mondialisation. Pour la gauche, il est possible de le conserver, pour la droite, il faut l'écorner pour s'adapter au monde. Macron doit sa popularité au fait que, participant à un gouvernement de gauche, donc a priori favorable à la conservation des acquis,  il entendait au contraire jouer la carte de la réforme. Si, désormais hors gouvernement, il n'est pas clairement marqué à gauche, cet atout va disparaître.

 Outre la question d'une candidature Hollande, qui reste assez probable, et qui poserait un sérieux problème à Emmanuel Macron -jusqu'où aller dans la trahison ?- la deuxième condition d'une quelconque chance d'Emmanuel Macron à la présidentielle, c'est c'est le soutien d'un parti.

Sans une formation politique derrière lui, ce n'est pas envisageable de concourir vraiment, affirme Stéphane Rozès.

Cette condition est évidente : comment organiser une campagne forcément lourde sans le soutien d'une base militante suffisamment nombreuse ? Et quelle serait la majorité sur laquelle pourrait compter Emmanuel Macron ? Vers quel parti pourrait donc se tourner l'ex ministre de l'Economie ? Le parti socialiste, puisqu'il a participé à un gouvernement à dominante socialiste ? C'est peu dire qu'il n'est pas en odeur de sainteté rue de Solférino. Et quand bien même. Le Parti socialiste aura, lui, son candidat, issu des primaires socialistes, auxquelles Emmanuel Macron refuse par avance de participer. La posture gaullienne que tenterait d'adopter le rapporteur de la commission Attali risque donc de le mener droit dans le mur.

A première vue, dans un contexte habituel d'affrontement droite-gauche, les ambitions présidentielles d'Emmanuel Macron pourraient in fine servir celles de François Hollande.

« Dans une configuration traditionnelle, Hollande, qui a Montebourg sur son flanc gauche, aurait ainsi un flanc droit avec Macron, ce qui pourrait être pour lui un atout dans la perspective du second tour » estime Stéphane Rozès.

 Cela serait évident si François Hollande était certain de se qualifier pour le second tour. Mais rien n'est moins sûr, dans la configuration électorale actuelle, avec une popularité toujours au plus bas et une Marine Le Pen qui a toutes les chances de se qualifier.

« En fait, Macron pourrait enlever à Hollande ses dernières chances de se qualifier, en lui prenant des voix de centre gauche » juge Stéphane Rozès.

La trahison, jusqu'au bout...

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Commentaires
a écrit le 27/09/2016 à 10:04 :
bonjour je suis reguliement l èmission avec yves calvi (plus maintenant) et j ai éte questionnante sur la phrase de macron "je ne suis pas de droite ni de gauche" cela me parait pas clair car en lisant divers journaux pour moi ne peut pas etre cela
on est de gauche ou de droite nous avons toujours une conviction !
a écrit le 11/09/2016 à 9:30 :
A bas le page du roi 1er. Il est incapable d'aimer la jeunesse que des vieux os du XXème siècle
a écrit le 05/09/2016 à 16:55 :
Il a quand même les banques derrière lui, ce qui en néolibéralisme est un atout majeur.

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