Pourquoi la France est-elle championne d’Europe de l’actionnariat salarié ?

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La France est le pays européen dans lequel on retrouve la plus grande proportion (37,2%) d'actionnaires salariés.
La France est le pays européen dans lequel on retrouve la plus grande proportion (37,2%) d'actionnaires salariés. (Crédits : Reuters)
La France est le pays européen dans lequel l’actionnariat salarié est le plus répandu. Ainsi, près de 3 millions de salariés sont également actionnaires de leur entreprise. A quoi est dû cette particularité française et est-elle amenée à durer ? Eléments de réponse.

Ils sont venus, ils sont tous là... Les rencontres pour l'épargne salariale, organisées par l'association Fondact le 20 septembre 2016 à la maison de la chimie à Paris, ont réuni la plupart des acteurs de ce secteur encore méconnu du grand public. Pourtant, l'épargne salariale, qui regroupe des choses aussi variées que la participation, l'intéressement ou le Perco, est bien installée dans de nombreuses entreprises. De son côté, l'actionnariat salarié, soit le fait de se voir attribuer des parts de la société dans laquelle on est employé, est même une discipline dans laquelle la France est championne d'Europe depuis plusieurs années.

Et c'est une nouvelle fois le cas en 2016, selon l'étude sur l'actionnariat salarié en France et en Europe réalisée par le cabinet de conseil Eres dont les résultats ont été publiés le 13 septembre 2016. Ainsi, "77% des entreprises françaises cotées ont des plans d'actionnariat pour l'ensemble de leurs salariés contre une moyenne européenne de 47%" détaille l'étude. Ce sont donc près de 2,8 millions de salariés d'entreprise française qui sont également détenteurs de parts, soit 37,2% de l'ensemble des salariés (contre seulement 23% en Europe). Comment expliquer que l'actionnariat salarié, qui implique le salarié aux gains autant qu'il l'expose aux pertes de sa propre entreprise, rencontre autant de succès dans notre pays par rapport aux autres Etats européens ? Il y a plusieurs réponses possibles à cette question.

Une vieille tradition

Lors des rencontres pour l'épargne salariale, la table ronde ayant pour thème "Comment renforcer l'actionnariat salarié" réunissait deux responsables de grands groupes français : Orange et Essilor. Pour ce dernier, c'était le directeur général adjoint du groupe, Paul du Saillant, qui était présent. Il est revenu sur l'histoire d'Essilor, né de deux entreprises, Essel et Silor, fondées respectivement en 1849 et 1931. Essel était à l'origine une coopérative de treize ouvriers lunetiers parisiens, ce qui fait dire à Paul du Saillant que la tradition d'actionnariat salarié a cet instant-là pour origine. Les salariés d'Essilor ont donc toujours été associés aux résultats et décisions du groupe. A l'heure actuelle, les actionnaires salariés du lunetier aux quatre coins du globe sont regroupés dans une communauté appelée Valoptec, crée en 1972 au moment de la fusion entre Essel et Silor. Ses 6.000 membres détiennent à eux-seuls 6,5% du capital de l'entreprise.

Chez Orange, anciennement France Télécom, la tradition d'actionnariat salarié est évidemment très forte aussi. Pour preuve, si 1 salarié d'Essilor sur 5 est détenteur de titres du groupe, ce taux monte à 4 salariés sur 5 chez Orange ! En revanche la part du capital détenue est légèrement plus faible, à 5,47%.

Des performances meilleures que celles de l'actionnariat classique

L'étude d'Eres apporte un nouvel élément important : la rentabilité des opérations d'actionnariat salarié sur 5 ans. Et les résultats sont plutôt positifs : "Les salariés ayant souscrit à une opération d'actionnariat salarié (augmentation de capital réservée ou cession d'actions), réalisée par les entreprises du SBF120 (Cac 40 et Next 80, ndlr) entre 2006 et 2010, ont été gagnants dans 72% des cas", selon Eres. Le spécialiste de l'épargne salariale ajoute que "l'abondement et la décote permettent de limiter sensiblement le risque pris par les salariés". Concrètement, un salarié qui a investi 100 euros en titres de son entreprise entre 2006 et 2010 aura bénéficié d'un gain moyen de 78%, qui est, de plus, "exonéré d'impôt sur les plus-values grâce au régime dérogatoire du PEE", précise Eres.

Une ombre au tableau

Tout n'est pourtant pas si rose dans le monde de l'actionnariat salarié. Ainsi, l'étude d'Eres montre aussi que la tendance n'est pas franchement à la hausse... Ainsi, les chiffres cités plus haut sont en réalité bien moins élevés que ceux des années précédentes : le pourcentage d'entreprises dotées d'un plan d'actionnariat salarié était de 82% en 2013 et 80% en 2014 (77% en 2015) et le pourcentage de salariés concernés par ces dispositifs a perdu 10 points en deux ans, passant de 47,2 à 37,2%. Comme le rappelle Eres, cette baisse est commune à tous les pays européens. Etre champion continental ne préserve donc pas du déclin...

Comme pour conjurer le mauvais sort, les différents intervenants des rencontres pour l'épargne salariale ont martelé leur conviction profonde : l'actionnariat salarié est le meilleur moyen de réconcilier les Français avec l'entreprise. Ainsi, selon Loïc Desmouceaux, délégué général de la Fédération française des associations d'actionnaires salariés et d'anciens salariés (FAS), ce dispositif permet de "dépasser les vieux antagonismes entre le travail et le capital" et de mettre du lien "entre la performance économique et le bien-être social".

Pour Michel Bon, président de l'association Fondact à l'origine des rencontres, l'entreprise est "le premier moteur de l'intégration dans la société et dans l'économie" et "la généralisation de l'actionnariat salarié et du partage de la performance améliore le rendement de ce moteur". Des déclarations en forme de piqûres de rappel aux différents candidats à l'élection présidentielle, afin qu'ils ne délaissent pas l'actionnariat salarié, et le monde de l'entreprise en général, dans leurs discours de campagne.

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Commentaires
a écrit le 23/09/2016 à 2:18 :
Orange, 4 salariés sur cinq, actionnaires. Ceux qui ne le sont pas les C.G.T ( Marxistes- Léninistes) par loyauté et cohérence avec Le Communisme, respectable position d'ailleurs : cohérente avec le modèle Communiste pur : la République Démocratique de Corée du Nord, et son Parti Démocratique Unique, à la faucille et marteau, le Parti Communiste..

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