Le streaming musical s’enracine enfin en France

 |   |  1152  mots
Le chiffre d'affaires du streaming musical franchit la barre symbolique des 100 millions d'euros (104 millions), soit une croissance spectaculaire de 45% sur un an et une multiplication par cinq en cinq ans.
Le chiffre d'affaires du streaming musical franchit la barre symbolique des 100 millions d'euros (104 millions), soit une croissance spectaculaire de 45% sur un an et une multiplication par cinq en cinq ans. (Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)
Même s’il ne compense toujours pas le déclin des ventes physiques, le chiffre d’affaires du streaming musical a fortement progressé en 2015 et dépasse le cap symbolique des 100 millions d’euros. L’évolution rapide des usages et le basculement vers le consentement à payer pour écouter de la musique sur Internet, rassurent l’industrie culturelle, qui entrevoit enfin la lumière au bout du tunnel.

Le grand méchant loup qui porte le nom de "révolution numérique", qui atomise les secteurs traditionnels, ne fait plus peur à l'industrie de la musique. Mieux, elle s'en réjouit. Car en 2015, l'écoute en ligne (ou streaming musical) s'est enfin imposée comme la planche de salut tant espérée par la profession. Désormais, 3 millions de Français, soit 1 million de plus en un an, sont abonnés à un service de streaming (Deezer, Spotify, Apple Music, Tidal, Qobuz...).

Cette proportion représente 5% de la population hexagonale. Il s'agit d'un seuil important, car il place le streaming dans la catégorie des services grand public et non plus dans celle des secteurs de niche. "L'industrie de la musique a franchi un cap majeur", s'est réjoui Guillaume Leblanc, le directeur général du Snep, à l'occasion de la présentation des résultats 2015 du marché de la musique. "Le streaming s'affirme enfin comme le moteur de la croissance de la musique enregistrée", ajoute-t-il.

Le "consentement à payer" sur Internet progresse

Dans le détail, le chiffre d'affaires du streaming musical franchit la barre symbolique des 100 millions d'euros (104 millions), soit une croissance spectaculaire de 45% sur un an et une multiplication par cinq en cinq ans. Le marché numérique en général (streaming + téléchargements) pèse 152,3 millions d'euros (+14,7%). Plus rassurant encore pour les producteurs comme Universal, Sony ou Warner, membres du Snep, "2015 a montré qu'il existe un vrai modèle économique, pérenne, pour ce secteur", note Stéphane Le Tavernier, le PDG de Sony Music France.

Effectivement, l'abonnement payant explique à lui seul cette croissance. En un an, la part du streaming par abonnement par rapport à l'ensemble du marché numérique est passée de 36% à 55%, au détriment du téléchargement et du streaming gratuit financé par la publicité. "Le streaming par abonnement représente près de 80% du chiffre d'affaires du streaming et draine désormais plus de la majorité des revenus numériques", souligne Guillaume Leblanc. Cette croissance révèle surtout que le public se montre de plus en plus réceptif à l'idée de payer pour écouter de la musique en ligne. "Les mentalités évoluent, de plus en plus de gens sont prêts à payer pour un service de qualité et sans publicités sur Internet", résume Stéphane Le Tavernier.

Cette accélération de la mutation des usages s'explique par une année 2015 très mouvementée. L'arrivée tonitruante d'Apple Music, le 1er juillet, a d'abord terrorisé les leaders en place comme Deezer, Spotify et les petits services comme Qobuz. Mais finalement, tout le monde y a trouvé son compte. Car grâce à son attrait médiatique et à sa puissance financière, la marque à la Pomme a su braquer les projecteurs sur ce secteur d'avenir et évangéliser une nouvelle partie du grand public au streaming musical. Le tout sans pénaliser durablement ses concurrents, qui ont poursuivi leur croissance. Un signe, selon les experts, que le marché n'a pas fini de grandir.

Autre facteur non négligeable, la diversification des offres (forfaits "famille", premium avec grande qualité d'écoute...) montre que le marché se structure et s'adapte pour toucher un plus large public aux attentes différentes. L'augmentation de l'utilisation des services (18 milliards de titres ont été écoutés en ligne en 2015 en France, contre 9 milliards en 2013 et 12 milliards en 2014) et l'extension du catalogue à des artistes majeurs comme les Beatles, Led Zeppelin ou ACDC, révèlent aussi que le streaming vient progressivement à bout des réticences. Désormais, les artistes qui résistent aux sirènes de Spotify ou d'Apple Music sont de plus en plus rares, même si le refus catégorique d'Adèle, qui a préféré se passer de ces plateformes pour son nouvel album, a fait grand bruit à l'automne dernier.

Le marché physique domine toujours

Ces excellentes nouvelles en viendraient presque à faire oublier que dans son ensemble, le marché de la musique affiche encore une baisse en 2015. Avec un chiffre d'affaires global de 543 millions d'euros contre 570 millions en 2014, le marché perd 4,7% sur un an. Aussi spectaculaire soit-elle, la croissance du numérique (+14.7%) ne compense toujours pas le déclin du physique (-15.9%).

Signe que la transition digitale est encore loin d'être achevée, le marché reste dominé par les ventes de CD et autres supports physiques, qui représentent 61% des revenus. Il faut dire qu'on part de loin : en 2010, la part du physique atteignait 84%. "En termes d'usages numériques, la France se classe toujours loin derrière les pays nordiques, les Etats-Unis et le Royaume-Uni", note Guillaume Leblanc.

Mais la tendance est claire. Car dans le segment physique, seul le vinyle tire son épingle du jeu. Avec 750.000 exemplaires vendus, les ventes des "galettes" progressent pour la quatrième année consécutive. Une performance qui s'explique par l'aura "vintage" du vinyle et sa qualité sonore. "Le vinyle restitue au mieux la beauté et la qualité du son, d'où son retour en force, notamment auprès des jeunes", explique Thierry Chassagne, le président de Warner Music France. Mais il ne s'agit que de l'arbre qui cache la forêt : le vinyle ne représente que 2,3% du chiffre d'affaires du marché physique.

Selon les professionnels du secteur, les attentats du 7 janvier et surtout du 13 novembre ont aussi joué un rôle dans le déclin des ventes physiques en 2015. Dans un contexte morose, les enseignes culturelles ont souffert. Mais il faut aussi prendre en compte la décision de la Fnac, premier vendeur de disques en France, de limiter ses stocks de disques aux seules nouveautés.

Les revenus numériques dépasseront ceux du CD en 2017

Même si le streaming musical a prouvé en 2015 qu'il pourrait "sauver" une industrie musicale à la dérive, cette santé reste fragile, met en garde le Snep. La question de la rémunération issue du streaming vidéo doit être abordée, estime le syndicat. "L'image devient le moteur, le point d'entrée principal de l'écoute de la musique", remarque Stéphane Le Tavernier, le PDG de Sony Music France. Effectivement, YouTube pèse 65% des titres écoutés dans le monde, mais ne représente que 10% des revenus de la musique. Le service de Google dispose d'un statut d'hébergeur, qui n'a pas été modifié, en France, depuis 1995. Bien avant la révolution Internet.

Quoi qu'il en soit, l'industrie de la musique hexagonale est persuadée de vivre les dernières années de sa transition numérique. Selon les projections, le nombre d'abonnés aux services de streaming devrait dépasser les 4 millions fin 2016. Et les revenus numériques devraient dépasser ceux du physique dès 2017. Le début d'une nouvelle ère.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 10/03/2016 à 9:20 :
La Bourse n'avait pas voulu de Deezer en octobre 2015, mais ce genre d'article sent le pré-chauffage pour une nouvelle tentative d'introduction.
Qui sera moins ambitieuse, puisque Deezer a trouvé un peu de fric entretemps, et risque donc d'être mieux reçue.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :