À Calais, le Dragon des mers et le street art réveillent la ville et son patrimoine

Le Dragon des mers est devenu, depuis son arrivée en 2019, l’un des symboles de Calais.
LTD/Fred Collier | Ville de Calais

Le Dragon des mers est devenu, depuis son arrivée en 2019, l’un des symboles de Calais.
LTD/Fred Collier | Ville de Calais
Il avance à pas lents, crachant du feu de temps à autre ou aspergeant d’eau les promeneurs qui veulent le prendre en photo. Le Dragon des mers est devenu, depuis son arrivée en 2019, l’un des symboles de Calais. Sur son dos, une cinquantaine de personnes redécouvrent le front de mer rénové il y a quatre ans : petits et grands semblent intrigués par cet impressionnant animal mécanique aux écailles bleues et haut de 12 mètres.
Bientôt, le reptile fait de bois, de métal, de cuivre et de toile ne sera plus la seule machine créée par François Delarozière (connu pour ses machines nantaises) à arpenter les abords de la plage calaisienne. Un Varan tout aussi magistral prendra place auprès de lui au terme de festivités s’étalant jusqu’à ce dimanche, découpées en plusieurs scènes qui formeront un « opéra urbain ».
Un spectacle qui doit refléter l’ambition qu’a la mairie de faire de Calais une ville balnéaire et touristique de premier plan dans la région : 400.000 personnes étaient présentes pour assister aux premiers pas du Dragon il y a six ans, une affluence que le Varan pourrait bien battre.
Lors de leur promenade à dos de Dragon, les curieux peuvent également admirer plusieurs œuvres de street art. Au total, il en existe près de 70 dispersées dans toute la ville, la plupart ayant été réalisées dans le cadre du festival qui se déroule chaque été. Un événement qui a vu le jour durant la pandémie. « Nous devions revoir toute la programmation estivale à cause des restrictions sanitaires en intérieur, détaille Nicolas Dereeper, qui gère l’organisation depuis la première édition. L’idée était de proposer quelque chose de différent et de faire de la ville un musée à ciel ouvert. »
Depuis, des artistes venus du monde entier « ont carte blanche » pour concevoir une douzaine d’œuvres par an – cinq d’entre elles ont d’ailleurs été classées parmi les plus belles de France lors du concours Golden Street Art. Une fierté pour Nicolas Dereeper : « En cinq ans, le festival s’est ancré petit à petit dans le monde du street art et certains touristes font désormais le déplacement avant tout pour les découvrir. »
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Sur le poste de secours de la plage, l’une de ces œuvres sort du lot : une petite-fille cheveux au vent regarde les côtes britanniques à travers sa longue-vue sans prêter attention au vautour posé sur celle-ci. L’auteur n’est autre que le plus mystérieux street artiste au monde, Banksy. Ce graff, seul rescapé des quatre laissés derrière lui lors d’un passage dans les rues calaisiennes en 2015, rend hommage aux milliers de migrants qui tentent de rejoindre le sol britannique lors de traversées de la Manche trop souvent meurtrières.
Malgré les 35 kilomètres qui les séparent de la ville française, les côtes crayeuses de la Grande-Bretagne sont visibles à l’œil nu par beau temps. Chaque jour, le ballet de ferries témoigne de cette proximité et confirme la place de premier port de voyageurs d’Europe continentale qu’occupe Calais. Connue pour ses échanges commerciaux, la ville portuaire est depuis plusieurs siècles un lieu de transit. « Elle était à l’époque une petite ville entièrement dévolue au trafic transmanche, explique Anne-Claire Laronde, directrice-conservatrice des musées calaisiens. Puis, tout a changé entre 1816 et 1830 avec l’arrivée de la dentelle. »
Inventées en Angleterre au XVIIIe siècle, les machines se sont installées sur le continent européen en s’implantant de manière illégale à Calais. Une façon pour les producteurs de contourner les taxes d’exportation. Au sein de la Cité de la dentelle, il est possible de voir fonctionner cinq métiers à tisser encore en activité et d’admirer les quelque 15.000 pièces de dentelle et 3.200 costumes témoignant d’un savoir-faire qui a fait la renommée de la ville.
En plus de ce patrimoine local, la Cité de la dentelle propose chaque année une installation temporaire afin de « mettre en avant des expositions mode hors de Paris ». Aux côtés de grands noms de la haute couture tels que Givenchy ou Saint Laurent, le musée cherche à présenter des artistes moins connus du grand public.

« Nous avons par exemple exposé Iris Van Herpen en 2013 avant qu’elle ne devienne célèbre dans le monde entier » et n’habille des stars internationales comme Beyoncé ou Lady Gaga, souligne Anne-Claire Laronde. Jusqu’au 4 janvier 2026, c’est Yiqing Ying qui est exposée à travers un parcours immersif, une plongée dans son univers et ses inspirations, mêlant découvertes olfactives et créations textiles en mouvement.
« Dragon, Varan et Chimères »
L’exposition retrace l’univers de la compagnie La Machine avec des photos, schémas et maquettes détaillant la création du Dragon des mers par François Delarozière et ses équipes.
ℹ️ Exposition gratuite au fort Risban du mardi au dimanche de 14 heures à 18 heures. Jusqu’au 1er mars 2026.
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Carnet d’adresses
Hôtel Meurice
Fondé en 1771 par la famille éponyme, cet hôtel trois étoiles indépendant met en avant son histoire à travers une décoration jugée très anglaise par les Français… et typiquement française par les Anglais. Il est idéalement situé, à deux pas du musée des Beaux-Arts, du beffroi centenaire inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco et des Bourgeois de Calais d’Auguste Rodin.
ℹ️Chambre double entre 79 euros et 169 euros selon la saison.
📍5-7, rue Edmond-Roche.
Le Bistrot du Channel
Niché au cœur du Channel, lieu culturel et de spectacles vivants, ce bistrot propose une carte de saison qui varie chaque jour en fonction des arrivages proposés par les producteurs locaux. On y retrouve des plats mijotés, régionaux (comme le potjevleesch et la carbonade flamande) et végétariens, le tout servi dans un cadre chaleureux et authentique. Côté bar, une dizaine de bières sont proposées avec, toujours, une locale dans la sélection.
ℹ️ Ouvert le midi toute la semaine et les vendredis et samedis soir. Plats entre 13 euros et 18 euros, desserts à partir de 6 euros.
📍173, boulevard Gambetta.
Calaisfornia
Le concept store calaisien, lancé en 2020 par Rodolphe Leprince et Romain Careje, propose tee-shirts, sweats et accessoires inspirés de la ville, sa plage ou encore des caps Blanc-Nez et Gris-Nez. Les collections changent régulièrement avec de nouveaux designs modernes et tendances.
ℹ️ À partir de 32 euros pour un tee-shirt unisexe, de 55 euros pour un sweat et de 55 euros pour un hoodie.
📍45, rue Royale.
Le Grand Bleu
Le chef Matthieu Colin imagine une cuisine gastronomique fait maison, locale et de saison. La pêche du jour provient directement de la criée de Calais, située en face du restaurant, ou de Boulogne-sur-Mer.
ℹ️ Très bon rapport qualité-prix pour le menu Plaisirs, entrée-plat-dessert à 32 euros.
📍 8, rue Jean-Pierre-Avron.