OPINION. « Dix jours pour sortir la France de l'impasse », par Jérôme Guedj, député PS de l’Essonne
Par Jérôme Guedj, député PS de l’Essonne
Jérôme Guedj, député PS de l’Essonne, partage son inquiétude concernant la crise politique française à l'approche du vote de confiance du Premier ministre.
À la veille du vote de confiance qui sanctionnera probablement François Bayrou, le député de l’Essonne livre dans une tribune sa méthode pour que le prochain Premier ministre ne « tombe » pas à l’instar de ses prédécesseurs.
Trois années et une dissolution plus tard, l'évidence s'impose enfin : la France ne peut plus gouverner sans compromis. Quatre Premiers ministres se sont succédé depuis 2022, chacun emporté par l'impossibilité de construire des majorités durables. Plutôt que de ressasser ces échecs, tirons-en les leçons pour offrir au pays un temps utile jusqu'en 2027.
Le 8 septembre marquera un tournant. L'issue du vote de confiance ne fait plus mystère, mais la vraie question demeure : que ferons-nous le 9 septembre ? Le prochain gouvernement sera minoritaire - rien de révolutionnaire, mais il ne durera que s'il répond aux aspirations majoritaires.
Elles sont connues pour l'essentiel : la dette publique ne peut plus être éludée ; la justice fiscale doit être rétablie pour financer les services publics essentiels, de l'hôpital à l'école ; le pouvoir d'achat des Français protégé pour soutenir leur consommation et le carnet de commandes des entreprises, l'ordre républicain garanti ; la bifurcation écologique incarnée dans les actes au-delà des slogans.
Ces sujets reviennent sans cesse, car ils préoccupent légitimement nos concitoyens. Ils doivent former le socle de notre action commune, au-delà des clivages traditionnels. Nous devons nous imposer une rupture méthodologique radicale : accorder dix jours aux forces parlementaires pour construire un véritable compromis de gouvernement. Dix jours pendant lesquels chaque groupe politique pourra s'emparer de manière responsable de la question budgétaire et du calendrier parlementaire, sous l'autorité du futur Premier ministre.
Pour réussir, cette entreprise nécessite un Premier ministre d'un type nouveau : un architecte de la solution, rompu aux subtilités parlementaires actuelles, capable de faire émerger un compromis entre des forces politiques hétérogènes.
Dix jours où, enfermés à l'Assemblée nationale (comme symbole de la nécessaire reparlementarisation), les parlementaires de bonne volonté construisent ce compromis. Avant même de parler du casting gouvernemental pour le faire vivre : il en découlera. Cette démarche exige un changement de paradigme. Fini le temps où l'exécutif imposait ses vues par la force du 49.3. Place à une logique parlementaire authentique, transparente, fondée sur le dialogue et la négociation.
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Ce n'est pour autant ni une coalition, ni un bloc majoritaire : rien de bon ne sort de la confusion politique. Il faudra que chacun renonce temporairement à une part de lui-même, c'est inhérent à tout compromis. Pour réussir, cette entreprise nécessite un Premier ministre d'un type nouveau : un architecte de la solution, rompu aux subtilités parlementaires actuelles, capable de faire émerger un compromis entre des forces politiques hétérogènes.
Cette personnalité doit pouvoir s'appuyer sur une formation politique suffisamment stable pour garantir l'efficacité gouvernementale. C'est pourquoi nous pensons que la solution se trouve à gauche, et particulièrement au Parti socialiste. Nous sommes aujourd'hui la solution du pragmatisme. Cette offre de service est en soi une rupture. Les socialistes ont déjà prouvé leur sens des responsabilités en s'abstenant de censurer le gouvernement Bayrou en janvier dernier.
L'opportunité a été gâchée, car les vieilles habitudes verticales ont repris le dessus. Mais ceux qui prétendent gouverner doivent avoir l'honnêteté de ne pas ajouter d'irritants, ni sur les personnes ni sur les propositions. Seuls ceux qui se réclament de la pureté idéologique et qui n'ont jamais eu à faire de choix en responsabilité crieront à la trahison.
Ce compromis démocratique n'est pas une utopie, mais une nécessité. Il suppose de dépasser nos égos et nos calculs à court terme pour servir l'intérêt général. Donnons-nous les moyens d'inventer une nouvelle manière de gouverner, adaptée à la France d'aujourd'hui et à sa pluralité politique. L'alternative est connue : la paralysie, l'instabilité, la défiance. La France mérite que ses représentants soient à la hauteur de l'enjeu historique qui se présente à eux. 2027 viendra bien assez vite pour trancher les débats.