Pourquoi Martin Bouygues a sollicité Orange pour un mariage avec Bouygues Telecom

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D'après Stéphane Richard, c'est Martin Bouygues qui l'a sollicité pour rouvrir les discussions concernant un rapprochement Orange-Bouygues Telecom.
D'après Stéphane Richard, c'est Martin Bouygues qui l'a sollicité pour rouvrir les discussions concernant un rapprochement Orange-Bouygues Telecom. (Crédits : reuters.com)
Stéphane Richard, le PDG de l’opérateur historique, a affirmé aujourd’hui que c’est Martin Bouygues « lui-même » qui « a pris l’initiative » de rouvrir les discussions concernant un mariage avec sa filiale télécom.

Même si chez Bouygues, on ne fait « aucun commentaire », dixit un porte-parole, la nouvelle fait forcément grincer des dents. Mardi matin, lors de ses vœux à la presse, Stéphane Richard a tenu à faire une mise au point. Et pas des moindres :

« Peut-être un dernier rappel par rapport à ce que j'ai pu lire dans certains de vos papiers : autant en 2014, c'est votre serviteur et Orange qui est allé trouver M. Bouygues pour lui proposer un rapprochement. Finalement, tout ça pour fermer le dossier un mois et demi après [...]. Autant cette fois-ci, ce n'est pas moi qui ai pris cette initiative, c'est Martin Bouygues, lui-même. »

Pourquoi ces propos ? Parce que le PDG d'Orange en a visiblement ras-le-bol « de cette façon de toujours présenter, dans le paysage français [des télécoms], Orange et moi en particulier comme une espèce de type qui a la langue qui pend, et qui essaye de s'agiter partout pour faire cette consolidation ». « C'est juste faux », renchérit-il.

« Une dynamique différente »

Avant de juger que le fait que Martin Bouygues « ait pris l'initiative de rouvrir cette discussion » change la donne. « Il y a une dynamique qui est différente [...], la motivation, je pense, à aller peut-être vers une conclusion, un projet qui tienne la route, est beaucoup plus forte aujourd'hui », poursuit le grand patron.

Problème : ces mots, tenus alors que les deux groupes sont en discussion pour un rapprochement, suscitent des interrogations. Après le refus, en juin dernier, de l'offre de 10 milliards d'euros de Patrick Drahi, à la tête de Numericable-SFR, l'état-major de Bouygues Telecom n'a eu de cesse d'assurer que sa stratégie « stand alone » était viable. Ou en d'autres termes, que l'opérateur était armé pour poursuivre son cavalier seul dans le marché français. N'était-ce qu'un leurre ? Derrière la communication officielle, Martin Bouygues, au fond, doutait-il de cette stratégie ?

Martin Bouygues lorgne une « position forte »

Interrogée par La Tribune à ce sujet, Agathe Martin, analyste chez Exane-BNP Paribas, répond avec mesure:

« Je dirais plutôt que le marché français étant très concurrentiel en termes de prix et demandeur en termes d'investissements, Martin Bouygues doit certainement considérer qu'un deal avec Orange lui permettrait de s'assurer une position forte dans le secteur des télécoms. »

Puisque pour mémoire, si le deal avec Orange se fait, il est question que Bouygues rentre au capital d'Orange, ce qui lui permettra d'avoir son mot à dire sur la marche de l'entreprise. Tout en gardant, évidemment, un pied dans les télécoms.

Reste qu'avec son profil actuel, il n'est pas dit que sur le long terme, Bouygues Telecom ne rencontre pas des difficultés en continuant son cavalier seul, comme l'explique Agathe Martin :

« Aujourd'hui, Bouygues Telecom gagne des abonnés dans la 4G grâce à la supériorité de son réseau, et dans l'Internet fixe grâce à leurs prix bas dans l'ADSL. Cependant, la situation risque d'évoluer à leur désavantage: d'une part dans la 4G où les autres opérateurs ont bien l'intention de les rattraper en termes de qualité de réseau; et d'autre part dans le fixe, où les consommateurs risquent de se tourner plutôt rapidement vers la fibre, ce qui coûtera cher à Bouygues Telecom. En effet, là où il n'aura pas investi, Bouygues Telecom devra passer par les offres de gros d'Orange et de Numericable-SFR, affaiblissant ainsi sa marge et mettant à mal sa politique actuelle de prix bas. »

Autant de possibilités qui ont pu pousser Martin Bouygues à toquer à la porte de son rival.

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Commentaires
a écrit le 13/01/2016 à 14:38 :
Espérons que l'Autorité de la concurrence ne laissera pas faire. Avec 54% de parts de marché, Orange-Bouygues serait en position dominante....
Un rachat de Bouygues par Free aurait bien plus d'intérêt pour le consommateur!
a écrit le 13/01/2016 à 9:57 :
TF1 coûte cher, imposer sa propagande via un média de masse coûte très très cher, d'autant que la baisse de son audience et de ses revenus est permanente depuis des années. les 15-25 ans ayant encore abandonné cette année 40 minutes de télévision au profit d'internet.

Le câble progresse fortement et semble l'avenir car les infrastructures actuelles coûtent chères à entretenir, en effet Bouygues de part sa volonté de faire du profit à court terme s'est planté et à intérêt de s'offrir à un concurrent tout en gardant la tête pas trop basse.

Toutes les multinationales qui ont préféré les dividendes aux investissements technologiques commencent, en ces périodes de crise exponentielle, par fortement le payer et ce n'est pas prêt de s'arrêter, l'argent dans les comptes ofshore est le plus mauvais investissement économique qu'il soit, placé dans la technologie, la vraie, pas celle qui se contente d'exploiter à en complètement les rincer, les brevets, va faire progresser tout ceux qui ont eu l'intelligence et l'audace de le faire.

Bravo à eux et tant pis pour les autres.
a écrit le 13/01/2016 à 8:34 :
la realité est que sfr est condamnée loadée avec la dette, bouygues ne pouvait traiter avec eux. (du reste au lieu de racheter portugal telecom ou autre drahi aurait du racheter un % d'arcelor: les synergies sont idem)

contrairement a ce que l'on croit orange est plus gros en fibre optique que sfr
sfr ne peut plus investir

le pb pour nous est que sfr peut disparaitre du coup il ne resterait que 2 operateurs
a écrit le 13/01/2016 à 6:04 :
En tout cas SFR est le pire avec un endettement de 45 milliards d'euros, des pertes de clients constantes et des équipes malhonnêtes. Il est le plus mal placé désormais et va devoir fermer des boutiques.
Réponse de le 13/01/2016 à 8:40 :
A priori Altice à des emprunts à 7 ou 8 % alors il faut que ca crache

Quand ca va s écrouler on va voir les politiciens jouer les sainte ni touche
a écrit le 12/01/2016 à 18:45 :
Pour les clients c'est une très mauvaise nouvelle
Pour bouygues c'est un super coup il se retrouverait 1 Er actionnaire après L état et avec sans doute a l horizon un désengagement possible de l état .Avec l arrive de la droite en 2017
Réponse de le 13/01/2016 à 8:26 :
votre analyse de 3 lignes suffit par rapport á l'article. vous avez vu juste, c'est évident que c'est ce cas de figure qui se profile.
analyse simple mais évidente apres coup.
Réponse de le 13/01/2016 à 23:45 :
Il préfère rejoindre le plus solide.

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