Karmagenes, la startup qui cerne votre personnalité à partir de votre ADN

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La startup Karmagenes développe un test ADN pour cerner 14 traits de personnalité. (Photo d'illustration)
La startup Karmagenes développe un test ADN pour cerner 14 traits de personnalité. (Photo d'illustration) (Crédits : INERIS)
La jeune pousse suisse affirme être capable de formuler 14 traits de caractère d'un individu à partir d'un test ADN, associé à des informations d'ordre psychologique et biographique. Mais certaines législations contraignantes, en France ou aux Etats-Unis, pourraient freiner ses ambitions.

Et si votre personnalité était aussi contenue dans vos gènes ? Pas effrayée le moins du monde par le cauchemar de "Bienvenue à Gattaca", film d'anticipation qui dépeint une société où l'élite est génétiquement parfaite, une startup suisse installée à Genève a décidé de passer de la science-fiction à la réalité...

Karmagenes affirme pourvoir réaliser un test de personnalité très avancé à partir d'un échantillon salivaire et d'un examen psychologique prenant en compte l'environnement et l'expérience de l'individu.

Après six mois de développement, l'entreprise dispose aujourd'hui d'une série d'algorithmes -secret industriel bien sûr- qui lui permettent, à partir des données recueillies et analysées, de révéler 14 traits de caractères d'un individu: capacité d'innovation, sociabilité, résistance au stress, prise de décision...

Un outil de développement personnel...

Les créateurs de la startup se sont inspirés de l'aventure entrepreneuriale d'Anne Wojcicki, scientifique américaine (et ex-femme du co-fondateur de Google, Sergueï Brin) qui propose un test ADN pour évaluer les risques de maladies génétiques.

Mais contrairement à la firme américaine 23andMe, les Suisses veulent utiliser l'ADN d'une manière "positive, afin de ne pas vendre des informations parfois tristes et négatives liées à la santé", explique Omaya Dudin, doctorant en biologie de l'université de Lausanne, qui a co-fondé la jeune biotech avec six autres spécialistes en génétique, psychologie et informatique.

Karmagenes met également en avant l'efficacité de son outil, "fiable à 80 %" et qui s'inspire de plus de "cinquante ans d'études pendant lesquelles les scientifiques ont cherché à corréler l'ADN à la personnalité". On pourrait lui rétorquer que le débat entre l'inné et l'acquis fait rage depuis un peu plus longtemps et qu'il est loin d'être tranché.

Pourtant, le cofondateur de la startup et docteur en micro-biologie, Kyriakos Kokkoris, l'assure :

"On peut tricher quand on répond aux questions d'un test de personnalité, mais on ne peut pas tromper son ADN."

Il s'agit avant tout pour l'utilisateur du test "de se connaître davantage et s'assurer un développement personnel", martèle Omaya Dudin, qui précise :

"Nous ne prétendons pas définir parfaitement les gens, simplement leur donner des clefs pour évoluer."

Le test ADN de cette biotech serait-il donc le moyen de trouver ses "faiblesses innées" pour tenter de les corriger ? Kyriakos Kokkoris n'est pas aussi simpliste, qui nuance :

"Mon ADN dit que je ne suis pas sociable. Et pourtant, après onze ans à l'étranger, je peux parler à n'importe qui."

....et professionnel

Mais cet outil pourrait également être utilisé à des fins professionnelles:

"Il peut permettre à un salarié d'augmenter son efficacité au sein d'une entreprise", poursuit Omaya Dudin.

Pour Karmagenes, ce test pourrait servir d'argument pour les futurs entrepreneurs. Sans arriver pour l'instant jusqu'à l'analyse ADN, l'influent Martin Zwilling, fondateur de "Startup professionnals" et business angel, souligne que de plus en plus d'incubateurs et d'investisseurs s'intéressent aux données permettant de définir les traits de caractère des startuppeurs. Des informations essentielles lorsqu'on sait que les différents partenaires s'engagent autant sur le charisme d'un homme que sur la solidité du projet qu'il défend.

Savoir se développer selon le contexte juridique

La commercialisation de ce genre de tests génétiques proposés par Karmagenes, tant qu'elles ne fournissent pas de données médicales, n'est pas réglementée en Suisse. La startup s'est donc engagée à ne donner aucune indication sur la probabilité de développer cancers ou maladies auto-immunes, se concentrant sur les traits de personnalité.

La société, qui sous-traite à un laboratoire le séquençage des échantillons, assure également que ceux-ci sont totalement anonymes lorsqu'ils sont analysés par le sous-traitant, et qu'ils sont détruits une fois les résultats transmis au client.

La France, par son cadre strict, est un marché quasi inaccessible

En France, l'usage de tests ADN est très encadré, notamment par l'article 16-11 du code civil. Il se pratique généralement dans un cadre judiciaire, afin d'identifier les criminels ou dans un contexte familial de reconnaissance de paternité, sur autorisation de la justice et si les différentes parties sont d'accord.

L'article 226-28 du Code civil indique les sanctions à tout manquement :

"Le fait de rechercher l'identification par ses empreintes génétiques d'une personne (...) à des fins qui ne seraient ni médicales ni scientifiques ou en dehors d'une mesure d'enquête ou d'instruction (...) est puni d'un an d'emprisonnement ou de 1.500 euros d'amende."

Ainsi, dans ce cadre législatif, le marché français semble difficilement accessible pour la startup, à moins que l'utilisateur choisisse l'illégalité en commandant via Internet. L'entreprise suisse, qui souhaite éveiller la "curiosité humaine" des particuliers, propose d'ores et déjà son kit... sur le Web.

Marchés scandinaves et émergents

Le marché américain est également difficile d'accès. A l'image de 23andMe, Karmagenes doit composer, outre-Atlantique, avec l'intransigeance de la Food and Drug Administration, l'agence de régulation américaine, qui impose des tests médicaux drastiques pour prouver l'efficacité du produit. Le régulateur a par exemple imposé l'arrêt de la vente du kit de 23andMe, mais il est encore possible de se le procurer via le Net.

De fait, la jeune pousse, qui vise un chiffre d'affaires de 1,5 million de francs suisses (1,3 million d'euros) en 2015, et de 75 millions (68,5 millions d'euros) en 2018, compte se tourner vers d'autres marchés.

Pour tenir leurs objectifs et écouler 500.000 kits dans trois ans (au prix unitaire de 149 francs suisses ou 136,2 euros), l'entreprise regarde vers l'Allemagne et les pays scandinaves (plus ouverts sur les tests ADN). Ces pays constituent les marchés européens les plus porteurs, selon les premières études de la startup.

Levée de fonds à venir

Mais c'est sur les territoires émergents, comme l'Asie et en particulier l'Inde, que la société envisage ses meilleures performances.

"Les utilisateurs d'un site indien comptant 14 millions d'inscrits font régulièrement appel à des tests psychologiques ou astrologiques pour trouver leur partenaire. Un test génétique devrait certainement les intéresser", avance Omaya Dudin.

Pour assurer son développement, la startup incubée au BioArk de Monthey, une fondation pour l'innovation, cherche à lever lors d'un premier tour de table entre 2 et 10 millions de francs suisses auprès d'investisseurs suisses, japonais et indiens, avant d'envisager rapidement une seconde opération.

Cette première manne lui permettra d'ouvrir un bureau en Inde, d'améliorer le délai de publication des résultats actuellement entre 3 et 4 semaines, de financer le développement d'une nouvelle plateforme dans le domaine des tests psychologiques et également de recruter entre "7 et 20 collaborateurs". Des collaborateurs qui, nous répond-on, ne seront pas obligés de passer le test pour être embauchés.

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Commentaires
a écrit le 24/08/2015 à 9:14 :
En route pour le "Meilleur des Mondes" d'Huxley. Prochaines étapes : 1) généralisation des tests ADN pour les embauches, 2 ) généralisation des tests à la naissance 3) généralisation pour les fœtus, 4) modification des gènes pour les mettre en cohérence aux besoins sociétaux ... la seule question qui reste est : A quelle vitesse ?
a écrit le 21/08/2015 à 12:55 :
"L'article 226-28 du code CIVIL indique les sanctions à tout manquement (...)"
Il ne s'agit pas du code civil mais du code PENAL.
a écrit le 20/08/2015 à 17:36 :
Je trouve le concept complètement absurde et à peine plus pertinent que l'astrologie des magazines féminins.
a écrit le 20/08/2015 à 16:02 :
A force de chercher à sélectionner les bons aryens, le monde de l'entreprise finira par récolter les bons à riens, de race parfaitement pure...
a écrit le 20/08/2015 à 14:09 :
Comme si un test ADN pouvait dire prévoir si vous serez un salarié compétent, honnête serieux, motivé, ponctuel.....
a écrit le 20/08/2015 à 14:05 :
Comme si la personnalité était défini par l'ADN...

C'est l'environnement, les gens que l'ont rencontre, les expériences que l'ont fait, et le travaille que l'on réalise sur soi-même, qui détermine qui l'on est. Pas nos gènes. Deux crétins congénitaux peuvent très bien donnés naissance à des génies.
a écrit le 20/08/2015 à 11:38 :
Outch, les études de genre qui affirment que l'acquis l'emporte sur l'inné en prennent pour leur grade.
Réponse de le 20/08/2015 à 19:11 :
@Gragol: vrai dans le sens ou tu ne transformeras jamais un âne en cheval de course, mais les acquis académiques ou l'expérience de la vie sont importants aussi. Le problème ici, c'est qu'on va ficher les gens et une fois fichés, bonjour pour se désabonner de la catégorie qui t'auras été attribuée !!!
a écrit le 19/08/2015 à 16:33 :
De mieux en mieux !!! Supposons donc qu'à la suite du test, la personne soit cataloguée ceci ou cela, c'est toute la famille et toute la descendance qui va traîner le boulet !!! Parce qu'il faut bien entendu s'attendre à ce que ce test devienne obligatoire pour postuler à un emploi, s'assurer, etc. Et comme les infos sont revendues (revenus indirects pour les entreprises), ça va être l'enfer pour les gens répertoriés (tout le monde dans un second temps). L'esclavage va paraître avoir été de la petite bière par rapport à ce qui attend les générations futures.

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