Hugo Mercier, le marchand de sable digital

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(Crédits : DR)
Ingénieur, polytechnicien et innovateur, Hugo Mercier a cofondé en 2014 la startup Rythm qui donne naissance au bandeau Dreem, un objet connecté chargé de surveiller l'activité cérébrale et de transmettre des stimulations sonores afin d'améliorer la qualité du sommeil profond.

Hugo Mercier n'a que 25 ans mais il empile déjà les diplômes les plus prestigieux : bac scientifique à 14 ans, puis ISAE Supaéro, l'université de Berkeley en Californie et Polytechnique. Le jeune homme, distingué récemment par le MIT comme un des dix meilleurs entrepreneurs français de moins 35 ans, passe deux ans à Supaero avant de découvrir que l'innovation et l'entrepreneuriat l'intéressent plus que l'espace. « En 2013, Polytechnique a créé un double diplôme avec Supaero, avec des cours plus orientés business. J'ai fait une demande sur dossier qui a été acceptée », raconte Hugo Mercier. Son intérêt pour l'entrepreneuriat s'exprime en parallèle de ses études : le jeune ingénieur de 22 ans développe ainsi des projets comme la création de l'incubateur de Supaero, ou le conseil aux entreprises dans le cadre du Numa.

« J'ai travaillé avec Marie-Vorgan Le Barzic, la cofondatrice, qui malgré mon jeune âge m'a confié très vite des responsabilités sur plusieurs projets, comme la création d'un fonds d'investissement », explique ce fils de catcheur professionnel.

Le futur cofondateur de Dreem avec Quentin Soulet de Brugière arrive dans l'univers des neurosciences par le biais de sa famille :

« Mon grand-père est atteint d'Alzheimer et je trouvais cette maladie vraiment affreuse. J'avais envie de comprendre ce qui se passait d'un point de vue cérébral. »

Il se tourne alors vers son oncle Stéphane Charpier, professeur de neurosciences à l'Université Pierre-et-MarieCurie (Paris VI), et découvre une équipe qui travaille depuis 2006 sur ce concept d'amélioration de la qualité du sommeil grâce à la stimulation cérébrale auditive.

« L'idée de base est relativement simple : le cerveau régule notre sommeil. Si on arrive à changer son activité par des biais externes, il est possible d'améliorer la manière dont on dort », explique le polytechnicien.

En janvier 2014, Hugo Mercier se rend compte que son projet de transposer les outils de la recherche (40 électrodes sur le crâne) dans un produit grand public ne va pas être simple, car il n'existe rien de comparable. Ce qui n'empêche pas les deux cofondateurs de créer Rythm en juillet de la même année, et de lever des fonds grâce à la rencontre avec Laurent Alexandre (fondateur de Doctissimo, de DNAVision et actionnaire de La Tribune) qui les soutient et investit une somme conséquente dans le projet. En trois ans, Rythm lève 20 millions d'euros, dont une partie par Xavier Niel à titre personnel et une autre par le fonds de la Maif.

dreem

Une recherche sur 500 personnes

Rythm développe d'abord plusieurs prototypes avant de fabriquer en juillet 2016 une version bêta du bandeau Dreem.

« Nous ne voulions pas lancer directement le produit à large échelle sans prendre le temps de valider la technologie », précise Hugo Mercier.

Plus de 7.000 personnes s'inscrivent en quelques semaines sur le site de la société et Rythm en sélectionne 500 qui vont utiliser Dreem durant près de dix mois.

« C'est l'un des plus grands projets de recherche en sommeil de l'histoire. Ils sont en général limités à une dizaine de personnes sur quelques nuits. Nous, nous avons eu 500 personnes pendant dix mois, soit 40.000 nuits », se félicite le jeune scientifique.

Un programme qui a permis de valider cette technologie capable de répliquer les niveaux de performance des équipements de laboratoire avec un produit miniaturisé (seulement six capteurs), léger (80 grammes) et surtout qui fonctionne tout seul. « C'est le bandeau qui lit et analyse l'activité cérébrale en temps réel, et déclenche les stimulations audio, alors qu'en laboratoire ce sont les chercheurs qui le font », précise le cofondateur de Rythm.

À l'époque, Dreem augmente la qualité de sommeil profond de 32 % en moyenne, d'après Hugo Mercier. L'équipe développe ensuite un produit un tiers plus petit et un tiers plus léger, le perfectionne (mesure du rythme cardiaque et de la fréquence respiratoire) et élargit la gamme de ses fonctionnalités.

En plus de l'induction de sommeil profond et du réveil optimisé, Dreem propose désormais quatre techniques qui réduisent le temps d'endormissement de 45 %, par exemple en jouant des sons ou en prononçant des mots.

Pour pouvoir personnaliser les programmes, Rythm doit stocker les données pour effectuer du machine learning. « Nous avons une politique de transparence et un engagement éthique : ces données ne seront jamais vendues à des tiers », affirme l'ingénieur.

Garanti deux ans, le bandeau Dreem est disponible en précommande sur le site https://dreem.com/fr/ pour 399 euros. Le prix à payer pour s'endormir en mode 3.0...

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TIMELINE

  • Été 2017 Version deux perfectionnée disponible en précommande sur le site.
  • Juillet 2016 Version bêta du bandeau Dreem.
  • 2013-2015 École Polytechnique.
  • Juillet 2014 Création de Rythm avec Quentin Soulet de Brugière.
  • Janvier-avril 2014 Missions de business développement au Numa.
  • 2014 Semestre à l'Université de Californie, Berkeley (programme intensif
    en big data, neurosciences et entreprenariat).
  • Décembre 2013 à juillet 2014 Cofondateur de FeedPad, programme de promotion pour la grande distribution.
  • 2010-2013 ISAE-Supaero.
  • 2007-2010 Classes préparatoires au lycée Lakanal, à Sceaux (92).
  • 2007 Bac scientifique option mathématiques.
  • 10 juillet 1992 Naissance à Aurillac (15).

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Commentaires
a écrit le 09/10/2017 à 7:59 :
On sait que la qualité de notre sommeil depend notamment de l'activité que l'on a avant d'allet se coucher. Les tablettes smattphones et ordi sont à proscrire....et lui nous invente une appli qui va au surplus fonctionner en wifi....😁 Monde débile quand tu nous tiens😂
Réponse de le 10/10/2017 à 0:02 :
Le wifi n'est utilisé qu'après le sommeil pour envoyer les données reçues pendant le sommeil. J'ai bien peur que la dernière phrase de votre commentaire ne s'applique pas au bandeau.

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