La guerre des prix est déclarée, une brigade improbable, une cuvée d'enfer... Découvrez nos critiques cinéma de la semaine du 16 mars 2026.
À quel prix ? (3⭐/5)
Pour son premier long-métrage de fiction, Anthony Dechaux s’attaque frontalement au sujet de la grande distribution. Parfaitement intitulé La Guerre des prix, son film met en scène une cheffe de rayon promue à la centrale d’achat d’un leader du secteur afin de relancer les ventes de yaourts bio. Elle quitte sa région, où son frère, éleveur et producteur de lait, a repris la ferme familiale, pour rejoindre Paris et un environnement professionnel aux coulisses peu recommandables. Porté par un casting convaincant (Ana Girardot, Aurélia Petit, Olivier Gourmet et Julien Frison), le scénario distille avec efficacité de nombreuses informations sur ce secteur aussi quotidien que méconnu.
Et c’est cette dimension quasi politique qui retient l’attention. D’autant que le cinéaste adopte les codes du thriller pour raconter des négociations où les coups bas succèdent aux coups tordus. Au milieu de cette jungle, les petits producteurs, comme le frère de l’héroïne, apparaissent comme des pions sur lesquels on a droit de vie ou de mort. Dommage toutefois que la démonstration vire parfois à la caricature et s’accommode de formules simplistes. Le film reste instructif, mais son schématisme finit par le desservir.
Police Flash 80 sent bon le PMU enfumé, le mauvais whisky et le cuir de flic façon Belmondo dans Le Marginal. On est à Paris en 1984, mais il n’y a rien de Bébel chez Yvon Kastendeuch, rôle de policier « à l’ancienne » taillé sur mesure pour François Damiens : ringard, borderline, ridiculement libre et profondément incompétent, et la nomination de ce fan de Sardou à la tête d’une « unité d’élite » pour élucider le meurtre d’un collègue ne peut qu’augurer du pire…
Sur un scénario de Thomas Ngijol truffé de clins d’œil au cinéma policier d’action, cette comédie croque avec plus de nostalgie que d’ironie le kitsch et les excès des années 1980, reconstituées avec un soin amoureux. Sans souci de bienséance, celui-ci s’en donne à cœur joie, clopes et punchlines grinçantes aux lèvres, et on distinguera dans cette joyeuse performance chorale le rythme comique impeccable d’Audrey Lamy ainsi que l’alliage précieux d’idiotie et de génie de Xavier Lacaille, qui donnent à ce divertissement malicieux le second degré qui sinon lui ferait sensiblement défaut.
Il était une fois un vin, une cuvée plus particulièrement, nommée Les Chaillées de l’enfer, et c’est elle qui donne son titre au très beau documentaire de Léo Boudet, dont c’est la toute première réalisation. Ce pourrait être le titre d’un film de Coppola ou d’un film d’horreur des années 1970. Mais pour qui a déjà eu le bonheur de déguster ce cru exceptionnel, c’est tout simplement le souvenir d’être entré au paradis un verre à la main. Un verre de condrieu donc, vin blanc du Rhône, issu du viognier. Mais, attention, ici, il ne s’agit pas de n’importe quel condrieu.
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Ces Chaillées de l’enfer appartiennent au domaine Vernay. Depuis 1940, les générations s’y succèdent : Francis Vernay, puis son fils Georges, le « pape du condrieu ». Désormais, c’est la fille de ce dernier, Christine, qui préside depuis 1997 aux destinées du domaine avec Paul, son époux, qui n’est jamais loin, même si le film montre magnifiquement la solitude volontaire d’une vigneronne au moment des choix décisifs. On lui a évité le titre sulfureux de « papesse », pour mieux l’appeler la « reine du condrieu », elle qui fut également élue « homme de l’année » par le Guide Bettane et Desseauve en 2011.
Et la quatrième génération du clan Vernay est déjà à l’œuvre en la personne d’Emma, la fille de Christine et de Paul. De fait, ce documentaire est avant tout un très beau regard sur la transmission, de père en fille puis de mère en fille. Cette dimension est omniprésente, parce qu’il s’agit de faire passer un savoir, un état d’esprit qui s’exprime dans chaque bouteille.
Il existe deux catégories de documentaires : ceux qui passent très bien sur petit écran et ceux qui demandent à être découverts sur grand écran, tant ils s’attachent à la qualité de leurs images. Les Chaillées de l’enfer fait partie des seconds. Parce que le domaine Vernay se situe dans un espace naturel grandiose, Léo Boudet le filme avec intelligence et sensibilité, au rythme des partitions d’Alexandre Desplat. Au fil des saisons et plus encore des vicissitudes de la viticulture. Tourné en 2020 et 2021, le film ne cache rien des malheurs qui se sont abattus sur ces vignes disposées en terrasses dont la culture est de ce fait un sport de combat quotidien.
Gel, pluies chroniques et diluviennes, maladies, rien n’est épargné à Christine Vernay et à ceux qui l’entourent. Léo Boudet recueille avec délicatesse leurs paroles tantôt apaisées (« Je discute avec les vignes. Elles vous écoutent »), tantôt effondrées (« C’est cinq ou six ans de travail anéanti »), toujours passionnées (« Le vin, c’est une vibration »). Rarement aura-t-on eu autant l’impression d’être au plus près de ce métier si intense. « Ici, tout se fait à la main », précise un participant. Et Les Chaillées de l’enfer rend compte avec brio de la gigantesque aventure que constituent chaque vendange et chaque cuvée qui en résulte. Un miracle renouvelé.
Ryan Gosling au top (5⭐/5)
À des années-lumière de la Terre, seul rescapé du coma dans lequel l’équipage du vaisseau Hail Mary a été plongé pour un voyage interstellaire, le professeur de biologie Ryland Grace (Ryan Gosling) s’éveille. Sa mission : établir pourquoi les soleils de l’Univers se meurent et sauver l’humanité. Sa rencontre avec un extraterrestre, créature arachnéo-rocheuse lancée dans la même mission de sauvegarde, va bouleverser les enjeux.
Projet dernière chance, adaptation du roman d’Andy Weir, est un bijou de science-fiction. Une aventure épique, drôle, émouvante, à la fois concrète et métaphysique et dans laquelle Ryan Gosling et le duo de réalisateurs Phil Lord et Christopher Miller, enfants des années 1980, suscitent un émerveillement digne du classique E.T. tout en visant avec réussite l’ampleur technique établis par le monument Interstellar.
La performance de Ryan Gosling est un savoureux paradoxe : la star parvient à incarner l’homme ordinaire pris dans l’extraordinaire. Capté sous les splendides lumières de Greig Fraser (Dune), l’acteur reconnaît le caractère majuscule de cette performance : « Je ne vais pas vous ennuyer avec la dimension méta du film mais, à la lecture du livre, je me suis identifié à la réticence de Ryland au moment de se lancer dans cette aventure, qui semble impossible. C’est le rôle le plus difficile de ma carrière. Je fais ce métier depuis trente ans et il m’a fallu ces trente ans d’expérience pour pouvoir envisager de jouer ce personnage, et sentir que je pourrais peut-être même y réussir. » Le risque valait d’être pris : Projet dernière chance, odyssée spatiale et humaine bouleversante, a tout pour tutoyer les plus grandes œuvres du genre.