Utiliser au mieux l'open data

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(Crédits : Flickr/r2hox. CC License by.)
Les données ouvertes ("open data") vont devoir prendre le virage de la décentralisation. Par Nicolas Terpolilli, Chief Data Officer chez OpenDataSoft

Le moteur sous-jacent de l'économie numérique depuis les premiers développements d'internet est la décentralisation. Sur le temps long, toute activité finit par être décentralisée. Cela a commencé avec le réseau lui même, l'idée a fait une entrée fracassante dans les habitudes du grand public avec l'échange de fichiers musicaux et aujourd'hui les plus grandes banques du monde se demandent à quel point la décentralisation de la monnaie, notamment avec l'émergence du Bitcoin, peut menacer leurs activités . Si cette architecture s'impose systématiquement c'est parce qu'elle est plus robuste ; son développement, par sa dépendance absolue à chaque noeud du réseau ne se base que sur la volonté des utilisateurs et est donc au plus proche de leurs attentes. Une architecture décentralisée est aussi plus fluide, plus flexible, plus mouvante, s'adapte plus facilement à une nouvelle technologie ou à un nouvel état du marché.

A peu près n'importe quel service numérique peut se construire en imbriquant assez simplement des ressources disponibles à travers le cloud (stockage, calcul, contenus, authentification ou autre). Dans ces conditions, l'innovation et le développement économique passent nécessairement par la réutilisation mutualisée et massive des données issues d'acteurs et de secteurs différents.

La centralisation bloque l'innovation

La centralisation empêche la prise de risque, encourage l'inertie, et transforme en bourbier toute prise de décision, que ce soit avec des guerres théoriques ou des affrontements personnels. L'épisode du développement de logiciel de fiche de paie pour les militaires français en est un exemple éloquent . A contrario, le développement d'internet s'est fait dans la plus grande anarchie, tout un chacun a pu expérimenter, utiliser les langages comme bon lui semblait, pour le meilleur et pour le pire. Et après quelques années de sites clignotants, illisibles, inutilisables, une norme a émergé d'elle-même et aujourd'hui la grande majorité des sites que nous utilisons sont construits sur les mêmes bases. La liberté, et un accès facile et généralisé à la technologie, ont permis le développement de nouvelles pratiques robustes et utiles.

L'Open Data est une composante forte de l'économie collaborative

En parlant d'économie collaborative on pense systématiquement à Uber et BlaBlaCar qui participent tous deux à une redistribution des cartes dans le monde des transports ou à Airbnb qui fait de même dans l'hébergement touristique. Rappelons en quoi consistent ces nouveaux modèles qui ne sont pas réellement des plateformes mais plutôt des "hubs". L'économie collaborative est un cadre permettant une amélioration significative de l'utilisation de ressources. Rien de nouveau, Nicolas Colin rappelle que le mouvement mutualiste de la fin du XIXème siècle était déjà dans cette démarche . De nouveaux moyens techniques ont simplement permis un développement du modèle à une plus large échelle et à de nouveaux secteurs. L'Open Data n'est que la valorisation d'une ressource largement sous-utilisée jusqu'à présent, la donnée!

Des outils simples permettent par exemple à une entreprise de visualiser une partie de ses données, de les partager en quelques clics à une filière à l'autre bout du monde, de la croiser à une donnée ouverte par une autre entreprise ou par une collectivité locale. En parallèle, un ministère peut simplement récupérer les données d'un autre état, accéder aux données d'une entreprise et visualiser le tout sur une carte.

Rares sont ceux qui valorisent les données

Si tout le monde parle de Big Data, rares sont aujourd'hui les acteurs réellement capables de valoriser leurs données. En suivant le principe de Tim O'Reilly qui a inspiré Jeff Bezos le fondateur d'Amazon, "une organisation doit créer plus de valeur qu'elle n'en capture", ces acteurs peuvent donc valoriser un actif à peu de frais. Surtout, pour que cette valorisation soit maximale, la démarche doit décentraliser l'activité autour de la donnée au maximum. Déléguer la valorisation des données aux éléments externes via des données ouvertes et à des collaborateurs internes sans bagage technique en utilisant des solutions simples et claires qui permettent à chaque employé de vérifier et d'implémenter ses idées sans barrière technique. Une entreprise ne peut plus se permettre de voir les données avec le filtre des SSII : ETL, SAP, BI donnant des projets interminables et inchiffrables qui ne laissent aucune place à ceux qui sont les plus proches du métier mais les plus éloignés de la technique.

Le Big Data sera un changement de paradigme si, et seulement si, le processus de valorisation des données est bouleversé, si et seulement si, le poste de Data Analyst est " uberisé" par la multitude de personnes dotées d'outils plus accessibles et si et seulement si les données, ouvertes ou payantes continuent de se propager entre les acteurs.

Des données ouvertes, qui circulent

L'Open Data, comme toute autre initiative, connaît aussi ces débats entre ceux qui souhaiteraient tout normer, qui rêvent d'une démarche centralisée, imposée, systématique, et ceux qui prêchent pour attendre de voir émerger les bonnes pratiques d'elles-mêmes !

Ces nouvelles perspectives autour des données concernent aujourd'hui des villes comme Agen, des grands acteurs de l'énergie et des transports, des ONG, des ministères ou de simples particuliers. Laissons cette multitude d'acteurs construire l'Open Data !

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Commentaires
a écrit le 21/02/2016 à 5:39 :
Les institutions publiques ne libèrent pas leurs données comme elles devraient le faire.

Nous avons demandé à de nombreuses institutions de libérer leurs données (anonymes) 70% ont refusé. Car entre autre peur que cela leur nuise (le commun des mortels auraient pu voir qu'ils se touchent toute la journée).
a écrit le 19/02/2016 à 18:05 :
tres peu de gens valorisent le big data? oui c'etait deja le cas avec le datamining y a15-20 ans.......
les boites veulent un logiciel clickable, et vu que c'est ce qu'on leur promet....
evidemement, vu que ca marche pas comme ca, y a deception, on abandonne, et au tour suivant on se remet quand meme une louche
rassurez vous, c'est le cas avec bcp de logiciels, sauf que pfs le resultat est bcp plus limipde
exemple: grace a mon logiciel de compta, vous etes tellement fort que vous pouvez vous passer d'expert-compable
ca sera vrai jusqu'au jour ou vous aurez rate les delais de depots des declarations, que vous prendrez un controle fiscal et finirez a poils car vous aurez impute n'importe quoi n'importe ou.... la, on voit tt de suite le vilain mensonge..........
ce n'est pas le cas avec le bigdata

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