Manifeste pour des villes vivantes et sans voiture

 |   |  1844  mots
(Crédits : Reuters)
La ville de Paris organise le dimanche 25 septembre une nouvelle journée "Paris sans voiture", sur fond de polémiques autour de la fermeture des voies sur berges. La Tribune et le site El País Planeta Futuro publient à cette occasion un manifeste d'experts urbains pour démontrer que des villes où l'on respire, c'est possible ! Par Ludo Campbell-Reid (1), Auckland – Pilar Conesa (2) et Boyd Cohen (3), Barcelona – Sunil Dubey (4), Sydney – Karuna Gopal (5), Hyderabad – GIUI (6), Guangzhou – Christer Larsson (7), Malmö – Carlos Moreno (8), Paris – Jorge Perez Jaramillo (9), Medellin – Germanico Pinto (10), Quito – Gaëtan Siew (11) et Zaheer Allam (12), Port Saint Louis – Brent Toderian (13), Vancouver.

Une nouvelle édition de « Paris sans voitures » aura lieu le 25 septembre prochain.

Un vaste périmètre de la ville sera fermé à la circulation automobile et les voies seront ainsi mises à disposition des citadins.

Nous voulons aborder la problématique de la ville et des voitures, à la lumière de nos travaux en tant qu'experts internationaux que nous sommes.

Présents sur les 5 continents, nous nous intéressons à comprendre la dynamique du développement urbain dans le monde, la croissance des villes, le changement de paradigme et la manière comme celles-ci font face aujourd'hui aux exigences de la vie urbaine, en particulier en ce qui concerne la mobilité.

Les rapports concernant la santé urbaine et le lien avec la pollution de l'air et en particulier les particules fines, liés au trafic automobile, se multiplient depuis de nombreuses années dans le monde.

Au niveau mondial, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a créé une base de données sur la pollution atmosphérique urbaine.

L'OMS a pu comparer les niveaux de petites particules et de particules fines (MP10 et MP2,5) dans 795 villes de 67 pays sur une période de 5 ans (2008-2013).

Avec sa mise à jour en  2016, l'OMS signale que la pollution atmosphérique en milieu urbain continue de progresser à un rythme alarmant, avec des effets dévastateurs pour la santé humaine.

Plus de 80% des gens vivant dans des zones urbaines où la pollution atmosphérique est surveillée, sont exposés à des niveaux de qualité de l'air ne respectant pas les limites fixées.

Le poids des villes dans le monde comme épicentre de l'activité humaine nous amène à être confrontés à une mutation urbaine, où se joue bien plus qu'un problème de santé publique.

Nous sommes face à un enjeu profond de choix urbains incarné et visible aujourd'hui.

Notre engagement comme experts est de contribuer à ce que nos villes luttent de manière systémique contre la pollution de l'air, pour la ré appropriation de la ville par les piétons, pour que l'eau et la biodiversité soient mises en avant comme sources et lieux de vie, pour que la dynamique citoyenne et sociale s'exprime dans les espaces publics, qui seront confortés et agrandis, y compris en gagnant de la place par la  fermeture des autoroutes urbaines aux voitures, et en repoussant les voitures de nos centres-ville.

Il s'agit aussi d'être à la hauteur de défis qui se posent en ce siècle pour réinventer la vie dans nos villes, retrouver son identité, contribuer à les rendre plus polycentriques, respirables, vivables, fluides et d'imaginer d'autres modes d'y habiter, de travailler, de se déplacer et de sentir la ville.

Déjà aujourd'hui la ville où l'on marche, celle des vélos et des voitures électriques partagés, ou aérienne avec le métro câble, ou en bateau bus, toutes ces villes nous sont familières.

D'autres sont à venir avec la mise en place de bus à la demande et de nouveaux modes de transport avec les navettes électriques urbaines autonomes, les voitures sans conducteur et d'autres manières de se déplacer en utilisant les avancées technologiques dans tous les domaines, tels les matériaux, l'énergie, la chimie, l'Internet des objets, le big data... etc.

Au siècle des villes, des villes - monde, un effort majeur nous est indispensable pour que tout l'éco système urbain participe avec créativité, et engagement à la transformation de nos villes, pour les rendre vivables et vivantes.

Dans chacune de nos villes, nous pouvons témoigner d'efforts dans ce sens. En partageant ces exemples au travers le monde, nous voulons montrer que cette problématique est mondiale et que nous pouvons apporter des solutions pour construire un futur urbain où la qualité de vie sera au centre des préoccupations.

Auckland

Auckland, ville de voitures, subit une révolution urbaine. Son bord de mer a été ouvert pour les gens, la totalité du parrainage de transport public a augmenté de 140% depuis 1994 (le Rail en hausse de 1.200%) et ses rues bouchées par les voitures sont en train d'être transformées en un circuit vivant de ruelles composées d'espaces partagés où les entreprises fleurissent avec une augmentation significative de 440% dans les recettes en hôtellerie-restauration et vente au détail, et le piéton est Roi !

Barcelone

Historiquement, Barcelone a stimulé l'utilisation du transport public, qui est aujourd'hui intensifié par le réseau orthogonal de bus. Le pari sur l'utilisation intensive de la bicyclette et le projet novateur "des superblocs ", qui minimise l'utilisation de la voiture et promeut l'utilisation de l'espace public par le citoyen.

Guangzhou

La fréquentation quotidienne des transports publics dans la mégalopole de Guangzhou est une des plus dense au monde, transportant quasiment la population entière de la Suède en une seule journée. Son système de Bus à la demande (BRT Bus Rapid Transit) et le programme de partage de vélo font partie des plus importants au monde, se concentrant sur l'élimination des "dépendances à la voiture" dans l'une des villes au monde connaissant la croissance la plus rapide.

Hyderabad

Pour décongestionner le trafic, le gouvernement de l'État a planifié divers projets pour améliorer les transports en commun : le Métro Rail de Hyderabad et le Club de Cyclisme de Hyderabad. Pour la connectivité du dernier kilomètre, le Club de Cyclisme d'  Hyderabad (HBC), le Métro d'Hyderabad (HMR) et UN Habitat ont conclu un protocole d'accord tripartite pour assurer aux passagers du Métro, la connectivité du premier et du dernier kilomètre : environ 10,000 bicyclettes incluant des e-vélos seraient rendues disponibles dans 300 Stations de Vélo. 63 stations de vélo seront accessibles aux stations de Métro, le reste constituera des stations d'approvisionnement réparties un peu partout dans Hyderabad.

Malmö

Le plan de la circulation et de la mobilité de la Ville de Malmö rend compte comment une approche de planification holistique peut réaliser une amélioration de la qualité de la vie pour la plupart des résidents, des visiteurs et des autres acteurs de Malmö. Le plan se saisit de la planification et clarifie comment le travail devrait progresser vers une ville de courte distance plus fonctionnellement mixte, dense et verte.

 Medellin

À Medellín, "À la manière des Gens", la vie citoyenne et la mobilité multimodale sont les priorités aujourd'hui. Nous avons redécouvert la valeur de la marche à pied et du vivre ensemble. Nos villes ne fonctionneront pas mieux, ne seront pas plus fonctionnelles, durables, équitables, compétitives, saines et heureuses, tant qu'il y aura des voitures. "À la manière des Gens", voilà une notion qui est capitale pour la vie publique et le bien vivre en ville.

Paris

Paris développe un programme ambitieux pour appliquer les accords de la COP21. La fermeture des autoroutes urbaines au bord de la Seine, la réappropriation de la ville par les piétons, le réaménagement des places publiques et la mise en valeur de la nature et de la biodiversité, ainsi que des zones de baignade urbaines, les Champs-Élysée rendus aux piétons une fois par mois, sont autant d'exemples concrets de cet engagement. Paris est une grande capitale mondiale pionnière dans l'utilisation intensive de vélos et des voitures électriques partagées.

Port Saint Louis

L'Ile Maurice, comme un pays africain naissant. Depuis des millénaires, les villes ont joué un rôle moteur dans les politiques, et c'est le cas pour Port-Louis, qui se trouve à un carrefour de son l'histoire, entre changement politique et changement sociétal. Nous sommes témoins d'un déplacement quotidien de centaines de milliers de personnes, et de plus de 100 morts par an, liés aux accidents de la route. Résoudre la question des voitures sera primordial pour une Ile Maurice saine.

Quito

À la veille de la Conférence de L'ONU Habitat III à Quito, la question d'une ville sans voitures doit être posée de façon globale. À Quito, il y a eu pendant presque une décennie un effort pour faire diminuer la voiture personnelle dans les rues par plusieurs politiques avec une tendance vers le renforcement des transports en commun. Il est stupéfiant que seulement 20% des trajets soient faits en voitures privées alors que les voitures occupent plus de 80 % des rues. Il y a un projet pour éliminer les voitures dans le Centre Historique de la ville qui devrait être mise en oeuvre.

Sydney

Il y a une nouvelle sorte de 'revendication' à l'heure actuelle à Sydney, qui relie les expériences urbaines, les immenses trésors d'héritage urbain, et l'augmentation équitable dans les économies locales. Le phénomène de la "Ville de la Marche à pied" à Sydney" aspire à exposer des réflexions sur le "droit à la ville " et à révéler des gens attentifs à l'économie, la société et la culture.

Vancouver

Comme beaucoup de grandes villes dans le monde entier, Vancouver est en train de donner la priorité à nos rues et à nos lieux, pour les habitants plutôt que pour des voitures. Ce n'est pas "une guerre contre la voiture," c'est un combat pour une meilleure ville pour TOUS ! Quand nous faisons de la marche à pied, du vélo et que les modes d'accès sont plus fluides, qu'ils prennent moins d'espace et moins d'argent public pour permettre à plus de personnes de se déplacer, ça "marche" mieux pour tout le monde, y compris pour les conducteurs !

Perspectives globales

Certains déterministes technologiques nous feraient croire que l'avenir des transports dans les villes passera par des véhicules ultra efficaces et autonomes, des services de navettes transportant des citoyens et des visiteurs partout dans la ville sur le modèle de l'auto partage. En fait, cet avenir est en train d'être testé par Uber à Pittsburgh aux EU en ce moment même. Comme vous pouvez le voir dans cette discussion sur les villes sans voiture (ou avec une présence automobile réduite), nous parions que l'avenir de la mobilité dans les villes réside dans le recentrage sur les gens, et non sur la technologie et que nous devons en réalité effectuer un "retour vers le futur " quand les rues étaient envisagées comme des espaces communs donnant la priorité aux piétons et aux cyclistes. Cette transition devra faire preuve de vrai leadership via les conseils municipaux et la citoyenneté intelligente qui doit exiger et participer à un avenir sans voiture pour nos villes.

______

(1) City Design Champion Auckland,

(2) CEO Anteverti and Smarty City Expo World Congress curator,

(3) Professor of Entrepreneurship & Sustainabilty, EADA Business School, Barcelona,

(4) Senior Advisor Metropolis World Association,

(5) President of the Foundation for Futuristic Cities India,

(6) Guangzhou Institute for Urban Innovation (GIUI),

(7) Director of City Planning Malö,

(8) Professor, Smart City expert and the Mayor of Paris' Special Envoy for Smart Cities,

(9) Architect, former chief planner for Medellin,

(10) President Corporación Ciudad Smart Quito, former Minister of Ecuador,

(11) CEO Global Creative Leadership Initiative, former President of the International Union of Architects

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 25/09/2016 à 9:51 :
25 septembre... Paris ville morte !! Plus sérieusement, si la pollution soit disant progresse dans les villes, alors que les voitures polluent de moins en moins, c'est peut être que le problème est ailleurs, non ? En France, en tout cas, et on peut raisonnablement penser qu'il en est de meme en Europe, la pollution atmosphérique n'a cessé de decroitre depuis 25 ans. Des polluants, comme le plomb, ont meme totalement disparu. Donc ce serait bien qu'on se calme un peu avec cette pensée unique autophobe...
a écrit le 25/09/2016 à 9:51 :
25 septembre... Paris ville morte !! Plus sérieusement, si la pollution soit disant progresse dans les villes, alors que les voitures polluent de moins en moins, c'est peut être que le problème est ailleurs, non ? En France, en tout cas, et on peut raisonnablement penser qu'il en est de meme en Europe, la pollution atmosphérique n'a cessé de decroitre depuis 25 ans. Des polluants, comme le plomb, ont meme totalement disparu. Donc ce serait bien qu'on se calme un peu avec cette pensée unique autophobe...
a écrit le 24/09/2016 à 11:38 :
Oui mais là voiture n'est que la conséquence d'une société organisée autour de l'économie. Valider l'humanité au service de l'économie c'est faire le choix d'une société reposant sur la concurrence entre individus et non reposant sur la force du lien social phénomène qui nous a pourtant fait évoluer depuis des millions d'années.

La voiture n'est donc pas la bonne cible. Si les gens doivent rouler à 20km/h a vélo ils ne pourront pas se parler non plus.
Réponse de le 26/09/2016 à 11:30 :
Oui, et surtout, ils ne pourront pas aller bosser très loin, non plus. Cela risque à la fois d'augmenter le chômage et de faire baisser le PIB. Et je doute que les Parisiens, déjà très égoistes sur ces questions de bagnoles, acceptent qu'on réintroduise des usines polluantes dans Paris. La seule conséquence de ce genre de mesures, c'est une gentrification des centres urbains avec l'impossibilité pour le petit peuple d'y accéder, soit en termes de logement, soit en termes d'emplois.
a écrit le 21/09/2016 à 12:12 :
Il suffit de se rendre à Copenhague pour voir comme notre système est archaïque. Des vélos et transports publics partout. Peu de voitures. Mais ici, les franchouillards râleurs se plaignent des embouteillages mais poussent des cries d'orfraie qd on piétonnise...
Réponse de le 22/09/2016 à 18:34 :
Si vous voulez faire croire que dans Copenhague, on ne peut pas circuler en voiture, c'est totalement faux. On peut même s'y garer, il y a des places de parking partout, pas de ralentisseur, pas de bordure beton de 50 cm de haut, pas toutes ces horreurs que l'on fait en France ! Autre précision : la population de Copenhague et sa banlieue est de 1 million d'habitant, rien à voir avec paris donc !
a écrit le 21/09/2016 à 10:26 :
Les villes sont plus agréables si elles sont réservées aux happy-few qui ont les moyens de s'y loger. Les millions de banlieusards peuvent venir y travailler en s'entassant dans les transports en commun.
Réponse de le 21/09/2016 à 16:02 :
C'est ce qu'ils font déjà car mieux vaut s'entasser dans les transports que de rester bloqué dans une voiture qui coûte bcp plus cher et d'être licencié pour retard. Alors autant qu'ils profitent d'une ville plus verte eux aussi d'autant que la pollution se déplace, Fontainebleau par exemple est parfois plus pollué que Paris. Le prix de l'immobilier n'étant pas en l'espèce lié à plus d'espaces verts dont ils bénéficient d'ailleurs plus souvent en banlieue.
Réponse de le 22/09/2016 à 18:47 :
@ scientifique : visiblement vous ne connaissez pas les transports parisiens. Je vous invite à venir découvrir la joie de prendre la 13 aux heures de pointe, si vous arrivez à rentrer dans une rame ! En revanche, la où je vous rejoins c'est sur la pollution. Il n'y a pas de pic de pollution dans paris en dehors de certaines conditions météorologiques naturelles pour l'ozone, et en dehors des périodes d'épandage pour les particules fines. Rien a voir avec le transport (ou si en fait dans le métro ou les seuils définis par l'oms sont dépassés en permanence), même si les piles à combustible permettraient de s'affranchir du pétrole, ce qui serait un grand pas en avant pour éviter de se faire racheter par les pétrodollars.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :