« L’Étranger », « Yoroï », « The Smashing Machine »... Nos critiques cinéma de la semaine

« L’Étranger », « Yoroï », « The Smashing Machine »... Nos critiques cinéma de la semaine.
LTD/DR

« L’Étranger », « Yoroï », « The Smashing Machine »... Nos critiques cinéma de la semaine.
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On peut penser que François Ozon n’a peur de rien. C’est du moins ce que tend à prouver une bonne partie de sa riche filmographie (24 films en 27 ans !), entre des polars vénéneux (Swimming Pool), des sujets scabreux (Le Temps qui reste), des mélos flamboyants (Angel), sans compter une attaque en règle contre la pédophilie dans l’Église catholique qui a fait grand bruit (Grâce à Dieu).
En s’attaquant à L’Étranger de Camus, le cinéaste fait preuve de la même audace, voire d’inconscience, tant ce court roman fait l’objet d’une dévotion particulière depuis sa parution en 1942 et ce auprès de toutes les générations de lecteurs. Qui plus est, le ratage de l’adaptation par Visconti en 1967 n’était guère encourageant.
Le maestro italien s’était pourtant entouré de trois scénaristes de renom (dont le romancier français Georges Conchon), puis d’un casting haut de gamme (Marcello Mastroianni, Anna Karina, Bernard Blier, Bruno Cremer et Georges Wilson, entre autres). Mais peut-être l’intrépide Ozon a-t-il été galvanisé au contraire par ce premier échec retentissant ?
Seul aux commandes de l’adaptation, il a rassemblé un casting a priori moins prestigieux que celui de Visconti mais assurément très talentueux. Benjamin Voisin (révélé par Ozon précisément dans Été 85 puis magnifié par Xavier Giannoli dans Illusions perdues) campe Meursault, tandis que Rebecca Marder (déjà présente dans un précédent film d’Ozon, Mon crime), Pierre Lottin, Denis Lavant et Swann Arlaud, notamment, l’entourent efficacement.
« Je voulais comprendre le mystère de L’Étranger », a récemment déclaré François Ozon. De fait, le roman de Camus est comme un soleil noir dans la littérature française et dans l’imaginaire des lecteurs. Avec un effet de miroir saisissant : non seulement le personnage principal est le parfait modèle de l’antihéros et son opacité psychologique fascine encore et toujours, mais le succès permanent du roman lui-même, qui ne cesse de vouloir échapper au romanesque, lui confère une aura particulière.
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Ozon a-t-il alors réussi à percer ce double mystère, comme il en avait l’intention ? Le pari était plus que risqué. Et l’éternel débat sur l’adaptation-trahison ressurgira forcément, sans compter que les gardiens du temple Camus donneront sans doute de la voix dans un sens ou dans un autre.
Mais il convient de voir cet Étranger d’abord comme un film de François Ozon. Avec en premier lieu une distribution qui tient la route. Et plus encore grâce à une radicalité artistique dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est en accord avec la rigueur du style de Camus. En choisissant le noir et blanc plutôt que la couleur, Ozon, d’entrée de jeu, nous plonge dans un environnement épuré, quasi abstrait, qui correspond à la dimension métaphysique et absurde du roman. La beauté solaire et aveuglante qui se dégage alors du film lui confère charme et magnétisme.

Il ne fait rien comme les autres. Sortir un album, assurer la promotion, partir en tournée… ? Trop routinier et prévisible pour Orelsan. Quatre ans après le carton de son quatrième opus, Civilisation (900.000 exemplaires), le Normand signe son retour dans les salles obscures avec Yoroï (« armure » en japonais), un ovni cinématographique décrit comme « une comédie d’action fantastique » par l’intéressé.
Fin septembre, sans nouvel album à défendre, Orelsan annonçait également une tournée marathon qui débutera le 16 janvier à Caen pour se terminer en apothéose avec dix concerts à l’Accor Arena de Paris. Carton plein avec 300.000 billets écoulés en 24 heures !
En attendant les retrouvailles avec son public, le rappeur récidive donc au cinéma dix ans après -Comment c’est loin, premier long-métrage bricolé et futé narrant le quotidien d’un duo de rappeurs à la petite semaine (Gringe et Orelsan). Avec Yoroï, il passe à la vitesse supérieure : effets spéciaux à gogo, scènes d’action spectaculaires et baston à tous les étages, phénomènes surnaturels inspirés de la mythologie japonaise… La réalisation a été confiée à David Tomaszewski, qui a signé plusieurs clips du rappeur. Et le budget avoisinerait la coquette somme de 14 millions d’euros.
Également coscénariste, le rappeur incarne un Orelsan menacé par un burn-out après une tournée triomphale. Avec son épouse (Clara Choï), enceinte de leur premier enfant, il s’installe au Japon pour vivre d’amour et d’eau fraîche dans une maison isolée en pleine nature, loin des contraintes du métier, des réseaux sociaux, de la famille, de la politique française…
Le bonheur parfait, mais tout bascule quand Orelsan découvre dans un puits une armure ancestrale dotée du pouvoir d’attirer des monstres, appelés Yokaïs dans le folklore japonais, lesquels vont mener la vie dure au jeune couple, nuit après nuit… Résultat, une fable ultra-référencée (le manga Les Chevaliers du Zodiaque, Mon voisin Totoro de Miyazaki, SOS Fantômes, House…) qui zigzague allègrement entre comédie romantique, récit initiatique, manga, paranormal horrifique…
Les esprits cartésiens auront tout le loisir de pointer certaines facilités et incohérences narratives, notamment dans le dernier tiers du film, surchargé d’hyperboles très premier degré, et un dénouement plutôt convenu (la victoire sur ses démons intérieurs, l’apprivoisement de ses peurs, etc.).
Malgré ces réserves, Yoroï se regarde comme un pur divertissement ambitieux dans sa réalisation et traversé de touches d’humour savoureuses. Loin de se donner le beau rôle, Orelsan l’antihéros campe un double plutôt lâche, totalement autocentré, fuyant ses responsabilités, flippé par sa paternité… Et franchement hilarant en star du rap coincée dans cette lourde armure médiévale qui symbolise le poids de son succès.
En filigrane, Orelsan – qui est devenu papa pendant l’écriture du film – continue d’explorer certains de ses thèmes de prédilection : la peur de l’échec, la solitude ou la fièvre populiste en France, évoquée avec subtilité. Sans oublier sa face obscure quand il incarne son jumeau maléfique avec un panache franchement jubilatoire.

Comment faire la différence dans le genre très balisé du biopic sportif ? Le réalisateur Benny Safdie a trouvé la réponse avec The Smashing Machine. D’abord avec une mise en scène qui déroule avec patience et douceur le quotidien monotone d’un champion de lutte libre et se sublime lors d’un training montage (séquence d’entraînement) accompagne du My Way d’Elvis Presley.
Ici, aucune ascension vers la grandeur et la gloire : Mark Kerr (Dwayne Johnson), accro aux antidouleurs et en perte totale de repères au moment où sa discipline évolue vers le MMA, se bat simplement pour garder son monde debout. Deuxième contre-pied : l’incarnation de cet homme qui s’érode par Dwayne « The Rock » Johnson, producteur et initiateur du projet.
De la superstar du cinéma d’action, on retrouve évidemment l’excellence du jeu physique mais on le découvre surtout dans un registre dramatique subtil où les silences, les disputes conjugales et la profonde amitié entre combattants touchent autant que la brutalité assénée dans l’octogone. « Nous avons été honnêtes l’un envers l’autre, confie Benny Safdie, vulnérables, nous avons échangé sur nos vies et nous sommes devenus très proches. Ce qui a nous a permis, chacun et ensemble, d’aller explorer certaines émotions pour la première fois. »
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Hommage à Rocky autant qu’il en est un brillant négatif, The Smashing Machine a reçu le Lion d’argent à la Mostra de Venise pour sa mise en scène. « The Rock », avec cette performance mémorable, aura lui toutes ses chances aux Oscars 2026.