EuropaCorp va mal, mais les affaires de Luc Besson vont bien

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Sur le dernier exercice, le réalisateur a touché 4,9 millions d'euros en tant que scénariste et réalisateur, soit trois fois plus qu'auparavant. Le tout sans réelle explication

La direction « proposera aux actionnaires de suspendre le versement d'un dividende », annonce EuropaCorp, le studio de Luc Besson, dans son rapport annuel paru la semaine dernière. C'est la deuxième année consécutive que le groupe prend une telle décision. Un choix logique, car le studio, jusque-là bénéficiaire, est tombé dans le rouge lors de ses deux derniers exercices. Toutefois, un actionnaire échappe à la rigueur: Luc Besson. Certes, il ne touchera pas, lui non plus, de dividendes. Mais le réalisateur, lourdement endetté à titre personnel, a mis en place une demi-douzaine d'autres canaux pour faire remonter de l'argent depuis EuropaCorp (dont il détient 62 %) vers lui-même ou des holdings personnelles qu'il détient à hauteur de 99 %.

Le moins transparent de ces canaux est l'argent qu'il touche de la part d'EuropaCorp en tant que scénariste et réalisateur. Heureuse coïncidence, ce montant a bondi ces deux dernières années, où il a reçu successivement 2,9 millions d'euros, puis 4,9 millions. Soit bien plus que lors des exercices précédents (1,6 million en moyenne). Hélas, il est impossible de savoir à quels films correspondent ces sommes, ou qui décide du prix des scénarios : cela ne figure pas dans les comptes, et la société refuse de le dire. Cette rémunération ne figure pas non plus dans les conventions réglementées. La porte-parole se borne à répondre que ces prix « sont conformes aux conditions de marché, cela étant vérifié par les commissaires aux comptes ». Une partie des scénarios de Luc Besson n'est jamais tournée ? « moins de 20% », affirme la société. « Mais, dans les projets faisant partie des cachets de Luc Besson, aucun n'a été abandonné », assure la porte-parole.

Ce n'est pas tout. Europa Corp sous-traite aussi une multitude de tâches à des sociétés détenues à 99 % par Luc Besson. Ainsi, le siège social est loué à une société de Luc Besson, qui a reçu 2,6 millions d'euros sur le dernier exercice. La post-production des films est assurée par une autre société de Luc Besson (2,6 millions). La recherche de scénarios aux États-Unis est confiée à une troisième société de Luc Besson (0,9 million).

Ménage, accueil...

Une quatrième société de Luc Besson coproduit certains films d'EuropaCorp (0,6 million). Plus étrange, EuropaCorp confie, pour 1,5 million d'euros par an, ses services généraux (ménage, accueil, gardiennage, informatique...) à une société de Luc Besson, qui empoche sur ces tâches une commission de 8 % par rapport au coût de revient. Certes, toutes ces prestations figurent dans les conventions réglementées. Et les prix du loyer et de la post-production ont été validés par un expert indépendant. On peut s'interroger néanmoins sur la nécessité de passer par les sociétés de Luc Besson pour toutes ces tâches. Question à laquelle la porte-parole n'a pas non plus souhaité répondre.

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