Black Friday, la face sombre des Français. L'édito éco de Lucie Robequain

Découvrez l'édito de Lucie Robequain.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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Qui ne serait pas tenté de profiter des promotions du Black Friday pour remplacer la machine à laver, acheter une grosse doudoune ou anticiper les cadeaux de Noël ? Les chances de succomber à la fièvre acheteuse sont d’autant plus grandes que les soldes n’attendront pas vendredi prochain : elles ont déjà débuté ce week-end, à coups de publicité massive sur Internet.
Ce mois de novembre résume toutes les contradictions françaises : il a commencé par une fronde contre la plateforme chinoise Shein et se termine par une ruée massive vers le commerce en ligne, dominé par les grandes multinationales que sont Amazon, Zalando et Temu. Très patriotes quand on les interroge dans la rue, les Français s’imposent ainsi comme les chantres de la mondialisation quand ils se retrouvent derrière leur écran.
Alors, bien sûr, la situation économique pousse chacun à chasser les bonnes affaires. La cause est entendue : les soldes et la fast fashion sont le reflet de nos angoisses sur le pouvoir d’achat. Mais elles sont aussi largement celui de notre surconsommation : les Français achètent en moyenne 42 habits neufs chaque année… très loin de ce que l’on appelle les besoins matériels de base. Ces achats relèvent bien souvent de la consommation compulsive, d’autant plus pavlovienne qu’elle se fait en quelques clics sur le Web.
Les conséquences, on les connaît : des fermetures de magasins en pagaille, des marques qui disparaissent, et des centres-villes qui meurent. Les faillites dans les commerces d’habillement ont explosé de 51 % l’an dernier. Les ventes de Shein, elles, ont augmenté de 58 % sur la même période.
Comme à son habitude, l’État endosse le rôle du coupable idéal, accusé de laisser mourir les petits commerçants. Mais ceux-ci ne veulent pas vivre des subventions publiques : ils veulent juste gagner leur vie. Et convaincre les Français que, derrière les prix follement bas qui leur sont proposés sur le Net, le coût social, économique et climatique est diablement élevé.
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L’État est d’ailleurs loin de rester inactif. Mercredi aura lieu une audience au tribunal judiciaire de Paris pour décider, ou non, de la suspension de la plateforme Shein. L’initiative en revient à trois ministères (Intérieur, PME et Comptes publics). Les entreprises tricolores se rassemblent elles aussi (enfin !) pour contrer le géant chinois. Une coalition de milliers de commerçants vient de lancer une procédure juridique pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une concurrence déloyale. À ces démarches s’ajoute une nouvelle taxe, votée également cette semaine, pour prélever 2 euros sur chaque colis chinois.
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Il faut bien commencer quelque part, et les derniers jours ont clairement changé le rapport de force sur les terrains juridique et fiscal. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce sont les consommateurs qui tiennent entre leurs mains le destin du commerce français.