Avec l'Italie, BNP Paribas change de dimension

En rachetant la banque italienne Banca Nazionale del Lavoro, BNP Paribas prend de l'envergure en Europe. Non seulement le groupe s'implante ainsi dans un deuxième grand pays du continent, mais il s'impose désormais comme l'un des tout premiers acteurs européens du secteur, distançant largement ses concurrents français Crédit Agricole et Société Générale.

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En rachetant 48% du capital de Banca Nazionale del Lavoro (BNL), BNP Paribas écrit une page importante de son histoire. Depuis le rachat de Paribas par BNP en 1999, il s'agit de la plus importante acquisition de la banque. Et comme il y a six ans, le groupe de Michel Pébereau prend un nouveau virage qui le propulse et l'installe sur le podium des plus grandes banques européennes.

Au lendemain de l'annonce du rachat de BNL, Baudouin Prot, le directeur général de BNP Paribas, l'a dit sur les ondes de Radio Classique: "désormais notre marché domestique, c'est l'Europe". Et d'ajouter que "les groupes qui ne deviendront pas européens deviendront provinciaux".

Avant, il fallait être puissant chez soi. Maintenant, le terrain de jeu s'étend à l'Europe entière. Avec le rachat de la moitié du capital de BNL, BNP Paribas s'implante ainsi sur un deuxième marché bancaire en Europe, et pas des moindres. Le marché italien est l'un des plus importants d'Europe de l'ouest avec la France, l'Espagne, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et le Benelux. Sixième banque italienne, BNL dispose d'un réseau de 3 millions de clients qui vont permettre à BNP Paribas d'accroître massivement sa dimension européenne.

Deuxième marché domestique

Acquérir un réseau d'agences est un signe fort d'implantation dans un pays. BNP Paribas opère dans tous ses grands métiers en France et maintenant en Italie où le groupe était déjà très présent dans la banque d'investissement, dans la gestion d'actifs ou dans le crédit à la consommation via sa filiale Cetelem. L'acquisition d'un réseau de détail à l'étranger s'avère essentielle pour BNP Paribas, qui endosse ainsi le statut de banque universelle à l'échelle européenne et plus seulement française.

Avec BNL, BNP Paribas va pleinement s'intégrer dans l'économie italienne. La banque italienne dispose d'un réseau de 800 agences dont l'avantage par rapport à ses concurrentes est d'être réparti sur l'ensemble de la péninsule et non sur une ou plusieurs régions. Egalement présente auprès des grandes entreprises ou des grands investisseurs, son réseau va aider la BNP à s'insérer dans le tissu économique italien. D'ailleurs, la pépite de BNL réside dans ses 39.000 clients d'entreprises. "Ses clients sont reconnus, importants mais aussi peu rentables, ce qui laisse une forte marge de progression pour BNP Paribas", explique Pascal Decque, analyste chez Ixis Securities. Grâce à sa présence en Italie, BNP Paribas va disposer, après la France, d'une seconde plate-forme, qui lui permettra de s'étendre sur le bassin méditerranéen. Cette proximité géographique encouragera la banque française à lier des relations plus étroites avec ses futurs voisins. La Croatie, la Serbie ou encore la Grèce sont des pays dont les marchés bancaires se développent fortement et commencent à s'ouvrir aux étrangers, une aubaine pour BNP Paribas.

Acteur majeur en Europe

Habitué à opérer des acquisitions de petite taille, BNP Paribas a frappé un grand coup avec ce rachat plein d'audace qui s'élèvera, in fine, à 9 milliards d'euros. Plutôt enclin à la prudence, le groupe a su sauter sur cette occasion. Il devient ainsi l'un des premiers établissements à opérer une véritable fusion transfrontalière dans la banque de détail.

Avant lui, seulement trois autres banques européennes s'étaient lancées: l'Espagnole Santander Central Hispano en 2004 (avec le rachat de la Britannique Abbey) et plus récemment la banque italienne UniCredit (qui a repris l'Allemande HypoVereinsbank) et sa consoeur néerlandaise ABN Amro (qui a racheté l'Italienne Antonveneta). Cette position de quasi-pionnier va donner à BNP Paribas une longueur d'avance sur ses autres concurrentes européennes.

La banque française atteindra, avec BNL, une capitalisation boursière de 70 milliards d'euros, qui la place sur la deuxième marche du podium de la zone euro, juste derrière SCH. Toutefois, dans l'ensemble de l'Europe, elle restera derrière les puissantes Britanniques HSBC et Royal Bank of Scotland, et la Suisse UBS (voir graphique). Grâce à l'acquisition de BNL, BNP Paribas s'attend à dégager 400 millions d'euros avant impôts de synergies annuelles jusqu'en 2009. L'opération devrait être relutive sur le bénéfice par action à partir de 2008, soit deux ans seulement après l'acquisition. Concrètement, "en prenant en compte les synergies et les bénéfices, BNP Paribas devrait dégager environ 1 milliard d'euros grâce à l'acquisition de BNL à horizon 2009, soit 11% de son bénéfice global", estime Pascal Decque.

La Société Générale distancée

Et si la banque française prend un sérieux avantage en Europe, elle creuse incontestablement l'écart avec ses deux principales concurrentes françaises, le Crédit Agricole et la Société Générale.

Aujourd'hui, la banque verte pèse 43 milliards d'euros en Bourse face aux 70 milliards de BNP Paribas. Après deux longues années de restructuration suite au rachat du Crédit Lyonnais, elle s'oriente ouvertement vers une politique de croissance externe dirigée sur des acquisitions ciblées. Pourtant, seule une acquisition majeure lui permettrait de ne pas être trop distancée par BNP Paribas. Sa participation de 18% dans le capital de la troisième banque italienne Intesa laisse espérer un éventuel rapprochement dans les années à venir. Mais "avec 32 milliards d'euros de capitalisation, Banca Intesa serait très difficile à digérer pour le Crédit Agricole, d'autant que le groupe est moins souple à cause de son mode de gouvernance mutualiste", note l'analyste d'Ixis Securities.

Reste la Société Générale, grande rivale de la banque de la rue d'Antin. Depuis leur affrontement en 1999 pour prendre le contrôle de Paribas, tous les observateurs s'amusent à les comparer. Et si la banque dirigée par Daniel Bouton parvient à garder la distance depuis trois ans, elle se retrouve désormais un peu "larguée" par BNP Paribas. La banque demeure aux premières places européennes dans les métiers de banque de financement et d'investissement.

Certes, ses positions actuelles en Europe de l'Est dans la banque de détail ou dans le crédit à la consommation sont fortes, mais elles demeurent de taille modeste. Pour résister en Europe où la consolidation du secteur bancaire est lancée, la Société Générale doit penser à grossir pour éviter de devenir une proie.

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