L'eau et la nature en ville à l'heure du changement climatique

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Lors de la vague de chaleur qui a déferlé sur la France en juin 2015, des citadins se rafraichissent sur le Miroir d'eau du quai de la Garonne, à Bordeaux.
Lors de la vague de chaleur qui a déferlé sur la France en juin 2015, des citadins se rafraichissent sur le Miroir d'eau du quai de la Garonne, à Bordeaux. (Crédits : Reuters)
Le nouvel épisode de canicule qui s'annonce dans les jours qui viennent en France est l'occasion de se remobiliser sur les questions de l'épuisement des ressources naturelles, de la pollution urbaine massive et quasi permanente, du stress hydrique des villes et des effets systémiques qui menacent notre qualité de vie, notre santé et toute la chaîne du vivant. Il est urgent de bâtir ensemble des vies urbaines et des villes saines, viables et durables. Par le professeur Carlos Moreno.

Les journées s'annoncent chaudes dans les jours à venir, en France. Cette fois-ci, c'est le mois de mai qui a été le plus chaud depuis toujours. Mais ce cas se répètera de plus en plus, non seulement en France, mais partout sur notre planète. Plus que jamais le rôle de la biodiversité, du végétal, de l'eau, du vivant sous toutes ses formes est indispensable dans la vie urbaine.

A l'heure des défis majeurs du changement climatique avec la construction urbaine à grande échelle, l'épuisement des ressources naturelles, la pollution urbaine massive est devenue quasi permanente, le stress hydrique des villes et les effets systémiques menacent notre qualité de vie, mettent en danger notre santé et, au-delà, l'ensemble même de la chaîne du vivant. Car le phénomène urbain a bien transformé en profondeur les rapports entre les hommes, l'habitat et la nature. L'émergence des grandes métropoles, le développement croissant des mégalopoles, mais aussi l'effet d'attractivité parfois jusqu'à plusieurs centaines de kilomètres vis-à-vis des villes moyennes et des petites villes sont venus bouleverser les rapports entre nos vies, les espaces urbains, ruraux et la biodiversité dans son ensemble.

Bombe démographique

En l'espace d'un siècle, entre 1950 et 2050, la population urbaine mondiale va passer de 1,5 milliard de personnes à près de 10 milliards. Entre 2000 et 2050, ce ne sont pas moins de 3 milliards de personnes qui s'installeront dans les villes partout sur la planète. Nous vivons ainsi le changement, en moins de 100 ans, d'un monde composé à 70% de ruraux à un monde urbanisé à 70%. Mais nous savons aussi que les espaces urbains participent à hauteur de 70% à la production des émissions de gaz à effet de serre, comme le GIEC l'a largement signalé. Pour la première fois, en 2013, l'activité humaine a ainsi généré un taux de gaz à effet de serre qui dépasse le seuil fatal des 400 ppm, au-delà duquel la pollution met sérieusement en danger l'avenir de l'humanité. Or, les régions urbaines rassemblent plus des deux tiers de la mobilité automobile et au moins 80% des habitations et des bâtiments tertiaires - les trois grands facteurs d'émissions de CO2 et de dégradation de la qualité de l'air.

La voiture, vecteur majeur de l'aménagement urbain depuis un siècle

Quels sont alors les liens entre ces nouvelles offres urbanisées amenées à se développer, et un habitat porté par la préservation de la biodiversité comme élément clé dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour une meilleure qualité de vie? Comment donner une cohérence sociale et spatiale à ces nouvelles typologies d'urbains dans la ville ? Nous avons aujourd'hui à travers le monde une responsabilité urbaine dans la nécessité de placer la biodiversité au cœur de la vie urbaine pour les prochaines décennies à venir. La ville est devenue minérale au fil des années, et ce, à cause de plusieurs facteurs : l'omniprésence de la construction tous azimuts, la place donnée à la voiture comme vecteur majeur de l'aménagement urbain depuis presque un siècle, et l'absence de prise de conscience face au changement climatique. Ces critères ont façonné un univers urbain qui a relégué la biodiversité à une place fonctionnelle, des parcs pour les loisirs, mais une absence de son hybridation, de sa présence dans la vie quotidienne.

Hausse des températures, qualité de vie et paix sociale

Le végétal joue un rôle majeur dans l'impact sur le climat urbain. Les « canyons urbains », les « îlots de chaleur urbain », pièges de chaleur constitués par les bâtiments et l'univers minéral, sont aujourd'hui un danger croissant non seulement pour la qualité de vie mais plus globalement pour la paix sociale. En effet, comment imaginer la vie dans ces ensembles urbains dans les 5, 10, 20 années à venir sans avoir profondément remis en cause le modèle actuel ? Nous constatons des écarts de température entre ces lieux urbains et les lieux environnants à 20 kilomètres de 5°C voire 7°C. Sans aucun doute, il s'agit de l'un de plus importants facteurs de risque social dans les années à venir.

Réduire les besoins d'évasion des citadins

Le végétal fait partie du vivant. Il capture le carbone, et participe au métabolisme de l'ensemble de la vie urbaine.  Mais le végétal est aussi un facteur d'attractivité et de qualité dans les rapports humains en ville. Au-delà du fait de fixer le carbone, le végétal fixe aussi l'humain. Toutes les études montrent que la ville compacte, même très dense, qui a su intégrer le végétal dans l'univers de la vie quotidienne, est une ville dans laquelle ses habitants réduisent les déplacements dits « d'échappatoire », pour aller « chercher du vert ». Cela a donc un effet direct aussi sur les mobilités, et va dans le sens de l'amélioration du chrono-urbanisme, de "la ville du quart d'heure", permettant de bénéficier d'une haute qualité de vie sociétale, en se déplaçant  à tout au plus un quart d'heure de chez soi.

Le cycle de l'eau, enjeu majeur de la décennie à venir

Végétalisation et hydrologie vont de pair. Gérer la ressource eau fait partie des préoccupations qui doivent se trouver aujourd'hui au cœur de la vie urbaine. La fameuse phrase de l'économiste Nicolas Stern dans son rapport autour du changement climatique est aujourd'hui une évidence : il se mesure en température mais se traduit dans notre réalité quotidienne par la pression sur l'eau, qui se raréfie à tous les niveaux : évaporations, pas assez de précipitations ou alors trop violentes, difficultés d'approvisionnement, impacts sur la chaîne alimentaire... Le changement d'attitude par rapport au cycle de vie de l'eau en ville, est l'un des besoins majeurs à affronter dans la prochaine décennie. Il prend tout son sens et devient d'une portée stratégique quand la convergence végétalisation, nature et eau se projettent dans la transition urbaine.

La transition énergétique, avec le changement de paradigme vers des sources décarbonées et renouvelables, est une priorité, certes, mais sera bien dérisoire, si elle n'est pas accompagnée d'une ambitieuse politique urbaine de convergence avec la valorisation du végétal et la reconquête du cycle de l'eau à toutes les échelons de la vie urbaine. Parcs urbains, maillages par les trames vertes et bleues urbaines, réappropriation de l'eau dans la ville par cycles naturels (cours d'eau, rivières, canaux) ou artificiels (espaces d'eau, miroirs d'eau...), lieux de baignade, sont aujourd'hui des actions qui partout dans le monde urbain font appel à la notion du design d'une ville pour tous.

La création et l'existence de l'organisation mondiale des parcs urbains « World Urban Parks » regroupant des initiatives dans le monde entier autour des parcs urbains, des espaces ouverts et des loisirs, est une avancée dans la coordination de tous les acteurs, sur la vision et su les actions qui en découlent. A une époque où la croissance urbaine mondiale  atteindra 70% en 2050, le partage des connaissances en vue de s'exprimer de manière collective sur les parcs urbains, la ville verte, la conservation de la nature, les loisirs, et toute la chaîne systémique qui, de fait, touche le sport, la santé de la population vivant dans les zones urbaines est essentielle. Il s'agit de vouloir bâtir ensemble des vies urbaines et des villes saines, viables et durables.

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Commentaires
a écrit le 08/08/2017 à 11:21 :
EXAT???
a écrit le 29/06/2017 à 22:18 :
L'argent est à l'origine de tout ce gâchis et il est maintenant le moteur de toute cette rhétorique soit disant écologique...
La fin va être douloureuse
a écrit le 21/06/2017 à 13:32 :
De l'utilité du rappel des risques du dérèglement climatique et de l'urgence de la situation ?

J'ai bien peur que depuis le temps que des gens de bonne volonté, les scientifiques, écologistes ou humanistes, crient au risque majeur et proposent des solutions,...
Là comme ailleurs, c'est l’égoïsme si ce n'est la bêtise qui prime, le "c'est a faute des autres" l'emporte sur le quoi faire.
Le comble de l'hypocrisie, étant dans cette forme de mépris envers des lanceurs d'alerte ou les écologistes, sous prétexte qu'ils seraient des donneurs de leçons et des empêcheurs de polluer en rond. Il suffit de voir le score aux élections.
Si personne ne bouge, c'est bien que le problème est quasiment hors de rationalité ou de conscience humaine. Comme si on comptait sur le divin pour corriger nos excès ? On peut attendre longtemps.

Il va être difficile de nous extraire de ce risque collectif majeur. Non pas par manque de moyens (quand on voit la mobilisation et les moyens énormes pour lutter contre des menaces moindres), mais par manque de clairvoyance et de cohérence. Si la sauvegarde de la planète n'est pas une question majeure de sécurité, on peut se demander ce qui l'est ? Il faudrait y consacrer 2 % du PIB.

Heureusement il y a toujours les démarches individuelles et les bonnes volontés et chacun fait ce qu'il peut à son niveau.
Bon courage à Nicolas Hulot et merci d'essayer.
a écrit le 21/06/2017 à 13:18 :
Il manque un chapitre à cette analyse.
On a fait croire aux citoyens qu'avancer l'heure légale permettrait d'économiser l'énergie. Même le WWF croit encore que la “DST” est bonne pour la planète! En fait les surconsommations induites ont rendu depuis longtemps NEGATIF le bilan énergétique du système “heure d'été”. Et par exemple, à Paris, on sort du travail autour de 17-18 heures, au pic de chaleur! Cela augmente encore plus la pollution atmosphérique et la fourniture de calories au mauvais moment.
Réponse de le 24/07/2017 à 17:35 :
oui mais là vous réfléchissez.... c'est trop facile
Réponse de le 24/07/2017 à 18:24 :
La preuve par l'absurde...Depuis plusieurs années, on a lancé "Une heure pour la planète", dans le but de sensibiliser aux économies d'énergie paraît-il. Les villes rivalisent pour installer de plus en plus de lampes....Vingt LED consomment plus qu'une ou deux incandescentes..On n met cent!..Et bonjour la pollution lumineuse, car cela éclaire encore plus "a giorno" 365 jours pendant 365 jours par an moins 22 heures ! Adieu les étoiles ! Cela fait de belles photos pour la Station spatiale, mais on va le payer cher !
a écrit le 21/06/2017 à 11:48 :
Les citadins se sont exclus à tort, depuis des centaines d'années, de la vraie vie et des vraies énergies... Cela se paye (pas que côté pollutions, surpopulations, immigrations folles...) ! La gestion des naissances humaines rt des paysages prime !
- greenjillaroo.wordpress.com

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