Pour les socialistes, le dossier retraites s'annonce « chaud, long, intense et fatigant »

Les députés lors du discours de politique générale du Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale.
LTD/Divergence - Albert FACELLY

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Le 16 octobre, Olivier Faure a eu un échange téléphonique avec Sébastien Lecornu. Les deux hommes ont discuté du nouveau sujet de la semaine : comment mettre en œuvre la suspension de la réforme des retraites ? « Le problème est moins entre nous qu’entre lui et son bloc central », résume le premier secrétaire du PS.
Quarante-huit heures plus tôt, le Premier ministre accédait à la demande phare des socialistes en s’engageant à suspendre la réforme d’Élisabeth Borne jusqu’en 2027 en plus de renoncer à l’usage de l’article 49.3 de la Constitution. Même dans leurs rêves les plus fous, les socialistes n’avaient pas osé espérer une telle concession. Depuis combien de temps n’avaient-ils pas été si influents ?
Après avoir obtenu enfin ce qu’ils voulaient du septième Premier ministre d’Emmanuel Macron, les socialistes se retrouvent désormais dans la situation inconfortable de devoir converser avec le pouvoir tout en restant dans l’opposition. « On ne l’a pas fait pour le confort, reconnaît Olivier Faure. Le confort aurait été de censurer. » « La non-censure n’est pas un long fleuve tranquille pour la suite des opérations », convient le député de l’Essonne Jérôme Guedj.
Problème, les socialistes eux-mêmes n’avaient pas anticipé la question de la mise en œuvre de leur demande. « On s’en fout un peu, le but c’est le résultat », affirment plusieurs d’entre eux. Mais tout de même. Sous cette question de technique parlementaire se situent des enjeux bien plus politiques. Si le gouvernement faisait le choix de suspendre la réforme des retraites en amendant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), les socialistes seraient-ils contraints de voter l’ensemble du texte, qui contient par ailleurs tout ce qu’ils exècrent ?
C’est l’argument que mettent en avant leurs anciens alliés Insoumis pour tenter de démontrer qu’il s’agit plus d’un bourbier que d’une victoire. « Le texte ne sortira pas à l’identique ; on fera tout ce qu’on peut pour retirer le musée des horreurs », certifie Olivier Faure, faisant notamment référence au doublement des franchises médicales, au gel des pensions de retraite ou encore à la suppression de l’abattement fiscal de 10 % des retraités. Le gouvernement pourrait aussi faire le choix de déposer un projet de loi spécifique – les arbitrages n’ont pas encore été faits – mais l’option d’un amendement au PLFSS est à ce stade l’option privilégiée.
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Depuis le 14 octobre, les socialistes ont intensifié leurs discussions avec le gouvernement. Deux députés sont chargés de négocier le projet de loi de finances – Philippe Brun et Estelle Mercier – et deux autres – Jérôme Guedj et Sandrine Runel – le PLFSS. C’est ce quatuor qui est en lien avec les ministres de Bercy pour discuter point par point de ce qui fera le budget 2026. Officieusement, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, issu du MoDem et proche du président, joue aussi le rôle de facilitateur en appelant certains socialistes pour tenter de comprendre leur stratégie.
La partie ne fait que commencer pour les socialistes, lancés dans une course laborieuse qui devra prendre fin au plus tard le 31 décembre. « Ça va être chaud, long, intense et fatigant », résume Olivier Faure. Les socialistes vont déposer entre 200 et 300 amendements au budget, soit un nombre assez raisonnable, avec l’idée de porter toutes les mesures phares qu’ils défendent, de la taxe Zucman à la refonte de la fiscalité sur les dividendes.
Les 69 députés PS seront pris en tenaille entre le bloc macroniste, qui estime avoir déjà beaucoup trop lâché dans les négociations, et leurs anciens alliés de gauche, qui les accusent de traîtrise. Durant cette période, ils devront rester unis pour peser alors que plusieurs sensibilités cohabitent dans le groupe. Le 16 octobre, sept députés ont voté la motion de censure présentée par LFI mais cela ne semble pas être un problème pour la direction du PS, qui souligne que la majorité d’entre eux ne sont pas directement affiliés au parti.
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Ce qui se passe au Parlement reste au Parlement. La différence stratégique majeure entre les socialistes et Les Écologistes ne les empêche pas de préparer la suite ensemble. Le 17 octobre, dans l'après-midi, se tenait une visioconférence en format dit « Bagneux » – qui rassemble Les Écologistes, les socialistes et les anciens Insoumis membres du mouvement L’Après. Au menu des discussions : les municipales de 2026 et l’organisation d’une primaire pour 2027. La question du budget a été abordée au début de la réunion, mais tout le monde est vite passé à autre chose.
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