Pourquoi les Français se méfient d'Internet comme de la peste

 |   |  1105  mots
L'enjeu pour les entreprises est d'intégrer l'idée qu'elles seront plus attractives et compétitives si elles prennent en compte la dimension de confiance dans l'économie numérique, a indiqué la secrétaire d'Etat au Numérique et à l'Innovation, Axelle Lemaire, lors de la présentation du baromètre.
"L'enjeu pour les entreprises est d'intégrer l'idée qu'elles seront plus attractives et compétitives si elles prennent en compte la dimension de confiance dans l'économie numérique", a indiqué la secrétaire d'Etat au Numérique et à l'Innovation, Axelle Lemaire, lors de la présentation du baromètre. (Crédits : © Pawel Kopczynski / Reuters)
Même si les Français utilisent massivement Internet dans leur vie quotidienne, leur méfiance atteint de nouveaux sommets. La crainte des escroqueries et des piratages, l'inquiétude autour de la collecte et de l'utilisation des données personnelles par les entreprises, n'ont jamais été aussi importantes, note le cinquième Baromètre de la confiance des Français dans le numérique.

Le désamour perdure et s'accroît entre les Français et Internet. L'an dernier, la 4è édition du Baromètre de la confiance des Français dans le numérique notait déjà qu'ils s'en méfiaient comme la peste. Mais dix-huit mois plus tard, le fossé s'est encore élargi, de manière parfois spectaculaire.

Réalisée par l'institut Harris Interactive pour l'Association pour le commerce et les services en ligne (Acsel) et la Caisse des dépôts, la 5è édition du fameux baromètre constate un paradoxe. D'un côté, l'utilisation d'Internet se généralise dans la population. 87% des Français surfent sur la Toile tous les jours pour acheter, consulter l'actualité et les réseaux sociaux, effectuer des démarches administratives ou encore vérifier ses comptes. Cette proportion atteint même 100% chez les 15-24 ans, 99% chez les 25-39 ans, et 91% chez les 40-59 ans. Quant aux séniors, ils s'y mettent de plus en plus. En un an, la proportion de sexagénaires utilisant tous les jours Internet est passée de 73% à 76%, et de 32% à 38% chez les plus de 70 ans.

"On atteint un palier, sauf auprès des plus âgés par effet de rattrapage. Mais Internet est désormais généralisé et on ne peut plus revenir en arrière. Toutes nos activités quotidiennes sont impactées par le numérique", analyse Cyril Zimmermann, le président de l'Acsel.

La confiance à des niveaux historiquement bas

D'un autre côté, la confiance dans les services qui sont pourtant utilisés tous les jours par les Français n'a jamais été aussi basse. Ainsi, 63% des sondés n'ont pas confiance dans l'usage d'Internet (37% de confiants, dont seulement 4% de très confiants). Un record depuis la création de l'indice, il y a neuf ans. Paradoxal ? En fait, les Français sont plutôt résignés, estime l'étude. Près de neuf sur dix (87%) se disent conscients des dangers à utiliser Internet, mais reconnaissent qu'ils ne peuvent s'en passer et préfèrent passer outre leurs craintes pour bénéficier de services numériques. Le pragmatisme avant tout.

Les niveaux de confiance diffèrent selon les services utilisés. L'étude remarque que plus l'usage est généralisé et régulier, plus la confiance est importante. Ainsi, l'e-administration (impôts en ligne, Sécurité sociale, inscriptions scolaires...) élimine progressivement les réticences du public : 75% des Français font confiance en ces services (+8 points en 18 mois). Le e-commerce et la consommation collaborative (sites de trocs, d'échanges, covoiturage, petites annonce...) progressent eux-aussi, même si les niveaux de confiance sont à peine bons : 58% pour le e-commerce (+14 points) et 55% pour la consommation collaborative (+11).

En revanche, plusieurs secteurs peinent à inspirer la confiance. C'est le cas de la banque en ligne, qui ne rassure que 61% des sondés (-11 points en 18 mois), et, surtout, des réseaux sociaux. La confiance en Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat et les autres a chuté de 15 points, pour un score minuscule de 28%, alors que plus de 65% des Français utilisent au moins un réseau social.

« Il y a dix-huit mois, nous avions posé la question juste après les attentats de Charlie Hebdo, où les réseaux sociaux avaient été très utiles, ce qui avait entraîné une plus grande confiance. Aujourd'hui, les Français ont à nouveau une approche plus distancée », nuancent les auteurs de l'étude.

"La pression commerciale atteint un niveau de plus en plus insupportable"

"A mesure que la société se numérise, la population perçoit de plus en plus clairement les risques de piratages, les dangers des virus et des vols des données personnelles", explique Cyril Zimmermann. L'actualité joue aussi un rôle dans cette défiance historique. Le scandale Yahoo, qui a révélé un piratage de 500 millions de comptes en septembre, l'avertissement donné à Cdiscount par la Cnil pour sa sécurisation très légère des données bancaires, les ravages des ransomwares comme le virus Cerber, entretiennent un climat de paranoïa autour de l'utilisation de nos données personnelles.

On assiste même à un rejet des nouvelles technologies, basé sur la seule crainte d'une utilisation abusive des données personnelles et des piratages. Selon l'étude, 59% des internautes ne veulent pas voir arriver la géolocalisation dans les magasins (dont 30% "pas du tout"), même si c'est pour bénéficier d'offres promotionnelles. La même proportion ne souhaite pas non plus que les assurances récoltent des données personnelles sur le mode de vie pour ajuster leurs tarifs, même si c'est pour payer moins. 68% se disent soucieux des données récoltées par les moteurs de recherche, car ils craignent d'être traqués pour des raisons publicitaires. Trois Français sur quatre voient d'un mauvais œil la multiplication des occasions d'utiliser leurs données (cloud, objets connectés...). Bref, 83% pensent que "la pression commerciale atteint un niveau de plus en plus insupportable".

Stratégies d'évitement et peurs irrationnelles

Pourtant, si les craintes sont généralisées (81% des Français estiment que la protection des individus est insuffisante en ligne), peu d'internautes ont vécu de mauvaises expériences en ligne. 11% disent avoir été victimes d'une usurpation d'identité, et 19+% d'une fraude. Mais 7 Français sur 10 mettent en place des "stratégies d'évitement", comme effacer son historique de navigation, se connecter avec des pseudos, indiquer des données erronées dans les questionnaires ou installer un bloqueur de publicité. Une manière de se rassurer face au sentiment de perte de contrôle dans un univers dématérialisé.

"L'enjeu pour les entreprises est d'intégrer l'idée qu'elles seront plus attractives et compétitives si elles prennent en compte la dimension de confiance dans l'économie numérique", a indiqué la secrétaire d'Etat au Numérique et à l'Innovation, Axelle Lemaire, lors de la présentation du baromètre.

L'étude lui donne raison. Les citoyens sont en demande d'un engagement fort et individualisé des entreprises numériques. L'expérience montre que les utilisateurs font davantage confiance aux services qui affichent des chartes d'engagement pour clarifier la manière dont seront utilisées les données personnelles, qui mettent en avant des labels ou des garanties techniques de sécurité. Cette volonté de transparence et d'éthique s'applique bien sûr aux Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon), qui sont présents dans tous les domaines de la vie numérique et vivent du commerce des données - Apple dans une moindre mesure), mais aussi de tous les sites d'e-commerces, organismes et plateformes numériques.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/10/2016 à 10:37 :
Vue que je me fais censurer à la moindre URL, je ne donnerai pas les sites mais, y a des sites qui publies les failles et la liste est très longue, donc, je dirai à chaque citoyen, compatriote, non internet ne sera jamais sécurisé, le réseau ne sera jamais un endroit sûr, vos smartphones, tout ce qui est connecté ou connectable est une source d'insécurité.
a écrit le 22/10/2016 à 23:20 :
De toute façon, les français se méfient de tout et de tout le monde, y compris de son voisin. Des économistes ont calculé que ce manque de confiance nous coûte plusieurs points de PIB.
En effet, un pays dont les citoyens ne se font pas confiance réussit moins bien.
Réponse de le 23/10/2016 à 8:25 :
Mais si ! Nous faisons confiance à certains pour nous vendre des produits au prix maximum alors qu'ils pourraient se contenter d'une marge bien plus faible.
Alors, ne vous inquiétez pas, Patriot9 : vous contribuez au PIB et à tout ses points. De toutes vos forces, et grâce à votre confiance.
Merci.
a écrit le 22/10/2016 à 17:52 :
Merci pour cet article qui remet les choses à leur place. Et flinguer mes commentaires n'y changera rien.
a écrit le 22/10/2016 à 3:56 :
Problème 1 : des gens propagent des propos racistes, haineux, sur facebook, youtube, etc. sans aucune punition. L'état devrait faire quelque chose.
Problème 2 : des sites internet qui captent les données personnelles et les revendent à des groupes commerciaux.
Réponse de le 22/10/2016 à 11:22 :
Point 1 : l'Etat n'a aucun moyen technique et légal (et c'est encore heureux) de filtrer les contenus postés par les internautes. C'est aux sites concernés de faire cet effort de "pacification" des commentaires. Et certains y font déjà plus que réfléchir. Il faut voir comment Twitter galère à trouver un acquéreur. En effet ils sont tous échaudés par les trolls qui pullulent sur ce service.
Point 2 : cela existe depuis bien plus longtemps que Internet. N'avez vous jamais reçu des offres personnalisées d'abonnements par courrier à des magasines dont vous n'aviez jamais entendu parler ? Internet ne fait qu'exacerbé le phénomène.
Réponse de le 23/10/2016 à 3:21 :
1/ justement, vous n'avez pas compris que c'est le role de l'état d'obliger les sites comme twitter , facebook, yahoo, youtube, etc. à modérer les commentaires haineux pour respecter la loi...Pourquoi ? Car ces sites laissent passer les commentaires haineux pour avoir le buzz et par peur de perdre des clients. C'est le rôle de l'état de dire stop, car ils n’arrêterons pas par eux mêmes.
2/ Y a t'il un moment où les Français en auront marre et réclameront à l'état des lois contre ces publicités et ce marketing ?
a écrit le 21/10/2016 à 21:16 :
Linux Mint c'est mieux que le reste, plus rapide, moins gourmand en mémoire et en puissance et très fiable, mais que demande de plus le peuple ?
a écrit le 21/10/2016 à 21:13 :
On comprend tout quand on a conscience que l'on ne crée des virus informatiques que pour nous vendre des antivirus! Tout fonctionne de cette manière et, si en plus les antivirus sont piégés c'est l'apothéose! Faire l'innocent est la meilleure des choses!
a écrit le 21/10/2016 à 20:01 :
Cela me redonne confiance en la pertinence de mes concitoyens. Merci. Comme quoi, notre Ecole Laïque, gratuite et obligatoire ne sert pas à rien. Car tout est une question d'éducation, ne l'oublions pas.
a écrit le 21/10/2016 à 17:10 :
Le mieux est d'installer Linux sur son PC ... un tas d'outils évite le flicage, le pire du moment ce sont les smartphones que je n'ai pas pour cette raison !
Réponse de le 21/10/2016 à 20:03 :
A condition de virer gogole des suites Linux... Ixquick en est même dépendant. Vous dire...
a écrit le 21/10/2016 à 16:36 :
""la pression commerciale atteint un niveau de plus en plus insupportable""

Merci pour cet article les gens sont loin d'être aussi stupides que nos décideurs économiques et politiques et médias le pensent, ce sont même ces derniers qui sont bien incapables de penser.

Je ne sais pas si vous avez diffusé mon commentaire concernant vos publicités qui font que quand on lit vos articles à plusieurs reprises cela saute et on est obligé de rechercher là où on en était.

Voilà une forme simple et courante sur internet de "pression commerciale insupportable."

La publicité à la télévision meure parce que la télévision meure, du coup les publicistes se sont tous précipités sur internet, pour ma part j'ai appris à ne pas les voir, sauf les fois ou j'ai été choqué de voir un de vos partenaires impliqués dans quelques affaires que ce soient, sinon je ne saurais pas vous dire quelles publicités vous diffusez mon cerveau est habitué à les passer.

Les placements de produits sont les formes modernes de publicité les plus efficaces mais à une certaine dose parce que le dernier jurassic park est limite grotesque à nous intégrer un placement par minute.

Redbull a construit son succès sur des compétitions de sports extrêmes et pas sur les supports classiques publicitaires.

Nos décideurs économiques étant les fils ou les amis ou les petits fils d'autres décideurs économiques commencent à manquer singulièrement d'imagination et de capacité à innover, l'économie financière fait plonger l'économie au sein d'une médiocrité généralisée érigée en dogme.
Réponse de le 22/10/2016 à 9:23 :
Vos trois derniés mots sont d' une pertinence extrême.
Réponse de le 24/10/2016 à 12:07 :
Les trois derniers mots détachés du dernier paragraphe ne veulent pas dire grand chose en soi.

Mais si c'est cela que vous vouliez préciser oui il est évident que la médiocrité, et c'est un euphémisme, de nos décideurs économiques et politique est devenue d'une banalité affligeante certes mais particulièrement dévastatrice.

Et ceux qui servent ce dogme se croyant grâce à cela à l'abri peuvent se retrouver rapidement out sans avoir eu le temps de comprendre ce qui leur arrive.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :