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« Un Français sur quatre habite dans une zone inondable » : dans l'Hexagone, les crues historiques n'en sont qu'à leur le début

Mathis Beautrais

Publié le 22 février 2026 à 09:30

Vue aérienne du village de La Réole inondé par la Garonne, dans le sud-ouest de la France, le 17 février 2026.

Vue aérienne du village de La Réole inondé par la Garonne, dans le sud-ouest de la France, le 17 février 2026.

LTD/Thomas BERNARDI/AFP

La Tribune Dimanche

N143 ● 28 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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L’eau continuait de monter hier dans trois départements de l’Ouest. La France est touchée par des inondations historiques, qui sont appelées à se reproduire.

L’image, saisissante, a fait le tour des réseaux sociaux. Capturée depuis l’espace par le site d’imagerie Planet Labs, une vue satellite montre l’étendue de la crue de la Garonne entre Langon (Gironde) et Agen (Lot-et-Garonne). On y voit le fleuve jaunâtre dévorer les champs et les villages environnants, recouvrant parfois jusqu’à dix fois sa largeur initiale.

Une preuve de l’ampleur historique des inondations qui ont touché la France cette semaine… et qui pourraient se poursuivre. Car, si la décrue a commencé dans le Sud-Ouest, l’eau continuait de monter hier en Maine-et-Loire, dans la Loire-Atlantique et dans la Charente-Maritime.

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« Cet épisode est lié à une série de dépressions et de pluies diluviennes qui sont arrivées sur un sol déjà saturé, éclaire Emma Haziza, hydrologue. S’y ajoutent les grandes marées, qui empêchent l’eau de s’évacuer vers la mer. » Depuis mi-janvier, il a plu durant 37 jours d’affilée : un record depuis 1959 et le début des analyses de Météo-France.

À Angers (Maine-et-Loire), la rivière est montée à un niveau jamais vu depuis 1995. Un kayakiste parti sur la Loire est porté disparu, et un village entier a été évacué. « Les décrues seront très lentes », avertissait vendredi Lucie Chadourne-Facon, directrice de Vigicrues.

1 Français sur 4 vit dans une zone inondable

Après le Pas-de-Calais en 2024 et l’Ille-et-Vilaine l’année passée, il s’agit là de la troisième séquence majeure d’inondations en autant d’hivers. Un phénomène accentué par les conséquences du changement climatique. « Les tempêtes ne sont ni plus fréquentes ni plus intenses dans un climat plus chaud, détaille Françoise Vimeux, climatologue à l’Institut de recherche pour le développement. En revanche, elles apportent beaucoup plus de pluie, car une atmosphère plus chaude d’un degré contient 7 % d’humidité supplémentaire. » S’ajoute à cela le risque de submersion marine, amplifié lui aussi par l’évolution du climat.

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Autre facteur aggravant : l’urbanisation. En France, le ministère de la Transition écologique recense 124 territoires à risque important d’inondation (TRI). Autant de zones qui concentrent habitations et activités économiques et peuvent être affectées par des crues ou des submersions côtières. L’écrasante majorité – 35 sur 40 – des villes de plus de 100.000 habitants figurent dans cette liste. « Beaucoup de zones inondées sont des territoires urbanisés, là où vivent les gens, complète Françoise Vimeux. Un Français sur quatre habite dans une zone inondable. »

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Les riverains, eux, prennent la mesure du risque à leurs dépens. « J’ai perdu mes papiers, mes meubles, mes vêtements, soupire Jade, serveuse de 19 ans qui a emménagé à la fin du mois de janvier à Saintes (Charente-Maritime) sans savoir que son nouvel appartement était susceptible d’être inondé. On ne pourra sûrement pas continuer à vivre ici. » Il y a quelques jours, alors qu’elle venait tout juste de fêter son anniversaire, l’eau a frappé à sa porte. Elle navigue depuis entre les hébergements provisoires.

Les villes se préparent

Alors, quelles solutions ? « On peut désimperméabiliser les sols, ne plus donner de permis de construire en zone inondable, restaurer ou créer des zones humides qui vont faire tampon et stocker les surplus d’eau en amont des villes, énumère Françoise Vimeux. L’adaptation, c’est diminuer l’exposition des biens et des personnes. » Pour Emma Haziza, les villes « sont en train de se préparer » : « Des solutions existent pour que l’eau épargne les bâtiments : installer des clapets anti-retour, relever les circuits électriques, rendre les sols hydrophobes… »

À Savennières (Maine-et-Loire), commune de 1 300 habitants en bord de Loire, le maire, Jérémy Girault, confirme : « On doit rester vigilants en matière d’urbanisme, ne pas céder à la pression foncière et démographique en construisant dans des zones à risque. »

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Toute la semaine, l’édile a arpenté sa commune pour distribuer des parpaings ou contrôler l’état des routes. « La Loire reste un fleuve sauvage. L’objectif est d’acclimater les populations, de rappeler aux habitants que ça arrive. Il faut garder une certaine culture de la crue », considère-t-il aussi.

Malgré leur dimension historique, ces inondations n’induisent pas l’absence de sécheresse pour l’été à venir. Au 15 février, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) se satisfaisait d’une recharge « très active » des nappes phréatiques. « En cas de canicule en juin ou en juillet, on peut vite basculer de l’autre côté », prévient néanmoins Emma Haziza. Quant au stockage, l’experte y voit une fausse solution. « L’eau d’une inondation emporte avec elle des intrants chimiques, des pollutions, des matières organiques, rappelle-t-elle. On ne peut pas la conserver. »

Mathis Beautrais

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