"Crise majeure" chez EADS

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Suite à l'annonce de gros retards dans la livraison de l'A380, Arnaud Lagardère, co-président du conseil d'administration, affirme avoir ignoré les retards de livraison lors de la vente de la moitié de sa participation dans EADS. La polémique enfle sur les cessions de titres par les dirigeants du groupe.

Après le plongeon de plus de 25% de l'action EADS dans la journée d'hier suite à l'annonce de retards des livraison de son gros-porteur l'A380, l'action EADS se redresse aujourd'hui, progressant de 6,78% à 20 euros à la clôture, dans un marché en hausse. Deux gros clients d'EADS sont venus à son secours, jeudi matin, en confirmant des commandes passées à l'avionneur.

Arnaud Lagardère, coprésident du conseil d'administration d'EADS, avoue pour sa part que le groupe franco-allemand connaît une "crise majeure", après l'annonce par Airbus des retards de livraison. Il a indiqué qu'il n'avait aucune information sur les problèmes qui ont entraîné de nouveaux retards dans le programme de l'A380, quand il a décidé de vendre en avril dernier la moitié de la participation du groupe Lagardère. Toutefois, "il n'est pas question de faire payer un lampiste", dit-il dans Le Monde daté de vendredi, tout en promettant une enquête. Selon lui, "ce n'est pas le retard que les investisseurs ont seulement sanctionné, car c'est courant dans un projet d'une telle ampleur sans pour autant être excusable". Mais "ce qu'ils nous ont également signifié, c'est leur manque de confiance dans la capacité d'Airbus de mener à bien des projets très complexes. Nous sommes face à une crise majeure et je me mets à la place des actionnaires et analystes qui ne comprennent pas ce nouveau retard".

Concernant les responsabilités de chacun dans cette crise, "je ne veux pas surréagir et faire tomber les têtes pour faire plaisir au marché. La question est de savoir si le patron d'Airbus était au courant de la situation en interne", estime Arnaud Lagardère. "Il est possible que, vu la complexité du processus de fabrication, certaines équipes n'aient pas fait état de retard, espérant le combler", avance-t-il, ajoutant qu'il n'est "pas question de faire payer un lampiste".

Interrogé sur son intention de maintenir sa confiance ou non à Noël Forgeard, le co-président d'EADS qui dirigeait auparavant Airbus, il a répondu qu'il n'a "pas pour habitude de ne pas être solidaire de ses équipes" et que "c'est une discussion qu'il aura avec Manfred Bischoff, l'autre co-président du conseil d'administration d'EADS".

Arnaud Lagardère n'a pas souhaité s'exprimer sur le fait que des membres du comité exécutif d'EADS, dont Noël Forgeard, se soient prémunis contre ce genre d'événements fâcheux en exerçant leurs stock-options il y a trois mois. En effet, Noël Forgeard a déclaré à l'Autorité des marchés financiers (AMF) avoir cédé le 15 mars pour 2,5 millions d'euros d'actions avant commissions. Le 15 et 17 mars, ses trois enfants ont également vendu chacun 42.666 actions au prix moyen unitaire de 32,82 euros, quasiment au plus haut de l'année.

Parmi les autres dirigeants du groupe à avoir exercé des stock-options en mars dernier figure Jean-Paul Gut, directeur général délégué d'EADS, qui a vendu 50.000 actions le 10 mars, et 25.000 autres le 15 mars, encaissant un bénéfice de 1,15 million d'euros. François Auque, responsable de la division Espace du groupe, a quant à lui vendu 30.000 actions entre le 8 mars le 17 mars, en retirant un gain de 365.000 euros, selon l'AMF. Jussi Itavuori, directeur des ressources humaines chez EADS, a de son côté vendu 95.000 actions pour 3,04 millions d'euros, après avoir exercé trois séries de stock-options, en tirant un profit net de 1,2 million d'euros. Le 20 mars, le responsable de la division Défense et Sécurité, Stefan Zoller, a aussi exercé des stock-options et vendu 32.000 actions, pour un bénéfice net de 492.880 euros, selon le site Internet d'EADS.

Selon le règlement interne d'EADS, "les membres de la direction et du conseil de surveillance et toute personne intimement liée à eux (parents ayant partagé le même toit à la date de la transaction) sont autorisées à acheter ou vendre des actions EADS dans les 21 jours suivant la publication officielle des comptes et l'assemblée annuelle des actionnaires, à condition de ne pas disposer d'informations privilégiées". Le groupe avait publié ses comptes le 8 mars dernier.

Pour Colette Neuville, présidente de l'Adam, "cela n'a pas l'air de pouvoir être une coïncidence". "Ils sont quand même plusieurs à avoir vendu leurs actions à un moment où les autres actionnaires n'étaient pas en mesure de pouvoir détenir les mêmes informations qu'eux", a-t-elle jugé. "Il faut qu'il y ait une enquête et qu'elle détermine si oui ou non à l'époque des faits ils connaissaient déjà les retards qu'il y aurait dans la production des avions, il est probable qu'ils le savaient déjà", a estimé la présidente de l'Adam, pour qui "ce genre de choses crée un grand malaise".

Le député socialiste de Haute-Garonne Gérard Bapt a quant à lui demandé un "éclaircissement immédiat" sur un "éventuel délit d'initié qui aurait été commis par des hauts dirigeants" d'EADS. "L'importance de la production de l'A 380 pour l'agglomération toulousaine, pour son activité économique et pour l'emploi ainsi que les efforts réalisés sur fonds publics par les collectivités locales" justifient des éclaircissements "pour rassurer l'opinion et préserver s'il y a lieu la réputation des dirigeants de l'entreprise", a-t-il ajouté.

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