Enchères 2011, encore un excellent cru

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Nu couché de Nicolas de Staël
Nu couché de Nicolas de Staël
Drouot et de nombreuses maisons de ventes aux enchères annoncent des résultats en nette progression. Le haut de gamme est devenu une valeur refuge. Contrairement aux objets courants.

Si l'an passé était celui de la reprise tarifaire, 2011 est l'année de la confirmation: le marché de l'art se porte bien, très bien, au point que de nombreux observateurs parlent désormais d'une valeur refuge quand les finances mondiales sont chahutées et l'avenir économique incertain.

Cela est vrai pour l'international. Avec un produit total des ventes de 6.3 milliards de dollars, le premier semestre 2011 a été le plus prolifique jamais observé sur le marché de l'art. Et note le site Artprice.com, « sur la même période, les prix de l'art ont grimpé de 17%, fixant des prix au-dessus des niveaux de 2007/2008 ».S'il y a eu une (légère) baisse des ventes, notamment pour les peintures impressionnistes cet automne, les succès des grandes foires commerciales, notamment la Fiac parisienne, et ceux des vacations de peintures modernes et contemporaines, de mobilier , de joaillerie et d'art primitif à Londres, New York et Paris laissent présager un bilan global en forte progression pour la fin de l'année, connu d'ici à un bon mois. D'autant que désormais près de la moitié des ventes se déroulent en Asie, là où les prix sont devenus inflationnistes, voire prohibitifs, poussés par les nouvelles fortunes en quète de reconnaissance sociale via l'acquisition d'oeuvres d'art.

Le marché tricolore aussi se porte bien, en tout cas pour les objets les plus prestigieux. Cette année encore, comme les précédentes, c'est Christie's France, qui avec 199 millions d'euros de chiffres d'affaires (+13%) est la SVV (Société de Ventes Volontaires, appellation des anciennes études des commissaires priseurs) la plus performante de l'hexagone. Suivent sur le podium, Sotheby's France avec 190 millions d'euros (+ 9%) et Artcurial avec 127 millions d'euros (+ 23%). La majorité des autres SVV vont bien: Tajan réalise 42,6 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel (+12%), PIASA 23,5 millions d'euros (plus 10,2 millions à partager avec Sotheby's France pour la vente en commun Fabius) ou Beaussant Lefevbre 21,3 millions (+4%). Quant aux 73 SVV regroupées sous la houlette de Drouot, elles ont réalisé 475 millions d'euros (chiffre provisoire) , 8% de plus qu'en 2010 , (mais 25 millions de moins qu'il y a quatre ans) de quoi contredire ceux qui prédisaient l'effondrement de cette vénérable maison face à la concurrence anglo-saxonne.

Comme chaque année, les communiqués d'enchères records du monde se sont succédés: Artcurial a adjugé 7.033.400 euros un « Nu couché » de Nicolas de Staël le double de son estimation (photo) à un acheteur américain, la SVV Binoche-Giquello a cédé une grande divinité Maya 2.912.000 euros, Christie's France a vendu 2.865.000 euros une étonnante chaise longue Art déco « aux skis » de E.J. Ruhlmann, Sotheby's France a réalisé 2.584.750 euros avec une rare figure de reliquaire Fang du Gabon, la « petite » SVV Kapandji-Morhange a vendu un ensemble de décorations St Alexandre Nevski orné de diamants 2.478. 000 euros, Tajan a vendu 1.544.701 euros une grande toile de Viera da Sliva, une photographie de Gustave Legray de 1858 a été adjugée 917.000 euros par la SVV Rouillac, une robe en satin de l'impératrice Joséphine a été cédée 125.000 euros par Osenat, et ... un sac en crocodile rouge Hermès « Birkin » a trouvé preneur à 61.000 euros. Sommes comportant les inévitables frais, eux aussi en progression. A noter que la pièce la plus chère vendue aux enchères en 2011 aura été un rouleau impérial chinois du XVIIIème adjugé à Toulouse ... 22.057.760 euros ! Comme quoi la province connaît également de beaux résultats: le groupe Ivoire (12 SVV régionales) annonce 80,4 millions d'euros de chiffres d'affaires, avec des hausses de 37% à St Etienne, 23% à Nantes et 22% à Lyon.

Avec de telles enchères, avec la présence de nombreux experts renommés, avec un fonds conséquent, la France, et surtout Paris, demeure une place incontournable pour divers secteurs, en particulier les arts premiers, la bibliophilie, la photographie ancienne, le mobilier estampillé, l'art déco, le vintage ou les bronzes animaliers, mais accuse un retard important, un peu pour les peintures anciennes, beaucoup pour les modernes, énormément pour les contemporaines.

La France, longtemps considérée comme le grenier du monde ne représente moins de 6% du marché mondial, dépassée par la Chine, et menacée par d'autres pays, Allemagne, Italie, Singapour, Taiwan, Corée, Russie. C'est que les nouvelles fortunes émergentes comme les pétrodollars sont particulièrement avides d'objets d'art de haut de gamme, et font surenchérissent avec fougue. Rien que pour Sotheby's France, les deux tiers des adjudications ont été effectuées par des acheteurs étrangers.

Le monde tricolore du marché de l'art manque parfois de modernisme. Drouot, connaît un fonctionnement complexe et a subi à minima une rénovation de ses locaux, le « scandale des cols rouges », autrement dit des détournements illicites ont ébranlé la confiance des acquéreurs, et le marché de la brocante est en déperdition. Enfin, les grandes SVV qui dominent le marché français car solides financièrement sont de plus en plus attirées par les ventes de prestige - avec parfois l'exportation d'oeuvres principales - laissant le tout-venant, nettement moins rentable aux autres, qui eux se fragilisent. Or l'immense majorité des enchères est largement sous la barre des 10.000 euros. Et là, les adjudications sont à la peine... C'est donc un marché à deux vitesses qui s'est installé en 2010: très minoritaire, le haut de gamme est de plus en plus onéreux quand la « came » ordinaire ne trouve plus preneur. La locomotive des grandes enchères ne tire plus ses wagons moins médiatiques. Avec la crise, cette dualité devrait perdurer, reflétant ainsi un nombre limité de riches de plus en plus fortunés avides d'achats valorisants et un univers de moins aisés soumis à l'incertitude du lendemain, peu attentionnés à l'achat d'oeuvres d'art. Les professionnels comme les amateurs s'attardent plus volontiers sur un objet notable que sur la multitude de pièces communes désormais bradées. C'est ainsi qu'on trouve à Drouot d'innombrables commodes artisanales anciennes moins chères qu'une banale bibliothèque industrielle à monter soi-même....

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