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OpinionsEssais auto

Infiniti Q50 : L’anti-Mercedes de l’Alliance Renault-Nissan

Photo de Alain-Gabriel Verdevoye

Alain-Gabriel Verdevoye

Publié le 18 avril 2014 à 12:35 - Mis à jour le 22 avril 2014 à 09:48

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Elle est racée, luxueuse et sobre, très « high tech ». La marque de luxe de Nissan, allié de Renault, propose ici une anti-BMW 3 ou Mercedes C… avec des moteurs Mercedes au nom des accords entre le français, le japonais et l’allemand.

Infiniti ? Vous connaissez ? Bof. La marque de luxe de Nissan, allié japonais de Renault, est surtout connue aux Etats-Unis. Sur notre continent, sa percée reste timide, avec des modèles jusqu'ici trop orientés vers les goûts américains. Mais, avec cette Q50 au parfum plus européen, le label haut de gamme de Nissan propose une rivale des Audi A4, BMW Série 3 et Mercedes C.

L'esthétique des dernières berlines Infiniti, on aime. On ne retrouve nullement les lignes impersonnelles et passe-partout des autres japonaises ou coréennes. Ici, l'inspiration vient de Jaguar et surtout, étrangement, de Maserati. Il y a pire comme modèles. Bref, ces lignes racées, fluides, avec juste une pointe d'agressivité, exhalent une sensualité inconnue sur une Lexus (Toyota) par exemple. Dommage qu'Infiniti n'ait pas poussé la latinité jusqu'à donner un joli nom à cette belle berline. Parce que, franchement, Q50, ce n'est pas très évocateur comme appellation. Et, en français, ça sonne même plutôt mal.

Dessin harmonieux et qualité

A l'intérieur, le dessin est aussi plutôt harmonieux, avec des galbes agréables. C'est bien fait, à la japonaise, avec une belle qualité de matériaux et d'assemblage. Ca fait solide, cossu, résolument haut de gamme. On se sent rassuré sur le vieillissement de l'ensemble. Evidemment, la présentation demeure un peu froide - on vous conseille les couleurs plus claires que le noir de notre véhicule d'essai. On apprécie les flatteurs placages d'aluminium.

La multiplicité des réglages électriques du siège - très convenablement dessiné - et de la direction (à 1.505 euros en plus avec l'accès dit intelligent) permettent de trouver une bonne position de conduite. Bravo au siège qui se recule et s'avance automatiquement pour permettre au conducteur de sortir et de rentrer aisément à bord. Dommage, l'accoudoir central fixe détonne.

Cette Infiniti se veut archi-« high tech ». C'est même un des argumentaires de vente principaux. Connectivité embarquée assurée. Le double écran tactile conserve évidemment les… traces de doigts, mais cela reste la solution la plus simple et ergonomique, bien davantage que l'épouvantable molette centrale des Audi, BMW, Mercedes entre les sièges.

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Infiniti offre une pléiade de choix, de réglages, de sous-menus, la plupart optionnels d'ailleurs. On aurait aimé moins de choix mais plus de pertinence. Impossible d'afficher par exemple la vitesse en gros chiffres devant les yeux, comme sur un vulgaire Nissan Qashqai. Ca serait utile, ça ! On peut cependant régler les paramètres de la voiture (transmission, direction…) sur plusieurs modes, dont un personnalisé qui permet d'avoir des rapports de transmission Sport mais une direction Confort. Bien. Ce qu'on a détesté en revanche, c'est la climatisation mal régulée. Celle-ci manque de nuance et de progressivité, souffle trop de chaud, puis de froid, pour obtenir la température affichée. Bref, on passe son temps à crever de chaud ou geler.

Notre voiture de test comportait aussi tout l'arsenal sécuritaire, dernier cri (en option à 2.610 euros). Qui s'y opposerait ? Sauf que, après dix minutes de circulation urbaine, angoissé, las des couinements intempestifs pour tout et rien, vous entrez dans les sous-menus et mettez la dizaine d'alertes en « off ». Ce qu'on a fait. Pas la peine dans ce cas de trimbaler des milliers d'euros de systèmes pour les déconnecter, tellement c'est insupportable. D'ailleurs, nous, on en a marre. Les voitures sont de plus en plus intrusives, bipant sans cesse, tout ça au nom du sacro-saint principe de précaution. Mais, dans le même temps, on vous concocte des voitures où vous devez jouer avec les sous-menus de l'écran constamment, sans regarder la route… Malin pour la sécurité, hein ?

Moteur et boîte Mercedes

La Q50 se retrouve en fait à cheval entre deux catégories. Elle se situe entre une Audi A4 et une A6, une Mercedes C et E. Mais, chez Infiniti, le gabarit profite aux galbes de la carrosserie, moins à l'habitabilité. Ceci dit, la longueur supérieure valorise davantage la voiture, par rapport à ses rivales germaniques directes.

Au nom des accords entre l'Alliance Renault-Nissan et Mercedes de 2010, cette Q50 est dotée d'un diesel quatre cylindres Mercedes de 170 chevaux, couplé, sur notre version, à une transmission automatique à sept rapports fournie aussi par la marque à l'étoile. Cet ensemble autorise des performances satisfaisantes, avec une sobriété étonnante pour la catégorie: 7,5 litres aux cents en moyenne. On retrouve toutefois, logiquement, les défauts de ce bloc, trop sonore dans des fréquences pas très agréables et un rien rugueux. Autre défaut, connu chez Mercedes : la boîte est lente. Du coup, la montée comme la descente des rapports est brusque en position Sport, avec parfois des à-coups. C'est la lenteur même des passages qui donne cet à-coup, entre la sortie d'un rapport et l'entrée dans l'autre. Rien de grave, mais c'est plus doux chez BMW, efficace chez  Volkswagen.

Le châssis est d'origine Nissan. Cette propulsion satisfait sur autoroute ou sur route droite et lisse. Mais, au premier virage serré, on se rend compte que le châssis manque de rigueur. La direction, en conduite rapide, est aussi un peu floue, même en choisissant une position Sport. Nous avions la direction classique sur notre modèle de test. Il existe aussi la possibilité d'une direction révolutionnaire « by wire », sans liaison mécanique avec le reste de la voiture. Nos confrères qui l'ont testée sont partagés . Il y a ceux qui adorent l'absence de vibrations et ceux qui déplorent que l'on ne sente pas du tout la voiture. Notre direction classique, certes douce, n'était en tous cas pas assez informative.

Problème: quand la chaussée se dégrade, les trains roulants montrent alors vraiment leurs limites. La faute à un amortissement raté! Il y a un contraste entre des suspensions souples et un amortissement brutal. Résultat: la voiture tressaute exagérément, ce qui se répercute sévèrement dans les reins comme dans le comportement qui devient trépidant,  imprécis. Sur les routes sinueuses et cabossées, qui font le charme de la France, ce n'est pas agréable. La concurrence allemande ou japonaise (Lexus) fait mieux, indubitablement. Quel dommage que les excellents ingénieux châssis de Renault n'aient pas apporté leur patte pour régler tout ça !

Prix compétitif, mais beaucoup d'options

La Q50 est proposée soit avec le diesel 2,2d de 170 chevaux, soit avec la motorisation Nissan hybride à essence de 3,5 litres de cylindrée fournissant 364 chevaux en haut de gamme. Nous avons testé la 2,2d en version Premium intermédiaire. C'est celle à recommander, à 39.480 euros, boîte automatique quasi-indispensable à ce niveau de 2.200 euros incluse. Attention, le système de navigation est en option (3.210 euros, couplé avec un très bel ensemble audio Bose). Le toit ouvrant est à 1.110, l'alarme à 300… Finalement, au niveau luxe, il n'y a que le cuir des sièges et la caméra de recul en série! Le prix, même en version Premium, n'est donc qu'un tarif plancher. Et ça grimpe vite. Le tarif n'en est pas moins extrêmement compétitif par rapport aux rivales allemandes. Même si l'équipement est bien moins généreux, la Q50 coûte le prix d'une Peugeot 508 équivalente. Cerise sur le gâteau: il n'y a pas de malus pseudo-écologique.

La Q50 est une belle et valorisante voiture qui appartient incontestablement à la sphère du haut de gamme. C'est comme un très bon vin ou une chambre dans un « Relais et châteaux ». Quand vous y goûtez, vous voyez la différence et avez du mal à redescendre ensuite de catégorie, sinon contraint et forcé. Reste une question de fond : cette voiture nippone, inconnue en France (mille exemplaires pour la marque au total prévus cette année) et distribuée par… dix concessionnaires seulement, mérite-t-elle qu'on la préfère à ses rivales européennes ? Oui, pour l'exclusivité, la ligne, la qualité de fabrication,  l'arsenal technologique (en option). Non, car les Audi, BMW, Mercedes, font beaucoup mieux en comportement routier et en confort. Mais, malgré ses défauts, cette Q50, on a eu du mal à la rendre au constructeur. On s'y était bien habitués, au fond !

Prix du modèle essayé : Infiniti Q50 2,2d bva Premium : 39.480 euros

Puissance du moteur : 170 chevaux (diesel)

Dimensions:  4,79 mètres (long) x 1;82 (large) x 1,44 (haut)

Qualités: Ligne superbe, finition de qualité, sensation de robustesse, mécanique sobre et suffisamment performante, système audio excellent (en option), tarif compétitif

Défauts: Moteur rugueux, boîte lente et brusque (Sport), amortissement à revoir, climatisation mal régulée, bips-bips (en option) agaçants, réseau peu dense

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Concurrentes: Peugeot 508 Blue HDi 180 bva Féline: 39.300 euros; Audi A4 TDi 177 Ambition Luxe Multitronic: 46.510 euros; Mercedes C 220 CDI bva Ex (cuir): 47.900 euros

Note : 14 sur 20

Alain-Gabriel Verdevoye

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